‹ Les Obsessions Dans Les Psychonévroses: Étude Psycho-CliniqueChapitre 17 sur 32 · COLE · texte numérisé non relu

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Du côté des membres, de la syndactilie, de la polydactilie, des doigts palmés ou crochus, des mains grèles, ete.

Du côté de /a peau, des nœvi pigmentaires ou érectiles ; de lichthyose où du vitiligo ; un développement exagéré du tissu adipeux ; une absence de poils, où un lype d'implantation masculine chez la femme ; le double tourbillon de che- Veux eic.

Comme nous le disions plus haut, il ne faudrait pas attacher une trop grande importance à ces stigmates. Voici ce qu'en disent les auteurs qui s’en sont spécialement occupés: € n'existe aucun parallélisme entre les stigmates physiques el les stigmatles moraux. Si dans un grand nombre de cas. les uns et les autres coexistent, dans d’autres circonstances on observe des malades porteurs des stigmates matériels les plus accusaleurs de la dégénérescence, bien qu'ils aient conservé un équilibre cérébral régulier ; et, inversement, des malades à conformation physique des plus régulières qui, au point de vue moral, sont des types de déséquilibrés. Stigmates physiques el stigmates moraux ne se développent pas parallèlement ; ils ne se révèlent pas mutuellement. Ce fait a une Importance capitale. » MM. Pitres et Régis ont fait une constalalion analogue. « La plupart des obsédés, disent-ils, ne présentent même pas plus souvent que les sujets réputés sains les petils stigmates auxquels on était porté naguère à attacher une importance fort exagérée. »

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Si les sligmates physiques ont peu d'importance, il n’en est pas de même des stigmates mentaux. La formule du dégénéré supérieur est, au point de vue mental, la même qu'au point de vue physique. « C’est un déséquilibré, un irrégulier, un asymétrique. L'asymétrie est un caractère assez : général dans les désordres que l’on a qualifiés de stigmates

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physiques, ils impliquent à un très haut degré un défaut d'harmonie et d'équilibre ue les fonctions trophiques qui président à l'évolution de l'être » (1). Chez le psychasthénique, on relrouve aussi l'asymétrie mentale. M. Magnan, dans une formule qui est inexacte anatomiquement, mais très frappante, car elle concrétise une notion abstraite, écrit : «S'il était possible de se représenter schématiquement la conformation cérébrale de ce type morbide, on pourrait concevoir Son cerveau comme constitué par une série de saillies d'inégal volume, représentant les différents centres normaux et exagérément développés, séparés çà et là les uns des autres par des lacunes indiquant la place des centres atrophiés ou arrêtés dans leur développement normal. »

C'est bien ainsi, en effet, qu’apparait cliniquement le dégénéré supérieur. [ei prédominent une ou plusieurs facultés ; elles sont parfois tellement exubérantes qu'on à pu désigner leur possesseur du nom de génie partiel ; là, au contraire, on constate de profondes lacunes, l'absence d’une ou plusieurs facultés, une inaptitude flagrante du sujet à l'égard de certains objets ; inaptitude d'autant plus remarquable qu'elle contraste avec des qualités voisines supérieurement développées. (2)

Les stigmales mentaux seront ici de nature complexe ; on ne pourra pas les isoler, les individualiser avec précision. Ils découleront plutôt de la comparaison avec le fonctionnement psychologique el physiologique de l’homme normal, qui fera ressortir les anomalies fonclionnelles. Aussi, l'étude du caractère avec ses tendances, ses goûls, ses passions, aurat-elle une importance capitale. Favorisées par ce substratum

(4) Magnan et Legrain, op. cit., p. 91.

(2) Magnan et Legrain, op, cit., p. 102.

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mental très particulier, les idées obsédantes prendront naissance. C’est encore lui qui rendra leur extirpation difficile.

Doués d’une véritable hypertrophie de fa sensibilité, leur être intérieur vibre, non pas seulement aux moindres impressions venues du dehors, qui se répercutent en eux en se multpliant et se grossissant, mais aussi à celles du dedans. Discernant avec une délicalesse exquise les moindres modificatons de leur état de conscience, leur pouvoir d'analyse se trouve affiné. Ils cherchent à travers leurs actes les mobiles cachés, les ressorts mystérieux qui les font agir. Ils se croient toujours plus mauvais que tout le monde et se jugent avec sévérité, ce qui leur fait éprouver les affres du remords pour des peccadilles. Ce sont des sensilifs qui, dès qu'ils ne sont pas entourés, choyés par leur milieu, se replient sur eux-mêmes. Mal taillés pour la lutte quotidienne, il se croient facilement incompris, malheureux, persécutés. Naturellement crainüfs et Uimorés, cette tendance contribuera à exagérer leur timidité native. Ils n’accompliront qu'avec répugnance leurs devoirs sociaux, car en publicils sont gênés, gauches, mal à l'aise, ce qui les pousse à s’isoler du monde, à rechercher la solitude qui favorise leurs rêveries mélancoliques. Ils sont misanthropes.

Chez eux, « les facultés dites supérieures, de l'esprit, ont acquis un grand développement ; mais les bizarreries multiples d'adaptation de ces facultés révèlent, en même temps que leur développement parfois très inégal, un véritable désordre fonctionnel. On peut dire qu'ils posséderaient les éléments nécessaires pour deveuir des êtres pondérés, s'il leur était possible de diriger constamment leurs pensées et leurs actes vers une fin convenable. Chose remarquable, ils font une besogne défectueuse avec un instrument dont les rouages sont souvent complets et bien construits. Leurs moyens, si puissants qu'ils soient, restent partiellement inutilisables,

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parce qu'ils n'ont pas le pouvoir de les orienter, de [es coordonner. C’est donc, chez eux, un contraste perpétuel entre la . valeur réelle de leurs aptitudes natives et leur impuissance non moins originelle à en tirer parti; les pensées et les actes sont dans une constante antithèse ; l’homme d'hier n’est pas celui: de demain. Partout le manque de logique, l'absence de suite dans les idées ; le raisonnement le plus irréprochable aboutit aux actions les plus incohérentes; la petitesse des déterminations efface la grandeur des conceptions. Ils ont une extraordinaire fécondité de l'imagination, mais non‘moins souvent elle coexiste avec des conceptions d’une étroitesse surprenante. À côté d'idées transcendantes, on voit des préoccupations infimes ; les théories morales les plus quintessenciées et les plus sincères contrastent avec des actes d’indélicatesse. L'artiste gâtera ses œuvres par des concepüons incohérentes déplacées ; le poète prostiluera son talent à des objets sans valeur » (1).

Portés aux nobles aspirations, ayant soif de’ perfection dans tous les domaines, ils sont intellectuellement épris d'idéal et ne sont pas de ceux qui se complaisent dans les bas-fonds de la médiocrité égoïste et intéressée. Mais c'est justement parce que la vie terre à terre et sans horizon ne peut leur suffire, qu’ils souffrent, sans pouvoir en prendre leur parti. de cette opposilion entre l'élévation de leur tendance et la faiblesse de leur nature, qui est souvent le jouet de passions instinctives grossières, d’impulsions automatiques vicieuses. Cette antinomie violente entre leurs aspirations élevées et la bassesse de leurs penchants les jelte dans le désarroi. Ne pouvant réaliser dans le moment présent ce besoin absolu de perfection qui les obsède, ils ont la tendance de vivre dans

(1) Magnan et Legrain, op. cit. p. 107.

pie le passé ou dans l’avenir ; — soit qu'ils déplorent telle faute, telle détermination malheureuse qui les a empêchés d'atteindre leur but, ou qu'ils s'oublient dans la contemplation déprimante de leurs défailes; — soit qu'ils s’analysent avec complaisance, pour dégager abslraitement du présent des leçons applicables dans un avenir plus où moins lointain. Ils s’habituent ainsi à vivre dans un demi-rêve qui leur fait oublier les réalités de l'existence.

Il leur manque ce sens pratique qui est l'indice d’une parfaite adaptation du moi à la vie présente. « La fonction du réel », que les philosophes contemporains (1) placent au plus haut degré de la hiérarchie psychologique, est affablie chez eux. Bien qu'ils aiment l’activité extérieure, ils ne savent pas s’y employer d’une manière réellement efficace, et leurs efforts sont le plus souvent disproportionnés aux résultats. Très dévoués, ils ne craindront pas de se sacrifier pour une cause qu'ils croient noble. Malheureusement leurs efforts sont de courte durée, 1ls se découragent vite, passant presque sans transition de l'enthousiasme le plus ardent au découragement le plus sombre.

L'acte de volition actuel est ce qu'ils font le plus difficilement ; volontiers ils le remettent à tout à l'heure ou à demain, parce qu’ils croient très sincèrement l’exécuter mieux qu’aujourd'hur. Ils sont indécis, hésitants, ils se laissent conduire par les événements, craignant de prendre une décision qui les engagerait et sur laquelle du reste ils reviendraient sans cesse. D’autres fois, au contraire, ils ont des entêtements: subits que rien n'explique et que rien ne peut vaincre.

Toutes leurs actions sont l’origine d’une foule de « senti-

(1) Bergson : « Matière et mémoire», p.166 et 190, et K. Janet : « Obsession et psychasthénie », p. 474.

: — 65 — ments anormaux » qui peuvent se résumer ainsi : le sujet sent que l'action n'est pas bien faite, qu'elle n’est pas faite complèlement, qu'il lui manque quelque chose. De là un sentiment de gêne, de difficulté, d'incapacité, d'indécision, d'automatisme qui produit chez les psychasthéniques un profond mécontentement d'eux-mêmes. C'est ce que M. Janet appelle (1) «le sentiment d'incomplétude dans les actes », sentiment qui, d'après lui, s'étendrait aussi aux opérations intellectuelles, aux émotions, à la conscience de la personna: lité, elc., etc.

Même si l'action est décidée, elle se fait (rès lentement. Cette conduite amène une conséquence inévilable, c’est qu'ils n'arrivent jamais à tenir pied aux autres. La notion du temps Jeur fait totalement défaut. Ils n'arrivent jamais à l'heure. «ILn'yarien de plus terrible, dit Janet, que d’avoir des rendez-vous avec eux : un relard d’une heure ou deux leur parail si insignifiant qu'ils croient, en arrivant, mériter des éloges». Ils sont désordonnés, ils laissent tout en place sans jamais rien soigner. Leur table de travail est un fouilli, leur chambre un magasin de brie à brac où les objets les plus disparates sont amoncelés. Ils commencent tout et n'achèvent rien, s’arrêtant au milieu d'un travail pour en entreprendre un autre qui est vite délaissé pour un troisième. Ce désordre se reflète sur leur écriture même. Elle est embrouillée, illisible, les lettres sont écartées, lâches, les traits-irréguliers. Ils n'écrivent jamais jusqu'au bout des lignes, sautent presque toujours des mots. Ils omettent souvent les règles élémentaires de la ponctuation, oublient presque toujours de barrer les 4, de meltre les accents etles points sur les à, Ils écrivent difficilement sur du papier non rayé. Dès que leur main n'est

(1) « Obsession et psychasthénie», L. p. 264.

| RE = plus guidée par la rayure, ils font des zig-zags comme des enfants qui commencent à écrire.

Leur changèment perpétuel d'occupations traduit un état d'inquiétude qui les tourmente sans cesse. Cet état un peu vague, qu'il leur est difficile de décrire et de préciser, est différent de la peur. C’est une agitation intérieure due à l'instabilité du caractère, qui n’est Jamais pleinement satisfait de ce qu'il éprouve ou de ce qu'il fait. Aussi, pour sortir de cet état, pour se distraire, ils sont toujours à la recher-

che, de sensations nouvelles, qu'ils demandent parfois à la

réalisation d'idées sangrenues où aux passions Îes plus viles. Dans cette course folle à la recherche du bonheur qui semble toujours les fuir, comme un lointain mirage, ils emploient toutes les ressources de leur imagination maladive. Ils font des excentricilés et, ce qui est pire, inventent parfois des Jouissañces extraordinaires, des vices quinlessenciés, vérilable perversion sexuelle qui peut les conduire en correctionnelle.

Ils sont réfractaires au sommeil hypnotique. M. Janet, qui s'est loul spécialement occupé de la question et qui a pu expérimenter sur un grand nombre de psychasthéniques, n’a pu obtenir que chez de rares sujets « un engourdissement notable des mouvements et même des idées, et une légère envie de dormir. » Mais ce n’est pas là une véritable hypnose puisque les sujels triomphent de cet engourdissement léger au moindre eflort volontaire. Cela se comprend aisément, étant donnée la difficulté qu'éprouvent ces malades à fixer longuement leur atlention sur un même objet. é

Ils sont très sensibles aux encouragements, au réconfort

moral. Un conseil affectueux, une parole de sympathie vraie les tranforme littéralement pendant plusieurs heures et même plusieurs jours. Aussi éprouvent-ils le besoin intense d'être entourés, d’être aimés. Quand on a gagné leur confiance (ce

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qui est difficile, car leur misanthropie les rend naturellement défiants), on peut avoir sur eux une réelle influence et leur être d’un puissant secours. [ls sont, au point de vue moral, comme ces plantes grêles qui ont besoin pour se développer de prendre un peu d'appui en dehors d’elles-mêmes. De là l'importance de la « psychothérapie », de la « cure d'âme » comme facteurs de leur guérison.

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