‹ Les Obsessions Dans Les Psychonévroses: Étude Psycho-CliniqueChapitre 23 sur 32 · AUS · texte numérisé non relu

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ce qu'on dit et de tout ce qu'on fait. Elles aiment les

paradoxes et, en publie, soutiennent toujours les théories originales ou excentriques, quitte à en adopter d’autres le lendemain. Leur facilité naturelle les rend fières et fron-

deuses.

Ces brillantes qualités de l'esprit sont très réelles, puis-

quon les retrouve même chez les hystériques élevés dans des milieux peu cultivés. Mais ces qualités peuvent disparaître si la maladie vient à s’aggraver. Briquet, un des premiers, a signalé ce fait : « Après de nombreuses attaques, la plupart des hystériques éprouvent dans leur intelligence des altérations, elles perdent de leur mémoire, leur faculté de s'appliquer diminue notablement, elles deviennent incapables d'une attention quelque peu soutenue, ete... (1)».

Cette incapacité à recevoir une instruction nouvelle Uent à leur distraction maladive qui ne fait que s’aggraver avec le

temps. On leur parle, elles ne répondent pas, parce qu’elles

n'ont pas écouté. On leur donne à lire un livre, un journal, elles le parcourent consciencieusement plusieurs fois de suite sans en sauter une ligne, mais sont incapables de répéter un mot de tout ce qu’elles ont lu. Elles ont lu avec les yeux, mais leur pensée était ailleurs... Arrivées à un degré avancé de la maladie, presque toutes acquièrent avec peine des connaissances nouvelles. On a même vu certaines de ces malades arrêtées toules jeunes en plein développement imtel-

lectuel et perdant une bonne partie de ce qu'elles avaient acquis. Même dans ce cas, elles donnent facilement le changé.

à un observateur superficiel ou peu attentif, car, par une sorte de compensation, très compréhensible, au fur et à mesure que la facalté d'attention diminue, les phénomènes d’auto-

(1) Briquet : « Traité de l'hystérie », p. 384.

matisme intellectuels s’exagèrent. Ces idées nouvelles, qui ne sont que le résultat de leur rêverie sub-consciente, se développent. Elles se déroulent toute la Journée, soit que les malades travaillent, soit qu’elles se reposent, ce qui nous explique pourquoi elles ne sont jamais réellement à ce qu’elles ont l'air de faire. Ces réveries peuvent êlre syslématisées el servir de thème à une vérilable histoire que l'hystérique se raconte à elle-même ; ou bien se présenter sous forme d'images incohérentes et imprécises. Ces rêveries marmotées à

, demi-voix expliquent les soupirs, les exclamalions, les phra-

ses incompréhensibles que les malades laissent échapper, ce

qui leur donne parfois une allure bizarre. Cesont ces mêmes rèveries qui, en se transformant, sont suscepübles de donner naissance à une idée fixe. , |

L'excitabilité et la susceptibilité des hystériques sont très vives. [1 suffit quelquefois d'un mot équivoque, d'un regard qu'elles jugent offensant, d’un accident de peu d'importance, pour provoquer chez elles une tempête émotionnelle qui les bouleverse.

Marianna reste huit jours sans vouloir me parler et me tourne le dos avec colère parce que j'ai fait la contre-visite à l'heure du parloir. Josépha, à la moindre contrariété, se bat avec ses voisines dont elle à plusieurs fois labouré le visage avec ses ongles. Suse ressent une violente terreur au moindre bruit, ele.

Axçcause même de l’exagération de ces phénomènes, les émotions sont beaucoup moins variées que chez des sujets normaux. Il semble que chaque malade ait son émotion favorile et, qu’elle que soit la cause provocatrice, c’est toujours elle qui se produira, à l'exclusion de toule autre. C’est ainsi que certains sujels réagissent toujours par la peur, d’autres toujours par la colère.

Enfin, pour si réelle-qu'elle soit, « l'émotion n’est pas en

—. 118 = rapport suffisant avec la circonstance qui l'a provoquée, elle est disproportionnée, sans nuance, sans justesse. Quand nous sommes irrités contre quelqu'un, nous pouvons l'être de cent manières différentes qui se traduisent un Jour par un geste, un jour par telle ou telle parole, un autre jour par des coups. Les hystériques ont toujours el partout la même colère » (Janet).

Ces malades sont le plus souvent remuantes,gales, entrain, éclatant de rire à lout propos el même hors de propos ; elles sont capables de passer brusquement de la joie la plus exubérante à la tristesse la plus noire. Elles réstent alors indiffé-

rentes à tout et ne manifestent aueun plaisir de revoir les

leurs, qu’elles accueillaient naguère avec enthousiasme.

Ces violents contrastes se retrouvent encore dans les manifeslalions de l'activité et de la volonté. Tantôt abouliques, elles restent des heures dans l'immobilité la. plus complète, se laissant aller à la torpeur, à l’engourdissement intellectuel ; fantôt, au contraire, sous l'influence d’une idée dont on ne saisit pas toujours l'importance, elles s’entêtent et passent des jours et des nuits à poursuivre un but dont il sera Impossible de les détourner.

Elles mentent effrontément et dissimulent avec la plus extraordinaire facilité. Cependant, il ne faut pas toujours mettre sur le compte de la supercherie les histoires extraordinaires qu'elles racontent, car ce n'est pas sciemment qu'elles altèrent la vérité. Les amnésies partielles et capricieuses qui sont si fréquentes chez elles laissent des lacunes dans leurs souvenirs, et -celles-ci peuvent porter sur des détails nnportants. D'autre part, certaines de leurs rêveries subconscientes prennent tant d'importance dans leur esprit et dans leur vie, qu'elles finissent par les prendre pour des réalités et les raconter comme telles. Elles ont tellement l'habitude de mélanger le rêve à la réalité qu'il leur est parfois impossible

en. LE daté

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de distinguer entre les deux. 11 faut done n'accepter leurs récits ou leurs témoignages qu'avec la plus grande réserve , mais ne pas les accuser de manquer de droiture si elles ne disent pas toute la vérité. Le plus souvent elles l'ignorent.

Elles sont coquettes, « évaporées », ont des allures pro= voquantes, mais cest par parade et afin de salifaire leur amour-propre incommensurable, plutôt que par érotisme proprement dit.

De nombreuses observalions montrent qu'elles sont plutôt

frigides que sensuelles. Chez quelques-unes d'entr'elles,l'anesthésie presque complète des organes génitaux a bien prouvé qu'il ne faut pas prendre pour de la lascivité ce qui peut être attribué à une tendance bizarre du caractère. - Elles sont essentiellement suggestibles. Elles acceptent très facilement comme vraies les idées d'autrui (hétéro-suggestion) ou subissent l'influence de. leurs propres idées, même de celles qui sont suüb-conscientes (aulo-suggestion) ; aussi sont-elles crédules à l'excès. Cette suggestibihté peut, dans une certaine mesure, s'étendre aussi aux actes. Elles imitent avec une prodigieuse facilité les gestes, les attitudes et même les infirmités des personnes qui les entourent el n'ont aucune peine à s'adapler à des milieux différents du leur. Elles acquièrent aussi facilement les qualités et les vices que les bonnes et les mauvaises manières.

Elles ont des rêves nocturnes fréquents, qui influent fortement sur leur vie en donnant naissance, après le réveil, à des idées subconscientes spéciales, de telle sorte Me à pu dire : « qu'elles continuaient à vivre leur rêve. » Elles ont parfois des cauchemars lugubres ou Ho qui leur laissent une impression pénible. Ils se rapprochent beaucoup des rêves alcooliques et peuvent être à type professionnel, z0opsiques, érotiques, elc., etc.

ve

La distraction, la suggestibilité, la tendance à lautoma-

tisme, la diminulion de la synthèse mentale, que nous avons signalées sommairement comme des défecluosités de caractère chez les hystériques, constituent en réalité de vérita-

bles lares physiques qui jouent un rôle important dans le dé-

veloppement de la maladie. Non seulement elles expliquent la manière d’être si particulière de ces malades, mais aussi dans une certaine mesure leurs sligmates et leurs accidents mentaux. us = |

Les anesthésies qui ont pour le diagnostic de la névrose une si grande importance, sont mobiles et contradictoires. Elles varient sous l'influence de causes multiples (suggestions, rèveries, idées fixes, émotions,elc.). Tous les phénomènes psy chologiques qui modifient le pouvoir d'attention exercent sur elles une influence indéniable et Lantôt les suppriment, tantôt

Ë à \ les augmentent. Il s’agit donc là, non pas de lésions analo-

miques proprement diles, mais d'un fonctionnement psychologique défectueux, que Lasègue et Janet ont attribué à une sorte de distraction. Celle-ci produit en effet chez l'homme normal des phénomènes analogues à l'anesthésie hystérique. Le soldat absorbé par le feu de l’action ne sent pas ses blessures. Le malade distrait par une visite oublie sa souffrance, elc.

L'hystérique au lieu de percevoir comme l’homme normal

plusieurs sensations à la fois et de les faire siennes en même temps, ne peut en percevoir qu'une. Le champ de sa conscience est rétréci par sa distraction maladive. Il se produit dans ce domaine ce qui se passe pour son champ visuel. Au lieu de percevoir autour de lui un espace considérable, il ne verra qu'une aire lrès limitée, Si sa distraction augmente

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