LES MANIES DE LA RECHERCHE
cette figure avec angoisse. Ce trouble serait plutôt une maladie de la mémoire qu’une maladie du langage et encore, même si on admet qu’il s’agit de la mémoire, il faut bien se rendre compte du point sur lequel porte le trouble. II n’y a pas ici amnésie véritable : l’amnésie complète laisse les malades plus calmes; ils ne se préoccupent plus d’une chose absolument effacée. C’est ce que Charcot avait remarqué à propos de la paralysie hystérique : le malade traîne son membre comme s’il n’existait pas, il ne cherche pas à en retrouver la sensation ni la mémoire. Puisque cette malade recherche quelque chose c’est qu’elle se souvient en partie. D’ailleurs lorsqu’on lui dit le nom elle le reconnaît et la reconnaissance montre encore que le souvenir existait.
Ce qui est troublé c’est donc une phase particulière du souvenir : l’évocation. Cette évocation se fait mal, caries malades, tout en prétendant qu’ils cherchent énormément, ne savent plus s’y prendre pour retrouver ce qu’ils cherchent. Pour évoquer, il faut diriger l’attention successivement sur différentes catégories de souvenirs, afin que par le mécanisme de l’association l’un d’eux puisse ramener le souvenir cherché. Or, ces malades n’évoquent pas parce qu’ils ont une sorte de crampe de l’attention toujours fixée sur un même détail qui n’est pas suffisamment associé avec le souvenir, et ils ne sont pas libres de la diriger ailleurs. Supposons que nous cherchions un nom propre et que pour le trouver nous nous répétions indéfiniment : ce nom doit commencer par Ca, essayant en vain d’évoquer tous les noms commençant par Ca. Comme en réalité le mot comménce par Me, l’obstination de l’attention sur une erreur initiale nous empêchera de trouver jamais un souvenir que nous possédons cependant. C’est là une partie de leur maladie : amnésie passagère d'évocation due à une fixité maladive de l'attention, à une impuissance de la diriger. Et c’est pourquoi un auteur, M. Séglas, qui range encore cette affection dans les troubles du langage, l’appelle assez justement une amnésie paroxystique *.
Mais il me semble que ce n’est pas tout, car ces malades devraient avoir le calme de ceux qui ont des amnésies partielles ; ils auraient un oubli d’évocation et voilà tout. Et cependant ils n’ont pas du tout l’attitude qu’on observe dans les aphasies amnésiques1 2 qui
1. J. Séglas, les Troubles du langage chez les aliénés, 1896, p. 100.