‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 108 sur 201 · I.ES MANIES DE LA RECHERCHE · texte numérisé non relu

I.ES MANIES DE LA RECHERCHE

Observation i 3 r . — Manie de la recherche. — Onomatomanie, agitation motrice , timidité , aboulie '.

11 suffît de rapprocher ce brave homme, Cha..., âgé de 76 ans, de la malade précédente, car c’est exactement la même chose. Remarquez surtout le petit carnet qu’il tient à la main et sur lequel il écrit fiévreusement. Il n’a consenti à se présenter ici qu’à une condition, c'est que nous lui dicterions bien vite les noms et les adresses de toutes les personnes qui lui parleraient, nous devons tenir notre parole. En effet c’est pour lui une chose très grave, car il faut qu’il puisse retrouver tout de suite ces noms et ces adresses ; s’il ne les retrouvait pas il aurait une horrible crise de recherche. Pendant des heures, son esprit passerait en revue les noms et les adresses des médecins qu’il connaît pour trouver la nôtre et il serait incapable de rien faire d’autre ; quelquefois il cherche ainsi pendant vingt-quatre heures presque sans bouger et, nous le croyons sans peine, il affirme que c’est très fatigant et très pénible. Aussi a-t-il adopté la sage précaution du carnet sur lequel il écrit les noms et adresses des personnes qui lui parlent dans la journée ; ainsi il les relit facilement dès qu’il en éprouve le besoin, son esprit se trouve satisfait et il peut se livrer à quelques petits travaux.

A l’opposé de la malade précédente, ce malade n’a pas d’angoisses véritables : quand on le laisse se livrer tranquillement à ce qu’il appelle sa recherche, c’est-à-dire au fond à une récitation perpétuelle de quelques noms, il ne souffre aucunement et se sent très calme. Il n’a des angoisses et surtout de l’agitation motrice que si on le dérange de cette occupation et si on veut le forcer à s’occuper d’autre chose. C’est-à-dire que si on interrompt la rumination mentale, la dérivation se fait autrement, l’agitation mentale de la recherche est alors remplacée par l’agitation viscérale et par l’angoisse.

Remarquez aussi l’âge de ce pauvre homme, 76 ans ; il raconte que sa maladie a été très variable au cours de sa vie, mais qu’en

1. Nous avons déjà signalé ce malade dans un précédent travail. Névroses et idées fixes, II, p. 179. Nous revenons ici sur quelques détails de son observation à cause de l’intérêt qu’elle présente dans cette leçon sur les manies mentales de recherche.

LES AGITATIONS MENTALES

somme il a presque toujours eu des tourments de ce genre. Nous savons que la maladie débute presque toujours dans la jeunesse, mais il est relativement rare qu’elle se prolonge jusqu'à un âge si avancé. MM. Pitres et Régis remarquent justement que, dans leurs statistiques, les malades jeunes sont énormément plus nombreux que les âgés et ils en concluent que la plupart ont dû guérir, quand ils ont dépassé 35 ou 4 o ans. L’exemple de cet homme prouverait, s’il le fallait, que le trouble peut se prolonger bien plus longtemps.

Quant à la pathogénie, il est inutile d’y insister de nouveau. Le père a eu des crises de nerfs, la mère a été enfermée pour des accès de mélancolie, un frère du malade est hystérique, une sœur est aliénée dans un asile. Ce serait bien le cas de parler de délire des héréditaires et de dégénérescence mentale. Il ne faut pas oublier cependant que le malade a toujours été un homme intelligent et délicat : il est artiste musicien non sans quelque valeur, il s'est instruit lui-même et a lu énormément. Il est curieux de voir comment ce trouble respecte les facultés intellectuelles, comme si celles-ci étaient les facultés les moins compliquées, les plus faciles à conserver, tandis qu’il détruit les facultés de volonté et les facultés d’adaptation au monde réel. Cet homme est avant tout un aboulique, sans aucune habileté pratique qui a toujours vécu dans les nuages, il a toujours eu la manie de remplacer l’action par la rêverie : « J’ai toujours été rêveur, dit-il, je n’aimais pas à entreprendre quelque chose, je me défiais de moi, j’hésitais, tout était pour moi une corvée et maintenant encore, me lever de mon lit, me mettre à table, manger, sortir, donner des leçons de musique, et surtout aller voir quelqu’un, tout cela ce sont d’horribles corvées. »

Le travail mental a toujours été disposé à se substituer chez lui à l’action : que dans ces conditions un certain travail mental, celui de la recherche, réponde à certains sentiments d inquiétude et il deviendra habituel jusqu’à constituer bien vite chez un homme sans volonté une véritable manie.

Observation i3a. — Manie de l’interrogation. — Hémorragies,

sentiment d'étrangeté, phobie des couteaux, sentiment d’étonnement

manie de l’interrogation .

Voici un joli cas de manie d’interrogation qui peut vous mon-

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