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LES MANIES DE LA RECHERCHE MÉTAPHYSIQUE

faire attention à l’objet, et 2° qu’elle soit à ce moment en état d’abaissement mental qui la rende incapable de pousser cette attention à son terme. Ainsi, en ce moment, elle est très intéressée par tout ce que nous disons sur elle, mais cela ne la frappe pas : « C’est vrai, interrompt la malade, vous ne me paraissez pas drôles et je n’ai pas envie de chercher. » C’est qu’elle est excitée, émotionnée, soulevée au-dessus de son niveau habituel et que 1 attention arrive à son terme qui est le sentiment du réel. Mais si elle est en état d’abaissement mental, comme cela lui arrive surtout le matin, elle ne peut être calme que si elle consent à rester dans le vague. Si un objet attire l’attention, celle-ci provoque une excitation impuissante qui se dérive en phénomènes intellectuels d’interrogation, parce que l’habitude survenant à la suite des remarques précédentes les a dirigées dans ce sens.

Observations t 33, 1 34, i35. — Manie de la recherche métaphysique. — Doutes, inquiétudes, interrogations.

Cette fillette de 16 ans, Py..., est très malheureuse; mais ce ne sont pas des chagrins de son âge qui la tourmentent, ce sont de graves problèmes. Elle voudrait savoir si Dieu existe, tout simplement : il ne lui faudrait pas autre chose pour être heureuse. Malheureusement personne n’a encore pu lui donner des renseignements suffisants à ce sujet. Aussi reste-t-elle inquiète, malheureuse et passe-t-elle tout son temps à chercher dans son esprit une réponse à cette question que les plus grands philosophes ont traitée, à son avis, d’une manière bien peu satisfaisante. Cette recherche se fait d’une manière tout à fait exagérée, elle continue des heures entières même pendant la nuit, si bien qu’elle devient fatigante et pénible. L’enfant se rend bien compte que sa recherche est inutile et ridicule, elle essaie en vain de l’arrêter, mais quand elle veut la suspendre, elle est prise d’agitation motrice et se roule par terre comme si elle avait une crise de nerfs. Aussi préfère-t-elle ne pas arrêter elle-même la recherche ; elle demande aux autres de l’arrêter par une solution définitive. Les réponses ordinaires ne la satisfaisant pas, elle indique ellemême la phrase qu’il faut prononcer avec conviction. Quand elle vient vous dire les larmes dans les yeux : « N’est-ce pas que ce serait triste, lugubre, si Dieu n’existait pas, » il faut lui répon-

LES agitations mentales

dre : « Tu es une idiote, tu sais bien que le bon Dieu existe. » Et si on ne répond pas exactement cette phrase, ou si on la dit avec quelque mollesse, elle se sent affolée et elle a de véritables crises de désespoir.

Au premier abord, il semble que ce soit là une véritable obsession portant sur un point précis, l’existence de Dieu. Nous croyons que l’obsession n’est pas si nette et qu’il s’agit plutôt d’une manie d’interrogation assez vague dont il est facile de comprendre la formation.

Il s’agit d’une famille très intelligente, mais névropathe ; la mère est une nerveuse, une tante et un cousin sont somnambules, cette petite est troublée par l’évolution d’une puberté tardive, les règles ne sont venues qu’à i5 ans, en même temps, depuis deux ans, elle a grandi démesurément ; ajoutons qu elle s’est épuisée pour passer avec succès des examens difficiles. Elle s’est sentie fatiguée, elle a commencé à mal digérer et à mal dormir, elle a beaucoup maigri. Elle est devenue faible de volonté, extrêmement indécise, irritable et inquiète à propos de tout. Le premier symptôme qu’elle ait ressenti depuis un an, c’est le doute religieux. On dit d’ordinaire que ce doute est déjà une idée fixe, on répète à ces petites malades qu’elles se trompent et qu'elles ont tout autant de foi qu’auparavant. Nous reprendrons la question à propos de grands scrupules religieux, nous nous bornons à vous dire aujourd’hui qu’à notre avis cette petite malade a entièrement raison : la foi, la confiance se rattachent à la volonté et diminuent avec elle. Dès qu’il y a abaissement mental les erovances les plus délicates et en particulier celles qui attirent le plus l’attention consciente du sujet diminuent réellement. Il est vrai que le malade porte une attention inquiète sur cette diminution, qu’il la croit plus grande qu’elle n’est, qu’il l’exagère par l’attention même, car celle-ci en se portant sur la fonction de croyance la rend par là même plus difficile ; mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a au fond une vraie diminution de la faculté de croire avec énergie. Pour avoir cette vraie foi qui implique l’adhésion de l’être tout entier et qui n’a pas besoin des subtilités de la démonstration, il faut l’énergie de la tension nerveuse que l’on trouve chez l’enfant, chez les simples d’esprit bien portants. Nous comprenons donc que celte jeune fille ait fait des efforts pour croire, efforts qui, n’aboutissant pas à leur terme, amènent une agitation. Chez cette personne d’une famille très cultivée,

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