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L’OBSESSION DE LA CÉCITÉ

constipations. Elle a souvent rendu les longs filaments de mucus desséché de la colite muco-membraneuse. Enfin pour comble de malheur, elle a eu, il y a trois ans, de la métrite, on lui a fait le curettage de l’utérus et l’ablation du col. C’est depuis ce moment qu’elle est complètement tombée dans un état de dépression, d’angoisse continuelle et que s’est peu à peu développée l’histoire du ver.

Cette femme de 63 ans, Mor..., a aussi un ver qui a des mœurs singulières. « Ce ver remonte lentement jusqu’à la gorge, arrivé en haut, il donne un petit coup de tète dans la gorge, puis il redescend bien vite. Tout le temps elle le sent dans le ventre ou dans le dos, elle s’étonne que nous ne l’entendions pas grouiller. Cette pauvre femme a déjà souvent eu des crises de phobie ou d’obsession, on peut se demander si la forme un peu ridicule de cette dernière idée n’indique pas en même temps que l’état psychasthénique un certain degré d'affaiblissement sénile.

Enfin le ver de cet homme, âgé de 38 ans, Duh..., remonte encore plus haut: « Il va jusqu’à la racine du nez où il tressaute continuellement, puis il passe sous la paupière, et enfin il redescend dans le ventre. On dirait que ce ver tire des fils dans le nez et dans la tête. » Nous avouons avoir quelque peine à comprendre la genèse de ce ver. Cet homme a un trouble très net qui dure depuis trois ans, c’est un agoraphobe. Ce n’est que depuis quelque temps qu’il interprète ses troubles d’estomac et ses maux de tête par l’obsession du ver.

Observation t 5 i . — Obsession de la cécité.

Cette femme de 33 ans vient d’être atteinte d’une maladie cruelle pour une cause bien futile. Elle a assisté dernièrement à un concert et s’est trouvée placée non loin d’un des musiciens, violoniste, qui était aveugle. Elle a passé toute la soirée à considé rer avec émotion cet aveugle. Le lendemain, elle a simplement demandé à son mari, sans autre explication, de la conduire chez un oculiste.

Celui-ci a examiné les yeux et n’y a rien trouvé d’anormal. Le jour suivant, nouvelle visite à un autre oculiste et quand on ré-

LES IDÉES HYPOCONDRIAQUES

clame l’explication de ses inquiétudes, elle finit par avouer qu’elle se croit aveugle. Cette idée est des plus étranges, puisqu’elle semble en contradiction avec tout ce qu’elle fait. Cette femme va et vient, se sert constamment de ses yeux et se démontre perpétuellement à elle-même qu’elle y voit très clair. Elle n'en est pas moins de plus en plus bouleversée, elle refuse de manger, parle à peine, ne peut plus dormir, reste toute la journée à pleurer et à gémir. Les angoisses deviennent très grandes, et elle parle de se jeter par la fenêtre pour ne pas rester aveugle.

Il est bien difficile de trouver un trouble quelconque qui puisse justifier cette idée : la vue n’est aucunement altérée, !.. sensibilité des paupières est absolument normale, les quelques chatouillements que la malade prétend y ressentir de temps en temps sont plutôt la conséquence de ses frottements perpétuels. 11 n'v a rien là qui ressemble à ces phénomènes locaux si fréquents chez les hystériques. Il n’y a là qu’un phénomène mental.

Il s’agit d’une famille très tarée qui compte des aliénés et des suicides. Cette femme molle, paresseuse, disposée sans cesse à se plaindre est le type de l’aboulique hypocondriaque. Elle vit dans une situation évidemment très fâcheuse pour son état d’esprit, à peu près abandonnée par son mari et très isolée, elle est obligée de dissimuler le chagrin qu’elle en ressent. Voici longtemps qu'elle est inquiète et angoissée à ce sujet. Il semble vraiment qu elle a saisi avec bonheur cette occasion de donner un corps à ses inquiétudes, elle paraît heureuse d’avoir trouvé une souffrance qu’elle puisse avouer et pour laquelle elle puisse se faire plaindre. Cette idée de la cécité, « d’un grand malheur irréparable, qui perdrait toute sa vie », s’est emparée rapidement de son esprit comme si le terrain était préparé. 11 y a eu là évidemment une émotion déprimante chez cette femme peureuse, qui a été impressionnée par la vue d’une infirmité, ce dernier choc a développé les angoisses et a résumé tout un ensemble de troubles précédents.

Il est intéressant de vous signaler une rechute chez cette malade un an après sa guérison. Les toniques, les injections de sérum, suivant la formule de Chérou, les occupations réglées, et surtout une direction assez sévère de l’esprit avaient très rapidement eu raison de la première crise. Un an après elle a dû assister à une petite opération faite à sa mère : émotion, dépression mentale, et immédiatement après recommence l’obsession d'être aveugle. Nous connaissons déjà cette disposition des psychas-

théniques à retomber immédiatement dans la même obsession dès qu’ils ont de nouveau un abaissement mental. Il est probable que les mêmes procédés arriveront assez vite à guérir cette nouvelle crise.

Observations i5a, 1 53, 1 54 , 1 55, t 56. — Obsession de la mort.

Nous voudrions étudier, sur ces cinq malades, une même obsession qui est d’ailleurs l une des plus fréquentes, et profiter de l’occasion pour vous faire remarquer comment se forment ces obsessions psychasthéniques. Cette première malade, Sol..., âgée de 29 ans, présente un accident psychasthénique des plus simples. Elle vient de suivre son mari aux colonies où elle s’est trouvée complètement isolée de tous les siens. Elle a éprouvé ce trouble bien connu des jeunes femmes, le sentiment de l’isolement et de l’abandon, l’ennui d’un milieu différent auquel elle ne s’accoutume pas; puis, des pertes d’argent, le caractère un peu sombre du mari ont aggravé les choses. Elle présentait alors ce que nous avons considéré comme le premier degré de la maladie, l’état psychasthénique, avec inattention, aboulie, ennui. Dans ces conditions, elle a cherché elle-même ce qui expliquait son état maladif, elle s’est trouvé toutes espèces de maladies sans pouvoir préciser, et elle a fini par se mettre en tète qu elle était exposée à une mort prochaine. Il n’y a pas de véritables angoisses, ni de rumination mentale ; elle se dit assez tranquillement qu’elle va bientôt mourir et que c’est triste ; d’autre part, comme elle est intelligente, elle s’étonne de ne pas mourir plus vite et elle se rend compte que son idée est absurde. Dès qu elle est un peu plus gaie, grâce à quelque excitation, elle chasse l’idée; dès que la dépression revient, elle répète tout le temps qu elle va mourir. H y a des personnes de ce genre dont il faut connaître le langage pour en apprécier la valeur. Quand ils déclarent qu’ils vont être ruinés, cela veut dire qu’ils ont gagné un peu moins. Quand celle-ci dit aux autres et se dit à elle-même qu’elle va mourir, c’est comme si elle disait : « Je suis fatiguée. » Donc l’idée de mort est simplement dans ce premier cas l’expression d’un état de faiblesse et d’abaissement mental.

Ce petit garçon de treize ans est le fils de la malade précédente, lui aussi a peur de mourir et le répète à chaque instant. Ici ce

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