‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 145 sur 201 · LES CRISES DE DIPSOMANIE · texte numérisé non relu

LES CRISES DE DIPSOMANIE

gnostic c’est qu’il a toujours été un nerveux, un impulsif. Un dur métier de mécanicien sur une locomotive a créé le besoin et l’habitude de l’alcool qui est devenu l’objet d’une impulsion irrésistible; ces remarques à elles seules seraient déjà intéressantes pour nous montrer le rôle que jouent les troubles mentaux chez tous ces ivrognes qui travaillent si bien à la dégénérescence de la race.

Il faut ajouter encore deux mots sur une tentative de traitement. Ce pauvre homme s’est mis en tête que l’hypnotisme le guérirait, il le demande avec instance. Ce serait une belle chose de guérir un ivrogne et nous ne pouvons pas lui refuser d’essayer. Cet essai n’est pas absolument ridicule, d’abord le malade y croit, cela seul suffi rait pour lui donner peut-être le point d’appui qui lui manque pour résister à son impulsion. Ensuite nous avons souvent insisté sur un fait curieux, sur la grande analogie de l’état mental alcoolique et de l’état mental hystérique. Dans certains cas de délire alcoolique on constate toutes les suggestions, tous les actes inconscients comme dans un beau somnambulisme hystérique. Depuis six semaines nous avons essayé trois ou quatre fois de l’endormir. Nous notons un petit engourdissement avec trémulation des paupières, un peu de catalepsie, c’est-à-dire un petit début d’hypnose. Le résultat thérapeutique est très beau, la première fois il a résisté 5 jours et la seconde 8 jours à l’impulsion qui le pousse au cabaret. Avec un peu de bonne volonté il peut arriver à se sauver ainsi lui-même.

Nous venons de prier le malade de sortir et nous pouvons vous dire que nous ne sommes pas aussi rassurés sur sa guérison. Le résultat que nous avons déjà obtenu ne prouve malheureusement pas grand’chose : si on veut hypnotiser ce pauvre homme ou faire semblant de l’hypnotiser tous les jours pendant une heure ou deux, on l’empêchera certainement de toucher à une goutte de vin aussi longtemps qu’on le voudra. Mais quand le médecin, plutôt que le malade, sera fatigué de ces séances peu intéressantes, il recommencera. Ce sont toujours des gens qui auraient besoin de la volonté d’autrui.

Observation 193. — Crises de dipsomanie. — Crises de dépression, heureuse influence de l’ivresse, impulsion h boire, exécution complète de l'impulsion dipsomanique.

Par opposition avec le malade précédent, qui se rapprochait de

LES OBSESSIONS DU CRIME

l’ivrognerie vulgaire, voici un dipsomane classique. La même maladie exactement semblable existait chez le grand-père maternel ; les parents semblent avoir été indemnes de troubles nerveux bien caractéristiques.

Cet homme de 3o ans, D..., a toujours été très nerveux : il était particulièrement sujet à des crises <c de dépression » depuis l’âge de i5 ans. « De temps en temps, dit-il, il me semble que je m’effondre... » Ace moment, sa volonté toujours faible diminue encore, « il n’est plus bon à rien », il ne sait « même plus lire », c’est-à-dire qu’il ne peut plus faire attention à ce qu’il lit. «Tout lui paraît confus et étrange et cet état, ajoute-t-il, est intolérable. »

Pendant longtemps, jusqu’à l’âge de 22 ans, il a supporté ces crises pénibles avec résignation ; il restait ainsi aplati quelquefois pendant deux heures à peine, quelquefois pendant plusieurs jours. Il avait bien le sentiment vague qu’il lui faudrait une excitation quelconque pour le relever, « il aurait voulu faire une excentricité, quelque chose qui l’émotionnât et le tirât de cet état », mais en réalité il ne faisait aucune sottise et l’état se dissipait peu à peu.

Vers l’âge de 22 ans, il vécut dans une université d’Allemagne et fut entraîné par ses camarades à faire des excès de boisson. Ces ivresses répétées eurent un résultat remarquable, celui de dissiper les crises de dépression et de lui enlever ce sentiment horrible de chute profonde, si bien qu’une idée vague germa dans sa tète, c’est que l’ivresse était un remède souverain contre ses tourments.

Depuis ce moment, ses crises ont changé de nature : quand il se sent déprimé, il est envahi par l’idée obsédante de la boisson, il lutte, il hésite, il ne se décide pas du tout à se griser, il veut seulement se soulager et diminuer le sentiment horrible de dépression qu’il éprouve. Il boit à contre-cœur, seul, sans plaisir, sans conviction, mais il boit, et bientôt il ne peut plus résister, il dépense tout l’argent qu’il a sur lui, met sa montre au Montde-Piété, emprunte d’une manière absurde et finit par un état d’hébétude complet qui amène d’ordinaire la fin de la crise.

Il faut remarquer ici un caractère important des dipsomanies : c’est que l’impulsion s’exécute et semble même s’exécuter jusqu’au bout, puisqu’on finit par ramasser ces malheureux ivres morts. Ce caractère est remarquable parce qu’il existe très rarement au même degré dans les autres obsessions. Un très grand nombre de scrupuleux répètent tout le temps qu’ils se sentent poussés

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