‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 162 sur 201 · L'ODSESSION D(J REMORDS DE L’HOMICIDE · texte numérisé non relu

L'ODSESSION D(J REMORDS DE L’HOMICIDE

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gnant, sautant continuellement. Le médecin diagnostique, nous ne savons trop pourquoi, une danse de Saint-Guy. Le repos, le grand air et des exercices physiques le calment complètement. Nouvelle crise à dix-huit ans à propos du baccalauréat, c’est-àdire toutes les fois qu’il faut fixer l’attention.

Il commet alors la sottise d’entrer au séminaire, tou jours attiré par les spéculations morales. Cette vie retirée, loin de la réalité, ces exercices de méditation donnent une poussée énorme à la maladie. Les ruminations sur les péchés religieux, sur les crimes irrémissibles deviennent perpétuelles et il faut le renvoyer du séminaire. Il renonce à la religion, mais c’est pour tomber dans le droit ; vous voyez le genre d’études qui l’attire toujours. Les spéculations sur le crime, sur la punition ne lui sont guère plus favorables et le voici qui s’interroge pour savoir s’il a volé. Puis la manie de l’extrême le prend, et il cherche le crime le plus épouvantable qu’il puisse imaginer : assassiner des vieillards sans défense, violer et tuer une vieille femme devant une église, etc... Le moindre mot qu’il entend dire à propos de crimes énormes devient le point de départ d’une obsession ou plutôt devient l’expression nouvelle de son ancienne tendance à la honte de soi et à l’interrogation.

Il ne sent jamais Limité de lui-même : il y a toujours en lui comme deux personnes, l’homme déraisonnable, qui invente des romans criminels, qui se représente la cour d’assises et l’échafaud, l’homme sensé qui répond que tout cela est le comble de l’absurde. La discussion continue indéfiniment et le pauvre homme n’a pas une heure de tranquillité. « C’est, dit-il, une agitation perpétuelle de l’esprit, une idée fixe s’en va, une autre parait, celle-ci s’efïace pour revenir ensuite ; j’en suis venu à surveiller mes moindres gestes, les plus involontaires imaginations pour y découvrir une pensée criminelle. Cela me procure de véritables moments de désespoir. »

Il reconnaît très bien les faits essentiels de sa maladie. « Aucune volonté, dit-il de- lui-même, dégoût du travail, impossibilité de fixer mon esprit, agitation perpétuelle même de mes jambes quand je veux me forcer à faire attention, aucune puissance d’émotion, dégoût des relations avec ma femme dans lesquelles je n’ai jamais rien senti... Tout est remplacé par une manie d’interrogation poussée jusqu’à la folie. Je m’interroge sur l’évidence même : quand je me suis démontré quelque chose vingt fois,

LES OBSESSIONS DU CRIME

je recommence à la discuter, et je n’en suis pas plus certain la vingt et unième fois. » C’est sur ce terrain qu’a évolué l’interrogation sur des crimes et en raison de la manie de l’extrême, le remords de l’homicide.

Le malade a reconnu que certaines circonstances ont sur lui une heureuse influence, il est hon de les noter. D’abord il a été, dit-il, mille fois mieux pendant le service militaire. « La bienfaisante influence de la vie du régiment se prolongea pendant deux ans au moins. » Or le régiment c’est surtout pour ces malades la discipline : la liberté ne leur vaut rien du tout et, moins on leur en laisse, mieux ils seportent.il remarque aussi très bien que la vie à Paris lui est bonne et que le séjour à la campagne pendant les vacances lui est funeste, il lui faut des relations, des occupations perpétuelles, c’est-à-dire des excitations. Si on pouvait diriger avec fermeté ces malades et leur imposer des occupations constantes et réglées en excitant à chaque instant leurs sentiments et leurs émotions on arriverait à les faire vivre une existence presque normale. Malheureusement il faudrait pour parvenir à cela pouvoir se dévouer à eux perpétuellement.

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