‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 176 sur 201 · LES CONFUSIONS MENTALES · texte numérisé non relu

LES CONFUSIONS MENTALES

sou observation soit encore très incomplète. Pour expliquer mieux son état, il faudrait attendre quelque temps, mais alors, il est probable que l’état actuel aurait complètement changé et que nous ne pourrions plus vous montrer cet aspect tout particulier. Le plus simple est donc de vous indiquer aujourd’hui le problème et, s’il y a lieu, de vous représenter le malade dans un mois, quand nous pourrons préciser davantage.

Vous voyez tout de suite de quoi il s’agit. Cette jeune fille de vingt-sept ans, Eu..., est assise devant vous, les yeux fixes, la figure inerte et elle reste sans bouger. Aucune interpellation n’obtient de réponse. Elle lait seulement une petite grimace de mécontentement si on la pince trop fort. Ajoutez peut-être, et depuis quelques jours seulement, quelques petits mouvements de la figure, des sourires ébauchés qui semblent indiquer qu’elle rêve et de temps en temps une expression interrogative et quelques mots murmurés : Cv Où suis-je ?... Qu’est-ce que c’est ? » Elle ne semble pas comprendre les réponses et reprend son aspect égaré. C’est tout ce que nous pouvons obtenir.

Comme symptômes, c’est donc ce que l’on appelle un état de stupeur. Ces états décrits autrefois sous le nom de démence précoce, de stupeur hallucinatoire de Baillarger sont aujourd’hui rattachés le plus souvent à la confusion mentale telle qu’elle est bien décrite, en particulier dans les travaux de M. Chaslin. Si l’on se tient h l’examen superficiel, c’est donc vraisemblablement une confusion mentale à forme de stupeur.

Mais il faudrait préciser la nature de cette confusion, son origine et c’est ici que nous devenons embarrassés. La vraie confusion mentale, celle qu’on appelle primitive, est déterminée le plus souvent par dés états infectieux. C’est en somme une intoxication du cerveau : elle arrive ainsi le plus souvent chez des femmes en couches, après une infection utérine. C’est la forme la plus fréquente de l’ancien délire puerpéral et nous en avons publié une observation typique '. Ajoutez toutes les autres infections, fièvre typhoïde ou même simplement grippe qui sont fréquemment le point de départ de ces confusions.

Mais pour rattacher une confusion à ce groupe le plus simple et le plus important, il faut deux choses, d’abord qu’il y ait eu antérieurement une maladie infectieuse quelconque, ensuite que

x. A évroses cl idées fixes, II, p. a.

Lies ACCIDENTS VÉSANIQUES

le sujet présente dans son état actuel des signes d’un état maladif : modification de température, langue saburrale, mauvais aspect du visage. La stupeur, on a beaucoup insisté sur ce point, avant d’être une maladie mentale est une maladie physique. Or, ici, ces deux caractères nous manquent à peu près : il n’y a pas eu de maladie antérieure et ensuite l’aspect physique n’est pas très mauvais. La malade est amaigrie, parce qu’elle refuse de manger depuis quelque temps, mais il n’y a jamais de fièvre; la langue est assez nette et le teint assez bon.

Nous savons, d’autre part, qu’il existe des confusions mentales secondaires qui viennent principalement à la suite des idées fixes ou à la suite de l’hystérie, mais c’est ici que notre observation est incomplète, car il faudrait pouvoir examiner l’état mental de la malade pour savoir de quelle névrose il s’agit. Or, on ne peut rien en tirer et les renseignements fournis parles parents sont bien insuffisants.

Il ne semble pas y avoir d’antécédents héréditaires bien nets. Cette jeune fille aurait été, jusqu’au mois d’octobre dernier, raisonnable, quoique d’une santé un peu délicate. Tout aurait commencé, il y a six mois, à l’occasion de la mort de sa mère. A ce moment, elle semble avoir eu une crise de délire de scrupule. Elle se reprochait la mort de sa mère, s’accusait de toutes sortes d’indélicatesse, de crimes même, plus ou moins imaginaires. Elle prétendait avoir à recommencer sa vie et ne pas savoir comment s’y prendre. Elle parlait de suicide et essaya même de s’empoisonner. Diminution du délire en décembre, rechute en janvier; elle se montrait alors très exaltée, de nouveau amélioration en février. On remarque que les règles n’ont pas réapparu depuis le mois d’octobre. Depuis une quinzaine de jours, en avril, tout s’est aggravé, elle a recommencé ses reproches contre ellemême et s’est mise à refuser de manger. Peu à peu, elle a refusé de bouger, de répondre et voici une dizaine de jours qu'elle est en stupeur. Amenée dans le service, elle n’a présenté aucune résistance, elle se laisse nourrir à la condition que les aliments soient liquides et qu’on lui mette la cuiller dans la bouche. Elle serre les dents s’il y a quelque chose de solide.

De temps en temps, la nuit surtout, elle fait quelques mouvements sans signification, elle reste assise sur son lit ou bien elle rapproche sa tète de ses pieds ; enfin il faut noter qu’elle gâte dans son lit. C’est donc tout à fait une confusion mentale stupide qui a succédé à une agitation délirante durant depuis cinq mois

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