‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 177 sur 201 · LÉS CONE USIONS MENTALES · texte numérisé non relu

LÉS CONE USIONS MENTALES

et dont le principal caractère était l’auto-accusation à propos de la mort de sa mère.

Faut-il considérer cette stupeur comme un épisode du délire du scrupule. A-t-elle eu antérieurement un véritable état psychasthénique ? Ce serait très intéressant, car si nous avons vu dans le délire du scrupule l’agitation délirante, le délire démoniaque, nous n’avons pas encore rencontré cette forme de stupeur.

Au contraire, nous avons vu très souvent la stupeur chez les hystériques: cette jeune fille a-t-elle présenté antérieurement des phénomènes caractérisant l’hystérie ? Une observation plus complète, quand la malade se décidera à parler, nous permettra de décider entre l’une et l’autre origine.

En ce moment l’état s’aggrave plutôt, la malade refuse de manger d’une façon complète et nous allons être obligés de la nourrir à la sonde. Les purgatifs, les désinfections gastro-intestinales, le régime lacté sont pour le moment plus indispensables qu’un traitement moral.

Nous sommes heureux de vous présenter après trois mois cette intéressante malade complètement transformée. Elle est restée un mois à peu près dans l’état de stupeur où vous l’avez vue, ce qui fait deux mois et demi en tout. Puis elle s’est réveillée graduellement, elle a commencé à manger seule, puis à parler. La convalescence a été assez rapide et Eu... s’est métamorphosée.

Cette jeune fille nous a mieux raconté sa maladie : elle était tourmentée par des scrupules (sentiment d’étrangeté, défaut de perception, le voile sur les choses, puis par des manies mentales d’interrogation) depuis bien des années. La mort de sa mère, avec qui elle n’était pas en très bons termes, l’a bouleversée. L’obsession de remords s’est développée à ce propos comme dans beaucoup de nos observations précédentes. Elle se demandait si elle avait tué sa mère et elle se rappelle très bien qu’elle souffrait beaucoup de ces interrogations tout en les jugeant absurdes. Puis les souvenirs deviennent vagues. Elle sait qu elle était triste, qu elle avait un grand regret d’être au monde, elle sent vaguement qu’elle a rêvé, mais elle ne sait pas bien ce qui s’est passé pendant les deux mois de la confusion mentale. Nous espérons que quelques précautions permettront d’éviter une rechute. Il était intéressant de vous montrer ce remarquable cas de stupeur survenant au milieu du délire du scrupule.

•il) G

Observation ua/| bis. — État de stupeur progressive. — Aboulie, agitation mentale, hébéphrénie.

Nous avons tous, quand nous examinons certains malades, une fâcheuse habitude, c’est de les ranger rapidement dans certains cadres tout faits et très vastes, ce qui nous dispense de préciser le diagnostic. Il est en particulier un terme bien dangereux k ce propos, c’est le terme de « neurasthénique ». On l’emploie k tout propos et pour toutes sorte de gens. Il serait bien désirable et c’est malheureusement un désir difficile k réaliser que l’on puisse un peu subdiviser le groupe des malades que l’on met sous cette étiquette et préciser leur diagnostic.

Voici une malade, Vr.. ., âgée de 2bans, que depuis dix ou douze ans on appelle une neurasthénique. Il est possible que nous ne puissions pas faire beaucoup mieux car les symptômes qu’elle présente sont au premier abord assez vagues : fatigue, tristesse, immobilité, de temps en temps des céphalalgies, etc., mais nous croyons au moins possible de vous montrer que, si neurasthénie il y a, c’est une neurasthénie bien particulière, bien spéciale et bien grave.

Les antécédents héréditaires sont déjà instructifs, le père et la mère se portent bien et semblent n’avoir été ni alcooliques, ni nerveux. Mais une tante paternelle a présenté en 1870, au moment de la guerre, un violent délire et est morte dans un asile.

La malade, elle-même, a toujours été chétive, mais se portait assez bien dans son enfance; elle fut réglée tard k seize ans sans accidents, on la trouvait seulement un peu triste, sombre et peu courageuse ; elle avait peur de voir des visages nouveaux, de commencer un nouveau travail, etc.

A dix-huit ans sans que nous puissions en connaître les détails, elle eut une sorte de délire aigu avec petites convulsions. Elle criait qu’elle avait peur, voyait des bêtes qui voulaient la manger, des gens qui la menaçaient; le délire ne dura que deux jours et cessa subitement ; elle en conserva un certain souvenir quoique assez vague, disant qu’elle avait été sotte de croire k ces choses. Elle resta cependant sombre et effrayée, travaillant beaucoup mais

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