‹ Les obsessions et la psychasthénie (volume 2)Chapitre 178 sur 201 · ÉTAT DE STUPEUR PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE STUPEUR PROGRESSIVE

faisant toujours le même ouvrage, sans consentir à jamais le changer, et mangeant fort peu.

A vingt-deux ans, les symptômes s’aggravèrent: ses actes étaient encore raisonnables, sauf qu elle refusait presque constamment de manger; elle parlait encore un peu, mais de moins en moins; elle avait déjà le regard sombre et mauvais. La nuit, elle rêvait à des choses terrifiantes.

En outre, elle commençait à se plaindre d’entendre mal, d’être sourde, de ne pas voir clair. Faites attention à ce symptôme très caractéristique, que' les malades expriment souvent d’une façon pittoresque en disant qu’il y a un voile, un nuage devant leurs yeux, qu’un mûries sépare du reste du monde, etc. Enfin, elle se plaignait d’une douleur dans la tête et la décrivait comme font encore souvent ces malades en disant qu’une bête la rongeait dans le crâne.

De temps en temps, tous les huit ou quinze jours par exemple, survenait une sorte d’amélioration subite, la malade se sentait guérie : elle expliquait qu’elle avait été tourmentée par de vilaines idées, qu’elle rêvait à des camarades qui lui en voulaient, qui étaient en colère contre elle, à des bêtes qui la rongeaient, etc. « Suis-je assez bête de croire à cela, ajoutait-elle, c’est faux et absurbe », puis après un jour ou deux tout recommençait.

De temps en temps aussi, d’autres phénomènes : des sortes de crises, d’agitation sans convulsions nettes, mais avec des colères épouvantables. Elle criait qu’elle voulait frapper, casser tout, tuer tout le monde, exterminer ceux qui l’ennuyaient, puis cela passait, et elle retombait dans son calme sombre; depuis, tout s’est aggravé lentement. Vr... ne peut plus lire, ni travailler, et ne comprend plus guère ce qu’on lui dit, « un effort lui fendait la tête » ; depuis quelques mois elle ne bouge plus du tout et répond à peine, le plus souvent par quelques grossièretés. La nuit elle ne dort pas, et garde le plus souvent les yeux ouverts, mais elle reste cependant inerte comme une statue.

Le matin, il est difficile d’obtenir qu elle sorte du lit ; « elle voudrait rester toujours couchée, dit-elle souvent»; de temps en temps elle pleure sans que l’on sache pourquoi.

Voilà donc, en résumé, l’aspect actuel : une immobilité sombre avec un regard mauvais de temps en temps, un refus presque complet de parler, ou si elle parle quelques plaintes vagues de souffrir dans lesquelles elle répète qu’elle souffre dans la tète,

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