ACCÈS ÉPILEPTIQUES A LA SUITE DES ANGOISSES
« Je ne peux pas dire de quoi j’ai peur, il me semble que quelque chose va me tomber sur le dos, il me faut de la lumière, des personnes auprès de moi », puis la parole s’arrête, il y a, dit-elle, un léger bafouillage, puis un certain serrement des dents et tout est fini. Vous voyez donc dans l’épilepsie la plus nette survenir des tics déjà bien systématisés, des sensations obsédantes et des angoisses.
Observation 33. — Accès épileptiques à la suite des angoisses.
— Inquiétudes , manie de V interrogation, vertiges, manie de l’infini
et épilepsie.
Voici une observation des plus intéressantes qui se rapporte à certaines discussions toutes récentes. Le dernier numéro de la Revue neurologique, i5 avril 1901, contient justement un article de M. Ilaskovec (de Prague) auquel ce cas répond très directement1.
Il s’agit d’un homme de 62 ans, Gny..., mécanicien de chemin de fer, d’un aspect intelligent et doux. Cette physionomie, plutôt sympathique, n’est pas indifférente à la question. Il vient se plaindre de crises nerveuses assez graves, qu’il éprouve surtout depuis une quinzaine de jours, tantôt la nuit, tantôt même le jour.
La crise vient assez subitement ; il sent une douleur au cœur, exactement comme s’il allait mourir ; il a des tremblements. La tête s’en va peu à peu et dans deux de ces crises il a complètement perdu connaissance. Dans cette crise, il reste sans bouger par terre, car il est tombé une fois tout de son long. Tout au plus a-t-il, comme il le dit, un petit « grelottement dans les mains » ; au bout de peu d’instants, car la crise ne dure que cinq à six minutes, il revient à peu près à lui, très hébété et engourdi, et il est pris d’un sommeil profond et irrésistible : il ne peut résister et s’endort lourdement pendant sept ou huit heures. Ce n’est qu’aprèsce longs ommeil qu’il se réveille très fatigué. Sans doute, il n’y a pas de morsure de la langue, ni d’émission d’urine ; mais, malgré l’absence de ces deux symptômes, ne trouvez-vous pas que cette crise a un aspect bien nettement comitial ?
1 . A propos de cette discussion sur les rapports entre les crises de psycholepsie et les accès épileptiques, voir le premier volume do cet ouvrage, p. 502.
Gl
l’SVCllASTHÉNlE ET ÉPILEPSIE
Ajoutons ([ne dans l’intervalle il y a de petits accidents dont voici la physionomie. Il lui semble qu’il va perdre connaissance, il a une sensation pénible sur la tête. La tête est comme prise dans un étau, écrasée de haut en bas ou poussée d’arrière en avant; il a des bourdonnements d’oreilles, puis il cesse d’entendre et il ne voit plus clair. Cela ne dure que quelques secondes, peu après la lumière vient de nouveau et la crise se termine par des palpitations de cœur. Après ces petites crises, il a sommeil et, détail bizarre, il a faim et dévorerait volontiers, tandis que d’ordinaire il a un très petit appétit. Ces petits accidents ne vous font-ils pas penser tout à fait à des vertiges comitiaux? comme la grande crise avec perte de conscience à un accès. 11 nous semble que l’aspect clinique est assez net.
Il est vrai que le malade a 52 ans, que des accès de cette forme n’ont commencé chez lui que depuis quelques mois. Cela est en effet assez singulier, mais nous avons assez souvent étudié ici même l’épilepsie tardive pour ne pas être surpris d’un cas semblable. Si nous ne considérions donc que l’accident isolé actuel, notre diagnostic serait donc « une forme atténuée et tardive du mal comitial ».
Mais interrogeons le malade sur son état antérieur : son père paraît assez normal, mais un frère du père était alcoolique et franchement épileptique. La mère, grande névropathe, sombre, inquiète, a fini ses jours à la Salpêtrière.
Le malade lui-même, intelligent, doux, délicat, comme nous l’avons déjà remarqué, a toujours été un faible. Il a eu, à 12 ans, une fièvre typhoïde grave qui n’a pas amélioré son caractère. Depuis, il reste comme sa mère et encore plus qu elle, sombre et inquiet. 11 a des grands ennuis de famille, des inquiétudes sur sa situation ; il s’en affecte énormément, et d’ailleurs, comme il le dit lui-même, il y ajoute des ennuis sans raison. Ces préoccupations l’inquiètent énormément, il a des craintes hypocondriaques, des craintes de persécution, des craintes scrupuleuses, etc. Depuis l’âge de 3o ans à peu près, il lui vient en tète des idées singulières, qu’il a de la peine à exprimer et qu'il comprend mal lui-même : «Pourquoi les hommes vivent-ils? Comment les hommes sont-ils faits? Pourquoi les hommes doivent-ils mourir?» Ces idées font déjà beaucoup tourmenté; elles le préoccupent de plus en plus.
Sous l’inlluence de ces obsessions, il a déjà éprouvé, depuis