Ibid., p. liii
période critique est évidemment en rapport avec un état de malaise, de souffrance de l’organisme. Ce malaise se manifeste par la diminution remarquable de l’émission de l’acide carbonique au début des métabolies, si bien que l’on a pu rattacher ces phénomènes à de véritables asphyxies1. Les auteurs qui ont étudié ces métamorphoses n’hésitent pas ii attribuer les phénomènes de régression métabolique à une véritable intoxication déterminée par l’évolution et par la maturation trop rapides des éléments sexuels. Il nous semble bien difficile de nier 1 existence, dansfespèce humaine, de faits analogues, surtout chez la femme. M. Mario, dans son étude remarquable sur la puberté, montre > que. pour la femme, la puberté étant venue, dès la première apparition des règles, la quantité de CO' exhalée par les voies respiratoires, dans un temps donné, cesse de s’élever, et reste stationnaire, tant que dure la période menstruelle. Bien plus, non seulement dès l’époque pubère, chez la femme, l’acide carbonique éliminé n’augmente plus, mais encore on observe un véritable recul' ». Des études faites bien souvent, et que l’un de nous avait répétées il y a quelques années avec M. Ch. Richet, montrent que I on observe chez tous ces névropathes la même réduction de la respiration et de l’émission de CO2 et cela quelquefois d'une manière considérable malgré la polypnée apparente. 11 semble donc probable que, dans l’espèce humaine comme dans l’espèce animale, quand la maturation des produits sexuels se fait tardivement et trop hâtivement, il y a une auto-intoxication â laquelle 1 organisme ne s’habitue que lentement : cette intoxication doit jouer un rôle dans cette diminution d’activité du système nerveux que l’on observe toujours chez ces malades.
Quoi qu’il en soit de ces hypothèses sur l’origine de 1 insuffisance nerveuse, elle se manifeste toujours par des troubles h la fois physiologiques et psychologiques. Les premiers sont constitués par toutes les altérations de la digestion, de la respiration, de la circulation, de la nutrition qui ont été décrits chez les neurasthéniques ; les seconds comprennent les phénomènes de l’aboulie, de l aprosexie, de l’indifférence, de l’apathie que nous avons souvent étudiés comme des diminutions de la fonction du réel. Nous résumons, par ce mot, l’ensemble des fonctions psychologiques qui
i. Cf. Fr. 1 toussa)’. Lu forme cl la vie. igoo, ch. \ 1 1 : Déterminisme /tes métabolies, p. 855.
a. Marro, La puberté clic: l'homme et chez la femme, trad. 1903, p. $2.
INTRODUCTION1
jouent le rôle principal dans l’adaptation exacte de l’individu à la réalité donnée et présente : la volonté, l’attention, la croyance à ce cjui existe actuellement, les sentiments agréables ou pénibles, bien en rapport avec cette réalité. Les opérations psychologiques sont, en elTet, d’autant plus aisées, demandent d’autant moins d’énergie nerveuse qu’elles sont plus éloignées de la réalité présente. On sait, depuis longtemps, que les malades se souviennent mieux des événements anciens que des événements récents, les plus engagés dans la connaissance de la réalité présente ; l’un de nous a montré, chez les psychasthéniques, bien des faits qu’il faut rapprocher de celui-là. Ces malades conservent le pouvoir d’évoquer des souvenirs, de construire des conceptions imaginaires, de raisonner même très correctement; en un mot, ils ne présentent point de troubles psychologiques dans les fonctions qui s’exercent sur le passé, sur l’imaginaire, sur l’abstrait. Mais, ils se montrent impuissants, dès qu’il s’agit réellement, de faire attention à ce qui existe au moment présent, de percevoir les faits avec le sentiment vil de leur réalité présente. Ils semblent être très émotifs, mais il faut préciser en quoi consiste cette émotivité apparente : ils n’éprouvent que des anxiétés mentales, et des angoisses viscérales vagues, sans adaptation précise, uniquement à propos d’événements anciens ou d’appréhensions confuses et ils se montrent en réalité très froids, très indifférents, quand il s’agit d’éprouver des émotions nettes, des sentiments précis en rapport exact avec la situation où ils se trouvent. C’est là ce que nous avons désigné sous le nom de perte de la fonction du réel, sous le nom de diminution de la tension psychologique. Cette tension présente de véritables oscillations sous bien des influences, tantôt sous l’action de certains phénomènes physiques et de certaines intoxications, tantôt par le mécanisme de phénomènes moraux, dont les plus importants semblent les émotions1. Il est évident, qu’au début, cet abaissement de la tension nerveuse et de la tension psychologique n’a rien de caractéristique et qu’il se retrouve à peu près le même au point de départ d’un grand nombre de névroses et même de psychoses ; tout au plus peut-on remarquer que cet affaiblissement mental tend à prendre, soit dans son évolution, soit dans sa localisation, des formes un peu particulières qui vont se préciser dans les
i. Cf. premier volume, p. 5i5, 5a3, 5 2 y , 533, 54o:.
diverses maladies1. A ce degré, le syndrome est encore indistinct; ce n’est qu’une forme embryonnaire qui va plus tard se spécialiser en donnant naissance à diverses autres formes plus accentuées. Aussi avons-nous constitué un premier groupe de malades, représentant un premier type, avec ces symptômes confus de neurasthénie physique et mentale.
En second lieu, la maladie se précise et s’oriente vers les états psychasthéniques quand, aux troubles précédents, s’ajoutent des sentiments pathologiques qui ont été désignés, par l’un de nous, sous le nom de sentiments d’ incomplétude . On verra, dans le chapitre ii de la première partie, plusieurs observations intéressantes où les sentiments d’inertie, d automatisme, de domination, d'inquiétude, de rêve, de honte, de dépersonnalisation tourmentent particulièrement le sujet et donnent, à son affaiblissement neurasthénique, un aspect tout particulier. En effet, beaucoup d’abouliques restent indifférents à leur état et celui-ci est remarqué par leur entourage beaucoup plus que par les malades euxmêmes ; d’autres, au contraire, sentent d’une manière aiguë, une déchéance mentale, même légère. Il est probable que le développement de leur intelligence, leur éducation antérieure jouent un rôle dans l’évolution de ces sentiments2. Certains malades parlent immédiatement, à ce propos, d’humiliation, de flétrissure, et il est évident que leurs idées morales antérieures sur le vice de la paresse, sur la honte de l’inertie contribuent h donner, à de tels sentiments, une forme toute particulière. Tandis que les premiers, les abouliques indifférents à leur état, évolueront probablement vers d’autres névroses, ceux qui, dès le début, présentent des sentiments d’incomplétude sont prédisposés aux obsessions.
Il est très facile de remarquer, en effet, combien ces sentiments pathologiques se rapprochent des obsessions que l’on va rencontrer dans la maladie tout à fait constituée: les sentiments de faiblesse, d’incapacité sont voisins des idées obsédantes de dépréciation et de honte de soi-même; les sentiments du doute ne semblent guère différents de la manie du doute; les sentiments d’inquiétude semblent se confondre avec bien des phobies, et le