I . Ibid. , p. G75, 73/i
•x Ibid., p. 55 1.
INTRODUCTION XIII
besoin de direction, le besoin d’être aimé semblent difficiles à distinguer des obsessions amoureuses. En pratique, cela est très vrai et il est souvent fort difficile de dire si telle malade, que l’on ne connaît pas encore très bien, est simplement tourmentée par des sentiments d’incomplétude en rapport avec un abaissement réel de sa tension psychologique, ou si elle est déjà parvenue à des idées délirantes, à propos de ces mêmes sentiments. Nous admettons fort bien que nous ayons pu nous tromper, à ce propos, dans tel ou tel cas déterminé1. Mais il ne nous semble pas qu’il faille aller au delà et considérer nos études sur les sentiments d’incomplétude comme identiques à la description des obsessions proprement dites. Les idées obsédantes sont des phénomènes psychologiques qui ont subi une évolution beaucoup plus avancée; ce sont des idées abstraites et générales dont la portée dépasse de beaucoup ce que le malade éprouve et constate en lui-même. Il y a, à propos de ces idées, des réflexions, des interrogations, des combinaisons imaginaires, tout un travail mental qui n’est aucunement contenu dans les simples sentiments dont nous parlons ici. Sans doute, ce sont des degrés d’un même phénomène, mais des degrés qu’il est très important de distinguer pour établir les groupes cliniques et pour comprendre la genèse des obsessions. Il est d’ailleurs facile de faire cette distinction chez beaucoup de malades et de reconnaître que celui-ci n’a qu’un sentiment vague, non obsédant et, en somme, assez juste des modifications de sa personnalité, tandis que cet autre est tourmenté, à ce propos, par des idées générales de suppression de la personne, d’inversion sexuelle, de mort, de tombeau noir, etc., que celui-là sent qu’il a besoin d’être aimé, d’être dirigé, « qu’il a toute sa vie cherché sans le trouver le véritable ami », tandis que cet autre a une obsession déterminée par rapport à telle ou telle personne dont il réclame l’amour comme le seul soulagement de ses maux et à propos de laquelle il invente toute une construction imaginaire. Ces remarques nous ont conduits à maintenir un second groupe composé des malades qui ajoutent les sentiments d’incomplétude aux troubles précédents. Nous avons rapproché de ce groupe quelques observations de malades épileptiques qui présentent des sentiments analogues, sans prétendre pénétrer ici aucunement dans l’étude de l’épilepsie et sans penser que cette analogie dépasse
. Ibid., p. 262.
LES OHSESSIONS ET LA PSYCHASTHENIE
le point de vue purement symptomatique. Cette discussion, que l’un de nous a simplement ébauchée1, sera peut-être reprise un jour, dans un autre ouvrage.
Un troisième groupe, très important, sera constitué par les agitations cli/fuses, quand elles prennent surtout la forme motrice ou la forme émotionnelle. L’incapacité où est le sujet de parvenir aux phénomènes psychologiques supérieurs, s’accompagne bientôt d’une sorte de dérivation2 qui dépense, sous forme de phénomènes inférieurs, la force inutilement accumulée. Les premiers et les plus simples, parmi ces phénomènes de dérivation, sont des mouvements excessifs, peu coordonnés et inutiles, que l’on observe dans des crises d’agitation : il est important de connaître ces agitations motrices pour ne pas les confondre avec les attaques fréquentes que l’on rencontre dans d’autres névroses, car elles sont de tout autre nature. Ce sont aussi, et peut-être plus souvent encore, des agitations viscérales et surtout des agitations respiratoires, qui troublent les fonctions organiques et qui jouent le principal rôle dans le phénomène bien connu de l angoisse. A cause de l’importance pratique de ces agitations motrices et de ces angoisses, nous en rapportons, ici, un grand nombre d’exemples observés dans des circonstances variées. Déjà, dans ce groupe, les malades commencent à se distinguer les uns des autres, suivant que leur agitation est plutôt motrice ou plutôt viscérale et émotionnelle. Dans le fond commun de la psychasthénie primitive, des groupes différents commencent à se dessiner.
4° Cette distinction devient encore plus nette quand les iusuflisances psychologiques, primitivement presque générales, commencent à se spécialiser, au moins dans leurs manifestations. Au lieu d’apparaître, à propos d’un acte, d’une attention, d'une émotion présente quelconque, les troubles psychologiques précédents semblent ne survenir qu’à propos de certaines actions déterminées. Cette spécialisation résulte de ce fait fondamental que toutes les actions ne présentent pas une dillieullé égale et qu’un cerveau affaibli succombe devant les actions qui sont naturellement ou accidentellement les plus difficiles, tandis qu’il reste suffisant pour
i. Ibid., p. 5o3.
a. Ibid., p. 554 •
INTRODUCTION
les autres1. Si l’on peut se permettre une pareille comparaison, il s’agit d’une machine, d’un automobile qui court encore fort bien, quand il est en plaine, mais qui s’arrête, en faisant un grand tapage, dès qu’il se trouve en face d’une petite rampe. Les actions qui donnent lieu à ces difficultés et à ces arrêts sont avant tout les actions sociales, d’où le grand nombre de troubles que l’on rattache vaguement à la timidité, en second lieu, les actions professionnelles, puis toutes les actions que l’on veut accomplir avec attention et avec pleine conscience, etc.2.
Quand, en raison d’une prédisposition du sujet, la dérivation, qui se produit à propos de ces phénomènes déterminés, prend la forme émotive, nous entrons dans le groupe considérable des phobies. Nous présentons, à ce propos, des observations de diverses algies portant sur la poitrine, les seins, l’estomac, l’abdomen, l’anus, la vessie, les organes génitaux, les membres, la tète, le nez, la langue, le larynx, les oreilles, les yeux. Puis, nous analysons rapidement les troubles importants qui constituent les phobies des fonctions, c’est-à-dire les phobies de l'alimentation, de la déglutition, de la défécation, des fonctions génitales, de la marche, etc. Les phobies, déterminées par des dérivations angoissantes à la suite d’insuffisances spécialisées à des actions particulières, donnent naissance à ce que l’on appelle souvent des phobies des objets, parmi lesquelles nous signalons les phobies des instruments professionnels, les phobies du contact, les phobies des chiens enragés, des animaux, etc. Enfin, la difficulté que rencontre l’action dans telle ou telle situation où se trouve placé le malade amène, à sa suite, les phobies des situations, dont les principales sont l’agoraphobie, la claustrophobie, les phobies sociales parmi lesquelles on doit, à notre avis, ranger l’éreutophobie et les dysmorphophobies.
5° Quand, dans les mêmes circonstances, la dérivation est surtout motrice et prend une forme systématisée, nous nous trouvons en présence du groupe des liqueurs. L’agitation motrice prend telle ou telle forme suivant les elïorts que le sujet fait, plus ou moins vaguement, pour sortir de son état d’inquiétude; les mouvements qu’il a faits se répètent, en raison de l’habitude, toutes les fois que se renouvellent les mêmes impressions. Le malade, dans