Ibid., p
cet état, est plus que jamais un individu sans volonté, incapable de modifier son état mental et d’échapper à la tyrannie des impressions qui ramènent les mêmes idées et les mêmes actes. Nos observations fournissent des exemples assez nombreux de ces agitations motrices, empruntés à des tics de toute espèce : tics de la tète, du cou, des pieds, de la bouche, tics de s’arracher les cheveux, tics de contraction des membres, tics de vomissement, tics respiratoires, crampes des écrivains, fausses coxalgies, spasmes de l’œsophage, etc.
6° Une autre forme assez précise de la maladie se rencontre chez les sujets qui, probablement en raison du caractère et de l’éducation antérieure, ont surtout de la dérivation mentale. Les phénomènes qu’ils présentent méritent aussi le nom d'agitations, quoiqu’il ne s’agisse plus de mouvements extérieurs plus ou moins violents et quoique les sujets puissent rester extérieurement très immobiles, parce que ce sont encore des phénomènes psychologiques exagérés, inutiles et d’ordre inférieur. Les phénomènes de l’esprit sont caractérisés beaucoup plus qu’on ne le croit par leur rapport, leur correspondance avec la réalité extérieure donnée et il ne faut pas, eomme il arrive trop souvent, en psychologie, apprécier uniquement un phénomène, en lui-même, d'une manière abstraite. Le plus beau syllogisme, s’il est fait à tort et à travers, sans que la situation réelle et présente le réclame, est une simple agitation de l’esprit.
L’agitation mentale peut, d’abord, être diffuse et consister en rêveries perpétuelles. C’est là, plus qu’on ne le pense, une prédisposition maladive qui n’est pas sans danger et que l'on doit placer au point de départ de beaucoup d’obsessions. C est pourquoi nous avons résumé ici une observation remarquable de rêverie forcée, de mentisme.
Le plus souvent, l’agitation mentale est systématisée suivant un certain nombre de lois qui dépendent du caractère antérieur et des conditions dans lesquelles se présentent les actions ou les efforts d’attention et de croyance à propos desquels se fait la dérivation mentale ’. Les innombrables manies de l oscillation, de l’au-delà, de la réparation, les manies de l’hésitation, de l’interrogation, de la précision, de la vérification, de la répétition, du
i. Ibid., p. 58a.
INTRODUCTION
symbole, des précautions, de la recherche, de la perfection, des expiations, des présages, des serments, sont représentées à peu près toutes par quelques exemples.
70 Nous arrivons, avec la deuxième partie de ce livre, aux idées obsédantes proprement dites, qui ne se développent pas nécessairement mais qui se produisent cependant fréquemment à la suite des troubles précédents. Au lieu d’exprimer simplement leurs troubles de l’activité mentale par un sentiment correspondant, les malades se laissent aller, davantage, à méditer sur ce qu’ils ressentent, à l’interpréter ; et, soit par suite de leurs propres réflexions dans les manies mentales, soit à l’occasion d’un événement extérieur qui s’accorde avec leurs préoccupations, ils construisent une idée plus abstraite et plus générale ou relative à quelque fait extérieur, idée qui devient dorénavant l’expression de tout ce qu’ils ressentent1.
L’obsession est si peu un phénomène surajouté à la maladie et venant en quelque sorte de l’extérieur que tous ses caractères peuvent s’expliquer si on l’envisage comme la conséquence toute naturelle de l’état d’esprit précédent. Sans reprendre complètement une discussion déjà faite2, nous ne reviendrons que sur quelques détails qui mettent bien ce fait en évidence. On a souvent remarqué que les idées obsédantes, par opposition à d’autres états délirants, ne présentaient jamais une complète absurdité ; elles ne deviennent pathologiques que par leur exagération. Cela pourtant n’est pas absolument vrai, car il est bien difficile de mesurer le degré d’absurdité d’une conception, reconnue comme fausse : c’est là une simple question d’appréciation et de mesure. Quand un obsédé véritable vient nous dire qu’il voit l’âme de son oncle sortir du derrière d’un individu ou qu’il a peur d’avoir voué ses enfants au démon, nous nous demandons si nous ne pouvons pas considérer ces conceptions comme absurdes. Mais il est juste de reconnaître que de tels exemples ne sont pas fréquents et que le malade échappe en partie à l’absurdité en déclarant qu’il ne croit pas lui-même à ces idées et qu’il est furieux de les concevoir. En général, il est juste de dire que les conceptions des obsédés, relatives à des maladies, à des ridicules, à des crimes, ont rapport à des choses qui sont à la rigueur possibles et qui ne sont pas