II. — i
LES OUSESSIONS.
LES PHOBIES
propre voix lui donne une sensation étrange. « Ma voix prend tout à coup une sonorité étrange qui me fait mal. » Quand elle se regarde elle-même, ses mouvements lui paraissent extraordinaires ; sa ligure, vue à travers une glace, lui paraît étrange. Enfin ses pensées, elles aussi, deviennent tout à fait extraordinaires: la malade sent comme si elle était dédoublée, comme si ses pensées se répétaient deux ou plusieurs fois dans la tête, elle a le sentiment de ne plus comprendre à la façon ordinaire. C’est en vain qu’elle se répète mot à mot les raisonnements logiques qui la rassuraient tout à l’heure, ils ont perdu leur sens, elle ne les comprend plus. Le souvenir des choses passées est très diminué, tout ce qu’elle avait résolu est évanoui de sa pensée et ce qui est plus important, elle n’arrive pas à fixer de nouveaux souvenirs. « J’ai essayé, comme vous me l’aviez demandé, de faire bien attention à ce qui se passaitpendant cette crise pour vous le décrire, je ne puis pas : les impressions s’effacent à mesure et quand c'est fini, je n’ai qu’un souvenir très vague d’une chose très pénible. » Un sentiment dominant est celui de l’automatisme : « Il me semble qu’une force irrésistible me pousse, agit à ma place; j’assiste à ce qu’elle fait en me demandant quelle bêtise elle va faire, il me semble qu’elle va faire des choses horribles et que je n’y pourrai rien. »
Ces divers sentiments d’étrangeté extérieure et intérieure, de dédoublement, de perte du moi, d’automatisme, se réunissent, se concrètent dans une idée générale, qui en est en somme la svnthèse assez grossièrement formée. Cette idée, c'est qu’elle est un être drôle, à part des autres, que personne n’est comme cela, qu’elle va faire des choses étranges, dangereuses pour elle-même ou pour les autres, qu’elle va se jeter de l’escalier ou embrasser les messieurs qu’elle rencontre, causer du scandale, desattroupements, qu’elle va en un mot se conduire comme une folle. « J'en arrive et c’est bien naturel à l’idée de la folie ; perdre la tête est toujours pour moi dans ces moments une épée de Damoclès. » Il en résulte qu’elle emploie le peu de forces qui lui resteà se préserver de ces folies possibles ; elle court précipitamment jusque chez elle, ou bien elle se réfugie dans la première boutique venue en disant qu elle est malade.
Sans cesse même quand elle n'a pas l’accès, elle prend des précautions contre ses excentricités possibles. Voici à ce propos un récit curieux : « 11 y a quelques années, raconte-l-