Sentiments d' inintelligence
Les modifications de l’attention ne déterminent pas seulement les sentiments précédents à propos de la perception extérieure, ils déterminent les sentiments du même genre à propos de toutes les opérations de l’esprit, de toutes les conceptions, de toutes les idées. Les souvenirs et les idées ont le même caractère de vague et d’irréel que le monde extérieur, « Ma vie passeé, dit Claire, me parait appartenir à un autre monde, qui n’est pas réel, tout cela est si loin de moi, je ne peux pas m’expliquer bien mes idées, je fais des efforts pour atteindre une idée claire, il faudrait pour cela ouvrir une petite porte qui est dans ma tête, l’idée claire est derrière cette porte mais je ne puis parvenir à l’atteindre. » Dob... gémit indéfiniment sur la peine qu’elle a à exprimer et à comprendre ses idées, elle désespère d’arriver à la précision Qi... se désole parce qu’elle ne peut plus comprendre son fils ni se faire comprendre par lui « on dirait que depuis deux ans notre maison se transforme en une Tour de Babel. »
Ce vague de l’idée provoque certainement divers sentiments se- ‘ condaires que l’on a remarqués chez ces malades, d’abord le senment du mystère, l’idée qu’ils sont entourés de choses profondément incompréhensibles, ensuite le besoin de chercher, l’effort pour se débrouiller au milieu de toutes ces choses qu’ils ne comprennent pas. « l.es choses mystiques et mystérieuses me font du mal et m’attirent, je sens si bien le mystérieux » (Gisèle). Chez Gat... et chez Pot... la progression est bien visible : au début elles ont des sentiments douloureux d’automatisme, d’irréel, d’obscurité et que ce n’est qu’après qu’elles se mettent à interroger. « Pourquoi ces gens qui ont l’air drôles sont-ils sur terre ? Pourquoi vit-on puisqu’on doit mourir? « Le goût des questions métaphysiques se rattache à diverses tendances, nous en voyons ici un exemple.
LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES
Les malades semblent se rendre compte que cette obscurité tient à quelque chose, à une opération mentale mal faite, ils ont constamment comme Jo... le sentiment qu ils ont oublié quelque chose qu’il leur manque une opération mentale. \ er — de même qu’il se plaint d’avoir perdu sa personne, se plaint d avoir perdu ses idées : dans son langage sans précision psychologique il dit sans cesse « qu’il ne se lait pas d’idées des choses, qu il ne peut pas poursuivre ses idées. » 11 a été a 1 enterrement d un de ses oncles et se plaint de ne pas se faire l’idée qu il est mort. « Que voulez-vous, dit-il en terminant, la vie est de penser et je ne pense pas. »
D’autres se rendent mieux compte qu’ils ont des idées nombreuses mais qu’ils ne les unifient pas, ne les coordonnent pas : « mon attention est sans cesse éparpillée, dit Lise. » « J ai trop d’idées compliquées à la lois, dit Nadia », Xyb... se rend compte qu’elle ne met pas les choses il leur place. Elle a des doutes et des scrupules relativement à une domestique, « je ne suis pas naturelle avec elle, il faudrait qu elle ait sa place dans mon imagination comme domestique, les places des idées me semblent changées. Il faudrait que lçs choses soient équilibrées de nouveau ». Ppi... se sent toujours faible dans son travail, il ne peut pas avoir de vues d’ensemble, embrasser une étude, « il me tant indéfiniment prendre chaque petit coin de la question ».
On peut rattacher à ce sentiment d’incoordination certain besoins qu’éprouvent les sujets. Ils ont, disent-ils, une soit d apprendre, ils voudraient qu’on leur fit des démonstrations, qu on lcui lil comprendre des idées générales capables de mettre de 1 ordre dans leur esprit. Ce désir se symbolise dans la pensée de Jean qui aspire à des enseignements d’une simplicité et d'une généralité inouïes. Il est impossible de trouver un livre qui soit île son goût : « Comment peut-on lui faire lire des détails a lui qui ne sait rien de l’ensemble ? A 3a ans, il ne veut lire que des manuels et des manuels très généraux ; il ne peut pas lire un manuel d histoire de France avant d’avoir lu un manuel d'histoire universelle et avant de s’intéresser à une notion scientifique quelconque, le voici qui veut étudier les « leçons de choses » qu on donne aux petis enfants. Ces goûts correspondent à des sentiments bizarres relatifs à la clarté de la méthode déductive, à un besoin ridicule de subordination et de coordination qui se rattache, si je ne me trompe, à la souffrance causée par la lacune précédente.
L’INCOMPLÉTUDE DANS LES OPÉRATIONS INTELLECTUELLES