Séglas, ibid., p. i3g
3. Krishaber, De la neuropathie cérébro-cardiaque, 1873, observation 38,
314 LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES
dit un autre malade, un ardent désir de revoir mon ancien monde, de redevenu- l’ancien moi. C’est ce désir qui m’a empêché de me tuer..., j’étais un autre et je haïssais, je méprisais cet autre ; il m’étais absolument odieux, il est certain que c’était un autre qui avait revêtu ma forme et pris mes fonctions » et laine ajoutait :
« Le sujet ne se reconnaît plus, il trouve toutes ses sensations changées et il dit « je ne suis pas », plus tard il dira « je suis un autre ». Il semble se trouver dans le monde pour la première fois (sentiment d’étrangeté), il croit que ses actions lui échappent, qu’il assite à ses actions en spectateur . »
Plus tard ces observations se multiplièrent, je rappelle celle de Bail qui est remarquable : « Au mois de juin i8y4, écrit son malade, j’éprouvai à peu près subitement sans aucune douleur ni étourdissement un changement dans la façon de voir, tout me parut drôle, étrange, bien que gardant les mêmes formes et les mêmes couleurs (sentiment d’étrangeté de la perception). En décembre 1880 plus de cinq ans après, je me sentis diminuer, disparaître : il ne restait plus de moi que le corps vide. Depuis cette époque ma personnalité est disparue d’une façon complète, et malgré tout ce que je fais pour reprendre ce moi-même échappé, je ne le puis. Tout est devenu de plus en plus étrange autour de moi et maintenant non seulement je ne sais ce que je suis, mais je ne puis me rendre compte de ce qu’on appelle l'existence, la réalité 1 2. »
Ces cas sous leur forme typique sont si étranges qu'ils ont continué à attirer l’attention. Dans un article publié par la Revue \ philosophique, M. Dugas propose de désigner le phénomène sous ; le nom de sentiment de dépersonnalisa lion, il observe que ce j sentiment se trouve lié avec un autre phénomène curieux, le S « déjà vu », c'est-à-dire que le sentiment de dépersonnalisation s’associe souvent avec la fausse reconnaissance. « Souvent le sujet . atteint de fausse reconnaissance avait conscience de devenir j autre, il se sentait rester le même en devenant deux. J 'écoutais * une voix, dit un malade, comme celle d'une personne étrangère, 1 mais en même temps je la reconnaissais comme mienne, ce moi I (jui parlait me faisait 1 eirct d un moi perdu, très ancien et s0,,“ 3