‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 149 sur 352 · Bail, Revue scientifique, 1888, II, p · texte numérisé non relu

Bail, Revue scientifique, 1888, II, p

dainement retrouvé » Cette impression le malade ne l’a pas seulement à propos de sa parole, mais il l’a aussi à propos de ses mouvements, de ses actes et il en arrive à l’aliénation de sa personne, à la dépersonnalistion1 2.

J’ai eu l’occasion de rapporter deux observations tout à fait remarquables du même genre, celle de Bci... et celle de Ver...3. Les deux malades sont identiques dans les grands traits : à la suite d’émotions ils perdent la conscience d’eux-mêmes, ils continuent cependant à exécuter d’une façon correcte toutes les opérations psychologiques, ils sentent tout, se souviennent de tout, parlent, agissent, d’une façon à peu près normale ; mais ils répètent toujours : ce n’est pas moi qui sens, c’est comme si ce n’é tait pas moi qui parle, qui mange, comme si ce n’était pas moi qui souffre, comme si ce n’était pas moi qui dors. « Bei... voyait clair, entendait bien , sentait correctement, pouvait se mouvoir sans peine, mais elle se cherchait elle-même en ayant l impression qu’elle n’était plus là, qu’elle avait disparu, que les choses présentes n’avaient pas de rapport avec sa personnalité. Depuis ce moment elle répète toujours la même chose : mais où suis-je ? que suis-je devenue? ce n’est pas moi qui mange, ce n’est pas moi qui travaille, je ne me vois pas faire ceci ou cela, il y a quelque chose qui me manque. »

Récemment M. Bernard-Leroy, qui avait déjà publié, à propos de ces faits, une discussion sur laquelle je reviendrai, a présenté au congrès de psychologie un nouveau cas remarquable, tout à fait identique aux précédents. Il s’agit d’une femme de 4i ans qui est tombée malade graduellement à la suite d’émotions vives et prolongées. Elle s’agite continuellement et se livre à l’exécution de mouvements bizarres et compliqués, elle se tâte les mains, les bras, promène les mains sur sa tête et son cou. Elle dégrafe même son corsage pour tâter sa poitrine, elle fait claquer ses mâchoires, se tire les cheveux, se tire le pavillon de l’oreille... elle dit qu’elle ne sent plus rien ou du moins ne sent plus rien comme autrefois et que dès lors c’est plus fort qu elle. (C’est là le phénomène des manies de vérification, des tics, des agitations motrices que nous connaissons chez ces malades.)

« Il faut qu elle tâte. C’est insensible tout cela, dit-elle en se

Page 1