Pitres et Régis, op. cil., p. 4o
tisme psychique au moins autant qu’à l’obsession, les malades qui se dédoublent au point de se croire en avant d’eux-mêmes ou de se chercher ailleurs ont autre chose que de l’obsession simple, ils éprouvent un phénomène analogue à certains effets de dualité hystérique1 ». Je ne puis partager cette opinion, le dédoublement hystérique peut exceptionnellement donner naissance à des expressions à peu près semblables, mais en règle générale il ne se présente pas du tout sous cet aspect. Dans l'hystérie, il y a subconscience véritable, les phénomènes psychologiques forment deux groupes indépendants qui s’ignorent réciproquement, mais chacun de ces groupes conserve sa personnalité. Ici il n’y a pas de dédoublement réel, on ne constate ni anesthésie, ni amnésie, on ne peut mettre en évidence aucune lacune dans le groupe principal des phénomènes, mais il y a un sentiment général qui porte sur l’ensemble de tous ces faits et qui les représente à la conscience comme changés, comme insuffisamment rattachés à la personnalité, c’est là un fait différent de l’hystérie proprement dite.
M. Bernard-Leroy en cherchant le diagnostic de ces troubles dit « qu’il a éliminé successivemeni les diagnostics de folie du doute, le syndrome des négations, de mélancolie, de confusion mentale, d’hypocondrie, et qu’il range ces faits dans la névropathie cérébro-cardiaque de Krishaber2 ». Qu’il s’agisse de la maladie de Krishaber, cela est incontestable, puisque cette maladie n’est constituée avec netteté que par cet unique symptôme de la dépersonnalisation. Le diagnostic véritable consiste à rechercher dans lequel des groupes morbides aujourd’hui reconnus rentre cette névrose de Krishaber. Il est également facile d’éliminer le syndrome des négations, la mélancolie, la confusion mentale. Mais je ne partage plus l’opinion de l’auteur quand il élimine la folie du doute, l’hypocondrie et probablement aussi les obsessions dont il ne parle pas. La malade même qu’il décrit a des doutes, elle a même des manies mentales de vérification perpétuelle, ses attouchements incessants ne sont pas autre chose que des tics en rapport avec des manies de vérification. Tous les malades précédemment décrits ceux de Krishaber, ceux de Bail, ceu x de M. Séglas, celui de M. Dugas ont en même temps des doutes, des manies et des obsessions. Il est intéressant de rappeler à ce propos
li litres et Régis, op. cil., p. 4o;
2- Bernard Leroy, Comptes rendus du congres de psychologie de iQOû, p. 4^7*
318 LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES
la suite de l’observation de Bei, que je publiais en 1898. Après 18 mois de dépersonnalisation pure pendant lesquels la malade ne se préoccupait que de la perte de son moi, Bei... est devenue un peu plus tranquille sur sa personne, elle a oublié en paitie le sentiment qu’elle éprouvait; mais elle s est mise à présentei des crises d’interrogation a propos des souvenirs : il laut qu elle recherche ce qu elle a fait la veille, si elle a été au bal il % a huit jours ou si elle n’y a pas été, etc. Ce sont de véritables crises de rumination caractéristiques de la folie du doute, c est-a-due de l’une des formes de l’état psychasthénique. Mes nouvelles observations du sentiment de dépersonnalisation auxquelles je vais faire allusion tout à l’heure, observations qui sont nombreuses, portent toutes sur des obsédés. Enfin chez la plupart des obsédés, des maniaques, des phobiques que je viens d’étudier dans les chapitres précédents 011 trouve au moins en germe ce sentiment de dépersonnalisation. Je suis donc disposé à croire que le sentiment de dépersonnalisation est un des symptômes de 1 état psychasthénique et qu’il y a lieu de le rapprocher de tous les phénomènes précédemment étudiés.
Nous nous trouvons alors en présence d’un autre problème. De quel groupe de phénomènes s agit-il dans ces cas de dépersonnalisation ? Je crois que bien souvent il s’agit de véritables idées obsédantes. Certains de ces malades ont fini par concevoir une idée plus ou moins générale à propos des troubles de leur personnalité. Ils sont obsédés par la pensée qu'ils ont perdu leur moi, comme d’autres par la pensée qu'ils ont perdu leur moralité ; c’est une obsession qui rentre dans la catégorie des obsessions de la honte de soi, et je l’ai déjà signalée à ce propos.
Dans d’autres cas se développent à ce sujet des manies mentales d’interrogation et de vérification comme on vient de le voir. Mais dans un très grand nombre de cas, je pense que, surtout au début, quand la maladie est simple, il s'agit d’un sentiment que le malade éprouve à propos de tous ses phénomènes de conscience. Tous ces malades n’ont pas comme Claire la manie de se rabaisser, comment se seraient-ils rencontrés sur une idée vraiment aussi étrange et en dehors des pensées communes. Cette idée se présente brusquement chez Bei..., chez Ver..., chez PI... avant toute manie mentale qui chez Bei... 11e commence que deux ans plus tard. Enfin dans une discussion très importante nous aurons à comparer ce fait avec un sentiment qui est
décidément très fréquent chez les épileptiques, et il est évident qu’il ne s’agit pas chez eux d’idées obsédantes. Je crois donc que ce trouble de la personnalité est souvent une altération psychologique primitive chez le scrupuleux et qu’il révèle une insuffisance de la perception personnelle.
Ainsi entendus les sentiments de trouble de la personnalité sont très fréquents chez nos malades et présentent divers degrés.
i . — Sentiment d’étrangeté du moi.
D... au début d’une crise de dipsomanie sent un trouble dans sa personne « il me semble que je m’effondre, que mon être tout entier devient confus et étrange, c’est un état intolérable et j’éprouve le besoin de faire des folies pour en sortir ». Vol’..., femme de 38 ans, qui a été mordue par un chien, le premier jour de ses règles, en conserve une vive impression ; elle n’est pas tout de suite tourmentée par l’obsession du chien enragé qui ne viendra que plus tard. Pendant plusieurs mois elle reste tourmentée par un sentiment qu’elle exprime de la manière suivante : « Il me semble que je suis humiliée d’avoir été mordue, c’est comme si cela m’avait flétrie, je ne suis pas comme j’étais auparavant, je ne suis plus la mêem ,je suis une personne drôle, inférieure, plus basse que je n étais. »
Kl..., pendant les périodes d’abaissement qui précèdent la crise des agitations forcées comme une aura, se sent drôle, «je me sens comme enveloppée par quelque chose qui n est pas moi, c’est à cela que je reconnais que je vais avoir une crise et que ■ je vais m interroger sur la naissance de mon enfant ».
Tr... répète sans cesse qu’ « elle n’est pas elle-même à la façon ordinaire, qu elle ne veut pas être un être a part, et qu elle fera des efforts (agitation motrice) pour retrouver sa personne naturelle.