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L’irrésolution

Cette mollesse générale peut se décomposer en un certain nombre de troubles particuliers de l’action, le plus frappant est antérieur à l’acte même, c’est une indécision perpétuelle qui existe à mon avis en fait, bien avant que le malade n’en ait le sentiment et qu’il n’en parle, bien avant qu’il n’ait des crises de doute et de délibération. Tous les auteurs qui ont parlé des obsédés et des douteurs ont bien décrit cette indécision 1 . Que d’exemples on pourrait citer de cette irrésolution, choisis, je le répète, tout à fait en dehors des crises d’excitation pathologique. Tod..., tout enfant, passait des heures interminables à ranger son tiroir parce qu’elle « ne pouvait jamais décider si un objet devait être adroite ou à gauche. » Bsn..., une femme qui a actuellement 5 1 ans, raconte en riant des incidents de sa

j. Cf. Raymond et Arnaud, Ann. méd. psych.. 189?., II, 199.

LES TROUBLES DE LA VOLONTÉ

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jeunesse : « elle a été très malheureuse quand on a voulu la forcer à ranger sa chambre elle-même, car elle hésitait indéfiniment sur la place d’un bibelot. » Qei... a toujours été malheureuse quand il fallait choisir une robe, un chapeau ou une distraction. Min... ne sait jamais ce qu’il veut faire, il lui faut des jours et des jours pour savoir s’il veut profiter d’une journée de vacance et faire une promenade: « ce que j’ai toujours aimé le mieux, dit-il, c’est qu’un camarade décidât pour moi, son opinion me donnait une sorte de coup de fouet.» Aussi ne sortait-il jamais seul et même à 20 ans, il ne quittait pas les jupons de sa mère. Bien entendu ces hésitations vont devenir curieuses quand les résolutions à prendre sont plus graves ; il est intéressant de voir que ces personnes hésitent entre des actions tout à fait opposées, tellement distantes qu’au premier abord la comparaison même semble impossible. ‘Toutes ces femmes par exemple, comme Fya..., hésitent, pour se marier, entre plusieurs jeunes gens, mais Renée lait mieux, elle passe des années à hésiter entre la vie religieuse

et la vie d’actrice dans un petit théâtre. Cette dernière existence d’ailleurs elle se la représente très bien comme une vie de désordre. Mais, comme elle le dit dans son naïf langage, elle est restée des années à se demander si « elle voulait faire la noce ou être une sainte ». Si la décision semble être prise, elle change et disparait pour le plus léger obstacle : ces personnes aiment les prétextes et renoncent à ce qu’elles avaient décidé pour un nuage, un rayon de soleil ou une migraine plus ou moins réelle.

Ce caractère est au plus haut degré chez deux de mes malades principales. Claire, depuis son enfance, et à plus forte raison au cours de sa maladie, ne se décide à rien d’une manière ferme, elle change sans cesse d’occupation, laisse une chose, la reprend, la laisse de nouveau: elle a voulu être religieuse, puis elley a renoncé,

1 idée revient de temps en temps puis disparaît; elle 11e sait pas si elle veut ou ne veut pas se marier. Elle oscille pour tout, et cela en dehors, je le répète, de tout délire ; en voici un exemple entre mille : elle a écrit une lettre pour me la remettre, il lui a fall u un grand effort pour l’écrire. Elle vient chez moi et cache sa lettre ne voulant plus que je la voie ; puis un quart d'heure après elle me dit qu elle l’a écrite et me la montre, puis elle la remet dans sa poche, puis elle me la donne et la voici qui se jette sur moi pour me la retirer des mains ; même scène parce qu elle veut et ne veut pas qu’on essaye de l’hypnotiser, etc.

346 LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES

Lise a toujours vécu de même, elle a eu des hésitations pour la vie religieuse, pour le mariage, pour presque toutes les actions. Aujourd’hui, quand elle sort dans la rue, elle ne sait plus de quel côté elle veut aller et il lui arrive de rentrer au bout de quelques pas plutôtque de choisir entre les divers courses qu elle pourrait avoir à faire.

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