L’OBSESSION ET L'IMPULSION DE LA HONTE DE SOI
capable de donner des coups avec un couteau pointu « qui entre bien ». Le délire du doute et même la forme psychologique singulière qu'il prend dans ce cas me semble n’ètre qu’un épisode dans l’obsession de honte et de mécontentent tout à lait caractéristique de ces malades.
On peut rapprocher de ce cas l’obsession curieuse de Rk... « qui est forcé de penser constamment à l’idéalisme, à l’irréalité des choses..., je suis honteux d’en être arrivé à croire que mon père n’existe pas ». On verra fréquemment cette notion de l’irréalité des choses à propos des sentiments qui tourmentent ces malades; dans les cas précédents ce sentiment a donné naissance à une véritable idée obsédante.
Cette critique des fonctions intellectuelles qui constitue tout un délire spécial chez Mb... se retrouve plus ou moins atténuée chez les autres malades ; Claire va répéter : « Tout s’éteint en moi, j'ai perdu le sentiment du réel, tout se voile. » Beaucoup de malades accusent plus encore leur intelligence. Dob... (86) se sent envahie par l’idée « qu elle est bête, qu’elle ne peut rien comprendre, qu’elle va devenir folle et qu’elle va délirer en pleine rue ». Cette obsession détermine, comme on le verra, une terreur que l’on peut jusqu’à un certain point rapprocher de l’agoraphobie. Jean, également, estdisposé à rabaisser son intelligence ; si l’on prenait au sérieux ses paroles, on le croirait tout à lait idiot. 11 répète sans cesse qu’il ne peutnilire ni écrire, qu’il ne peut rien comprendre aux phénomènes naturels qui l’environnent. « Je suis étranger à tout. Tout ce qui est naturel est entaché par moi de mystère d inaccessibilité. » Il n’accepte pas qu’on lui demande le plus petit renseignement, sur ses propriétés, sur sa fortune, sur la valeur de l’argent, sur rien de pratique, car il répète toujours que son esprit n’y peut rien comprendre, qu’il est étranger à la vie. Sans aller jusqu’à ce point Lise est toujours disposée à se trouver bête. Elle sent en elle-même comme quelque chose qui la critique et elle ne peut accepter aucun compliment, parce qu’elle les croit toujours faux.
Il est bien clair que ces obsessions des malades nous posent un très curieux problème de psychologie. Jusqu’à quel point ont-ils raison ou ont-ils tort? Sont-ils tout à fait délirants quand ils prétendent qu’ils sont devenus bêtes ? Nous aurons à discuter longuement la question quand nous parlerons de l’état psychologique sur lequel germent ces obsessions. Pour le moment, constatons que cette obsession est énormément exagérée, ne fût-ce
LUS IDÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES
que par sa répétition. Si l’on est réellement devenu bête et sans volonté, ce n’est pas une raison suffisante pour se le reprocher toute la journée, et ceux qui sont réellement bêtes ne se le reprochent pas ainsi. Il y a donc là un sentiment tout particulier de honte de soi-méme qui est bien du même genre (pic les obsessions précédentes du sacrilège et du crime. Ces malades qui se sentent constamment poussés au crime croient en même temps qu ils en sont capables.
2" Les obsessions relatives à la folie : un très grand nombre de ces malades, par exemple un homme de 46 ans, Mrc... (178), une femme de 28 ans, Byp... (180), etc., sont épouvantés à la piensée qu’ils sont fous, qu’ils ont eu ou qu’ils vont avoir des crises de folie et ils recherchent en eux tous les signes de ce qu’ils appellent la folie. « Je vois les maisons et les gens à l’envers, je dis des sottises, je vais me cogner la tête contre les murs, regardez donc mes yeux, vous verrez comme ils sont égarés. » Suivant leur caractère et l’évolution morale de leurs maladies, ils insistent dans leur obsession sur tel ou tel caractère de la folie. Zb... (17 5) répète qu’il voit que tout est drôle dans l’univers et que par conséquent il est fou. Cas. . . (177) a peur d’ètrè isolée : « il me semble que je suis seule au monde, je ne puis plus me diriger, j’ai besoin d’être enfermée comme les fous. » Léo... (178) répète que la folie lui fera « tuer sa petite fille, et suivre le premier monsieur venu dans la rue ». O11 voit que I obsession de la folie s’accompagne de I impulsion à a faire comme les fous, à faire des actes de folie ».
Les uns prétendent, comme Léo..., que cette obsession a été déterminée par la vue d’une femme folle, mais beaucoup et en particulier Dob. chez qui cette obsession détermine des grandes crises d’angoisse 11e peuvent invoquer cette explication. L’idée de folie me semble se rattacher chez eux à cette honte, à cette défiance qu’ils ont de leurs propres forces.
3° 11 faut ii mon avis placer ici des obsessions qui semblent souvent très embarrassantes, les obsessions de dé personnalisai io n . Depuis quelques années, divers auteurs, MM. Dugas, Bernard- Leroy, insistent sur le phénomène signalé autrefois par Krishaber puis par Taine, le sentiment et l’idée d'avoir perdu sa personnalité. J ai eu 1 Occasion de décrire déjà deux cas remarquables de ces phénomènes à propos de Ver... et de Bci... lime semble qu il