L’OBSESSION ET L'IMPULSION DE LA HONTE DE SOI
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faut distinguer deux formes de la dépersonnalisation : l’une consiste en un sentiment se produisant dans des conditions déterminées et que nous aurons à étudier plus tard à propos de tous les sentiments d’insuffisance psychologique qui jouent un rôle considérable dans la pathogénie des obsessions. Mais l’autre forme est une véritable idée obsédante développée vraisemblablement à l’occasion du sentiment précédent. Le sujet a sans cesse l’idée qu’il n’est plus lui-même, que ce n’est plus lui qui marche, qui mange, qui parle, il le répète même quand l’impression initiale de dépersonnalisation a disparu. 11 a, à ce propos, une véritable obsession : il faudra tenir compte de cette distinction dans l étude de ces malades.
Il en est de même pour un trouble de la mémoire, voisin de celui-ci, qui a aussi beaucoup attiré l’attention.
Le. phénomène du « déjà-un » est avant tout un certain sentiment intellectuel qui rentre dans le môme groupe que le sentiment de dépersonnalisation. Dans certains cas exceptionnels, le malade peut concevoir une sorte de délire à propos de ce sentiment et être obsédé parla pensée que tout ce qu’il voit est la répétition du passé. Il en est ainsi évidemment dans la remarquable observation de M. Arnaud1. Le malade, à tout moment, dans quelque état qu’il soit, ne peut fixer son attention sur aucun événement sans avoir l’idée que cet événement s’est, déjà passé exactement le même, dans les mêmes circonstances, il y a un an. M. Arnaud remarque très bien qu’il y a là une idée surajoutée à un sentiment, idée qui est devenue générale et constante, tandis que le sentiment ne se présente probablement que d’une manière rare et passagère.
4° Des obsessions plus curieuses et plus rares sont des obsessions d’envie. Fa... (169), femme de 3 1\ ans, en présente un exemple remarquable. Cette femme, dont les antécédents héréditaires sont très chargés et qui a déjà bien eu des troubles, a été très tourmentée par une maladie grave de son mari. L’obsession qui s’est développée depuis deux ans est une pensée d’envie à propos de tout ce qu’elle voit. Elle ne peut pas rencontrer une personne quelconque sans lui envier immédiatement quelque chose : « celle-ci est
1. F.-L. Arnaulrl, Un cas d’illusion du déjà-vu ou do fausse mémoire. Ann. mod. paye li., mai-juin 189G.
LES IDÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES
bien habillée, celui-là a une bonne mine, cet autre marche bien, celte femme a un enfant, celle-ci un mari, voila un homme qui sait parler, en voici un qui est vigoureux, voici une dame qui est charitable, cet individu qui entre dans un magasin est honnête. » Cette pensée donne lieu chaque fois dans son esprit à un long développement, et elle souffre d'une jalousie féroce. Détail curieux, il lui arrive d’être envieuse même des malheurs d autrui, « ils ont bien de la chance de pleurer leur père, en voici qui ont du bonheur d’être ainsi secoués par un grand malheur ». Quoique l’expression de l’obsession soit ici bizarre, c’est toujours la même idée de sa propre insuffisance qui joue le principal rôle. Quand Fa... envie l’intelligence, la force, l’activité des passants, c’est comme si elle répétait qu’elle est elle-même sans intelligence, sans force, sans activité, sans honnêteté. On le lui fait dire assez facilement : « Pourquoi enviez-vous ces gens qui ont eu un malheur et qui pleurent? — Parce qu’il me semble qu’il serait bon de pouvoir pleurer et que je me sens incapable d’en faire autant. »
5" Certains sujets sont obsédés par 1 idée de certaines qualités : l’idée de la pudeur, l’idée de l’indépendance. Yoz. (122) répète que la liberté est le seul, l’unique bonheur auquel on doit aspirer toute sa vie. Il est toujours tourmenté par l’idée qu’il n’est pas libre, qu’il est en captivité, qu’il faut arriver à la délivrance. Cette idée prend même dans son esprit une forme symbolique bien curieuse sur laquelle je reviendrai. Mais il est évident que cette obsession dépend de la même idée de honte. Il est honteux d’avoir perdu son indépendance et il est obsédé par la pensée d’une liberté idéale et il se sent poussé à commettre une foule d’absurdités pour atteindre cette liberté parfaite et pour se prouver qu’il la possède.
6° Il me semble juste de rattacher aux obsessions de la honte de soi ou du moins de placer à côté de celles-ci un groupe des plus intéressants, celui des obsessions et des impulsions amoureuses. J’ai déjà décrit parmi les obsessions du crime, les idées obsédantes dans lesquelles dominent l’impulsion ou le remords génital. Dans ces idées la pensée que l’action est. mauvaise, contraire à la morale, joue un rôle plus important que l’amour proprement dit, et il était juste de les rapprocher des obsessions du suicide, du vol,