‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 171 sur 352 · Arrêt de l’instruction · texte numérisé non relu

Arrêt de l’instruction

Ces troubles se manifestent d’ailleurs de bien des manières. Les sujets n’ont évidemment pas profité de l’instruction qu’ils ont reçue comme auraient faitdes individus normaux. Lo... (2i3), qui a suivi tous les cours possibles, ne sait en réalité pas grandchose, elle est en retard sur les jeunes femmes de son âge placées dans les mêmes conditions. Le fait est encore plus manifeste chez Jean: il a suivi toutes les classes du lycée, il a été aidé et dirigé autant que possible, je persiste à le croire intelligent d’après son langage et ses analyses psychologiques et morales, cependant il est arrivé très péniblement à des examens élémentaires, il n’a pu continuer l’étude du droit et en somme il ne sait presque plus rien de ce qu’on a essayé de lui apprendre. J’ai déjà signalé le sentiment bizarre qui le pousse a développer des idées générales, mais ce sentiment correspond à quelque chose de juste. Il a une mémoire extraordinaire des dates, des faits bruts, mais il n’a aucune instruction générale. La maladie de Red... a commencé plus tard, vers 18 ans, ses progrès se sont arrêtés à ce moment et les études scientifiques qu’elle suivait parfaitement auparavant sont devenues trop difficiles pour elle.

Ces lacunes se manifestent surtout dans les exercices qui demandent de la précision et de la composition. On pourrait croire que ces arithmomanes qui veulent toujours compter et qui recherchent une si grande précision vont avoir des disposition pour les mathématiques. Ce serait une grande erreur : ils ont tous horreur des mathématiques proprement dites et sont incapables de comprendre le moindre raisonnement géométrique ou de résoudre un petit problème. J’ai essayé bien souvent de faire devant eux un raisonnement de ce genre, aucun ne m’a même laissé aller jusqu’au bout, il est évident qu’ils n’y comprenaient rien. Un exercice que la plupart n’arrivent pas à faire davantage, c’est une composition par écrit sur un sujet quelconque. Ils redoutent surtout les sujets descriptifs où il est question d’objets réels; ils aiment mieux les idées, surtout les idées abstraites. Gisèle remarque qu’elle comprend mieux les idées que les choses concrètes. \ye... veut bien s’occuper de psychologie mais non de physiologie, c’est là un fait important sur lequel nous reviendrons. Mais ils ne peuvent mettre leurs idées en ordre, ils veulent pouvoir en

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parler d’abondance, à tort et à travers ; ils ne peuvent pas coordonner une composition écrite. C’est une des raisons pour lesquelles ils ont tant de peine à vous écrire et quelquefois à vous parler.

Nous retrouvons ici un caractère curieux que nous avons signalé dès le début de celte étude en décrivant l’attitude des malades. Leur embarras, leur dilïicullé pour exprimer leurs troubles ne dépendent pas seulement de leurs idées, de leurs sentiments de gène, mais aussi de l’impuissance de leur esprit a coordonner et à exprimer.

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