Inintelligence des perceptions
Il n’est pas facile de mettre en évidence par une expérience rapide cette incapacité intellectuelle. Presque toujours les malades sont encore capables de lixer l’esprit pendant un moment quand on les excite',: ils ne se comportent pas comme certaines hystériques qui lisent tout haut quelques lignes, qui les récitent même et ne comprennent absolument rien à ce qu’elles ont lu. 11 est necessaire de les faire lire plus longtemps des morceaux un peu plus sérieux, il est bon surtout de les laisser lire seuls quelques instants et de les interroger ensuite sur ce qu ils ont lu. J ai fait souxent cette expérience chez Tr..., chez Lo... et chez Claire et j’ai souvent constaté que ces sujets avaient très mal compris leur lectuie. Elles me priaient toujours de les laisser recommencer et relire plusieurs fois de suite le même morceau. Ce n’était pas tout a lait une manie de répétition et un sentiment faux de mécontentement: l’intelligence du morceau était réellement très insuffisante.
On peut quelquefois constater plus encore et voir que les malades n’ont pas seulement des obsessions conscientes, comme on les appelle, dont ils reconnaissent bien la fausseté. Ils ont des idées fausses sur leur situation et sur les personnes qui les environnent. Ils ne se rendent pas compte de l’opinion qu ils inspirent, ils croient que leur situation n’est pas grave dans les cas les plus désespérés, ils continuent à croire possible une foule de choses impraticables. Lo... s’est mariée, a quitté ses parents, a habité deux mois avec son mari sans prendre cette situation au sérieux et sans la comprendre ; elle quitte subitement son mari et retourne chez ses parents; le mari demande le divorce, etc. Rien de tout cela n’interrompt ses rêves, cette jeune femme
répète en souriant qu’elle est toute surprise de s’entendre appeler Madame, qu’elle ne se rend pas compte d’avoir réellement été mariée. Il est certain que cette pauvre femme ne sent point du tout la gravité de sa situation. Xyb... a renvoyé une domestique puis elle 1 a reprise quelque temps après. En dehors de ses hésitations et de ses obsessions elle se fait sur cet acte une appréciation tout a fart fausse. Elle croit devoir à cette domestique des réparations extraordinaires, elle croit que les « rapports ordinaires de maître à domestique n’existent plus entre elles deux, cette bonne n a plus sa place dans mon imagination comme domestique, elle se sent liee vis-a-vis de sa bonne par quelque chose, etc. ». J’insiste sur ce point, les malades n’ont pas seulement des obsessions conscientes, ils ont des idées inexactes qui peuvent facilement devenir des idées délirantes.
Ce défaut de l’intelligence ne se manifeste pas d’ordinaire dans la simple conversation, on n’observe un trouble dans les perceptions auditives que dans deux cas, d’abord quand les malades sont au milieu d’une crise de rumination ou d’angoisse très forte, souvent ils ne comprennent plus rien à ce qu’on leur dit, mais ce trouble ne dure en général que peu de temps. On l’observe aussi quand ils essayent d’écouter pendant assez longtemps une conférence ou un sermon. Claire se désolait au début parce qu’elle ne pouvait plus comprendre les sermons, elle accusait ses sentiments religieux ; en réalité elle ne pouvait suivre la parole du prédicateur que pendant peu de temps. Jean met beaucoup de zèle à suivre des conférences littéraires mais il n’en profite guère, car il ne peut écouter le professeur plus de quelques minutes, son esprit s’en va et pense à autre chose.