L’ORSESSION ET L’IMPULSION DE LA HONTE DE SOI
etc. Mais il y a des obsessions où le phénomène génital, si même il existe, ne joue qu’un rôle accessoire, tandis que l’amour moral, le besoin de vivre auprès d’une personne déterminée, de penser constamment à elle, de lui subordonner toutes les actions de la vie devient l’essentiel de l’obsession. Dans certains cjis, cette obsession amoureuse n’est visiblement qu’une expression légèrement modifiée de l’obsession de la honte de soi, ainsi qu’on vient de le voir pour l’obsession de jalousie.
Le cas suivant est, à ce propos, tout à fait typique : Byl... (1 8 1), jeune fille de 21 ans, avait un caractère déjà anormal depuis l’âge de îoans. Extrêmement entêtée, timide et sauvage, elle refusait depuis longtemps de sortir, de voir du monde. A l’âge de 17 ans, elle se décide à donner de sa sauvagerie cette explication bizarre : « je ne suis pas une jeune fille comme les autres, je suis laide, j’ai une figure de chat, vous 11e voyez donc pas comme cela est honteux de faire sortir une jeune fille comme moi. Je suis un monstre, tout le monde se retourne quand je passe, c’est pour moi un supplice de me laisser voir ainsi. »
Depuis trois ans, elle conserve toujours à peu près la même idée : « Je suis un pauvre être à part, pas intelligente, laide, incapable de tenir mon rang. » Dans ces conditions, elle a pensé quelque temps au couvent, puis ne s’est pas senti une vocation suffisante, et la voici qui conçoit l’idée d’un mariage extravagant. Elle déclare à ses parents stupéfaits qu’étant majeure et libre d’elle-même, elle veut épouser le garçon jardinier de la maison, qu’elle a pénétré la nuit dans sa chambre, qu’ils sont fiancés et que le mariage doit avoir lieu le plus tôt possible. Elle a imaginé de changer tout à fait de situation sociale, elle veut se présenter comme domestique et gagner sa vie avec lui. Depuis plusieurs mois, elle refuse de se laver les mains pour être plus à son niveau. Aucun raisonnement n’a prise sur cette idée évidemment délirante ni sur cette impulsion en apparence irrésistible, il se peut qu elle ait fini par s’éprendre un peu de ce garçon, mais l’amour 11’est ici qu’une expression de l’obsession plus profonde de la honte de soi.
Bien souvent le rapport entre les deux groupes d’obsessions n’est pas si étroit. Si les malades ne peuvent plus se passer d’une personne déterminée, s’ils se sentent seuls, s’ils croient devenir fous par l’isolement, quand elle les abandonne, c’est qu’ils sont ou croient être incapables de se diriger seuls et qu’ils ont un
LES IDÉES OBSÉDANTES ET IMPULSIVES
besoin obsédant de celle direction ou de cette excitation très spéciale qui les remonte. J’ai déjà consacré une étude particulière à ce groupe
Nous aurons à l’étudier encore ii propos des sentiments de ces malades, pour le moment il sullil d’ajouter quelques observations typiques a celles que j’ai déjà rapportées. Gri... (182), femme de 28 ans, pleure son amant qui l’avait retirée d’une vie de désordre ; elle 11e sait plus aucunement se conduire et l’obsession amoureuse est visiblement en rapport avec le besoin de direction. Tkm.., femme de 3g ans, a une obsession identique depuis que son amant s’est marié, « il était tyrannique et occupait toute ma vie, je ne m’occupais de rien autre ». Chez Sim...(i85,) femme de3i ans, le désespoir est inimaginable, l’obsession est perpétuelle jour et nuit. Elle croit encore voir cet amant qui la dirigeait, s’occupe de lui constamment a car lui seul était capable de lui donner l’excitation physique et morale dont elle avait besoin ». Le cas de Ck... (i84) est à rpvoir en détail car il est curieux. Cette femme de 4 1 ans, aboulique, phobique, obsédée, avait trouvé un appui et une direction chez une autre pauvre infirme mentale qui avait elle-même des tics de' malpropreté et qui ne savait pas se diriger. Ces deux femmes se sont soutenues réciproquement comme 1 aveugle et le paralytique, elles sont parvenues à diminuer mutuellement leur faiblesse et ont vécu heureuses et raisonnables pendant des années. Un incident bizarre a tout perdu : une domestique renvoyée s’csl permis une plaisanterie grossière, sur l’afiection passionnée de ces deux femmes et a fait naître en elles des scrupules sur leurs relations. 11 n’est pas rare de voir ces malades concevoir ainsi des scrupules à propos des traitements, ou de la direction, qui les guérissaient. C’est une des difficultés de leur thérapeulique. Ck... est obligée de quitter son amie, mais alors elle est obsédée par le regret de l’avoir quittée, elle voudrait mourir plutôt que de vivre sans elle et des troubles très graves se développent à l’occasion de cette obsession amoureuse.
Enfin, à la fin de ce groupe on peut placer un cas assez singulier, celui de Qi... (188), cette femme de 30 ans est obsédée par l’idée qu’elle est une petite enfant de 10 à 12 ans; surtout lorsqu’elle est seule, elle se laisse aller à sauter, à danser, à rire aux
1 . Le besoin de direction. Rev. phil., févr. 1877. |>. 1 1 3, el Xév roses cl idées fixes, l, jj. 4b0.