‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 189 sur 352 · HO LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES · texte numérisé non relu

HO LES STIGMATES PSYCHASTHÉNIQUES

sons : « il me semble, dit Mt... (12), que l’on m’arrache des mucosités sur le sommet de la tête ou bien je sens comme des louimis sur la tète. » Ck... sent des tiraillements au-dessus du crâne « comme si un fil invisible le coulissait.

Nous arrivons aux malades très nombreux qui traduisent leurs impressions par des sensations sonores et qui ont des bruits, des craquements dans la tète (Lap..., Qb... l4), des crépitement* (Gisèle). L’observation la plus intéressante à ce point de vue serait celle de Fz... (5g) h laquelle je renvoie: il a toujours des bruits dans la tète tantôt très forts quand il a subi une fatigue quelconque, sifflets de chemin de fer, coups de pistolet, cloches, ou bien quand il est reposé, des bruits plus faibles, une cascade d’eau, le train qui passe, l’eau bouillante, le chant de la cigale . depuis quatre ans ces bruits n’ont jamais cessé. Il ne laut pas confondre ces bruits avec les bourdonnements ou les sifflements qui résultent des véritables maladies de 1 oreille et surtout de la sclérose de l’oreille moyenne, car ces personnes n ont aucun des signes d’une lésion de l’oreille. J’ai tenu à faire examiner avec grand soin le dernier malade Fz... par M. Gellé qui m a assuré que l’oreille était intacte. D’ailleurs ces bruits ne sont pas situés dans les oreilles mais dans la tète, c’est encore, si je ne me trompe, une interprétation analogue aux précédentes des mêmes phénomènes cérébraux.

Je signale aussi les impressions de froid (Gisèle) qui dure pendant des heures ou celles plus fréquentes de chaleur anoimale.

« On me dessèche le cerveau en le chauffant (Dob...). «

Parmi les impressions plus fréquentes encore il laut noter celle de pesanteur: « c’est une barre pesante sur la tète, un bandeau, une couronne de plomb, une meurtrissure par un poids, une brique lourde (Gisèle, Dob..., etc.), une brique lourde en tia\eiï< de la tête (Lag...,Qb...). » C’est, en un mot, le casque classique des neurasthéniques.

La plus intéressante des expressions, celle qu on retrome .1 peu près chez la moitié des malades, seule ou surajoutée aux aux autres est celle de vide. « Ma tête est vidée «Al... i5,Da\..., Lobd... 22). « Ma tète est vide, dit Ver..., c'est comme si je n’avais pas de tête ou plutôt rien dans la tète. » Lise prétend qu’elle a « besoin de combler ce vide avec ses idées « et Claire soutient que « la tète est vide et en même temps remplie par un caillou pesant, ce sont les mauvaises idées qui forment ce

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caillou au milieu du vide », on remarque l’analogie entre ces deux malades.

Après la forme de cette douleur ce qui est très intéressant à relever c’est sa localisation. Remarquons d’abord qu’elle est très rarement latérale ; je n’ai remarqué qu’un petit nombre de malades prétendant souffrir plus d’un côté que de l’autre : Vod... (208), Claire, Lise, disent quelquefois qu’elles souffrent, qu’elles sont engourdies, qu’elles ont des brûlures surtout à droite. Gisèle sent un liquide qu’on injecte à droite, Fz... a plus de bruits a droite, la tête semble à Lise grossir à droite. Deux de ces mala-

des : Claire et Lise, avaient déjà certains troubles légers de la sensation cutanée situés également à droite, on ne peut donc pas faire intervenir ici le croisement des pyramides.

Quelquefois la douleur est générale dans toute la tête, souvent elle est plutôt superficielle. Lise remarque que ce n’est, pas très profond, il lui semble que cela descend à mesure qu’elle est plus malade. Mais la plupart des localisations dans l’immense majorité des cas se font sur la ligne médiane.

Nous avons d’abord un premier groupe de malades qui situent cette douleur sur le front, le malade de Bail disait déjà qu’il avait une gêne sur le front, entre les yeux, au haut du nez, Fie... a une compression au milieu du front, Brk. . . (2 4), Vod. . . ont un poids entre les yeux sur la racine du nez, comme un frein que l’on serre, Car... (17b) une brûlure au front, au-dessus des sourcils, elle croit aussi à une prédominance à droite.

Une localisation déjà beaucoup plus fréquente c’est celle du vertex, la douleur est analogue au fameux clou des hystériques. Lobd... (22) se demande si sa mère 11e lui a pas donné des coups à cet endroit quand elle était petite, elle a remarqué elle-même que c’était la place de la fontanelle des petits enfants. Yod..., Claire ont « la tête tout écalée à cet endroit », Lise y sent comme une grosseur, etc. On pourrait évidemment citer à propos de la douleur du vertex un bon tiers des malades.

Nous arrivons à la localisation de beaucoup la plus fréquente : la localisation occipitale. Tantôt elle est vague, « je souffre en arrière de la tète » (Brk...), «j’ai une calotte de plomb en arrière » (Vi...) « c’est le derrière de la tête ma région mauvaise où il y a une griffe, un poids et où se font entendre tous mes bruits » (Fr. . .). Mt..., Jean, Cs..., Gisèle localisent leurs phénomènes bizarres

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VI i

en arrière, à l’occiput. Tantôt la localisation occipitale présente \in peu plus de précision ; beaucoup de malades comme Gisèle,

V 07... .(122), Rai... désignent avec le doigt un point situé sur la ligne médiane à quelques centimètres au-dessus de la bosse occipitale et qui me paraît correspondre au point lambda des anatomistes, au point de rencontre des sutui'es occipito-panétales. 1 \ — piétend même qu’elle a eu longtemps comme des petits boutons à ce point et Bei... prétend que ce point se creuse sous les coups de marteau qu’elle y ressent perpétuellement. Cette localisation me paraît chez les scrupuleux encore plus fréquente que les précédentes et je crois qu’elle existe dans près de la moitié des cas.

On 11e peut guère avoir la> prétention d’expliquer actuellement le mécanisme de ces douleurs bizarres, il n’est pas vraisemblable que les malades apprécient directement par des sensations 1 état de leur substance cérébrale, ils 11e l'apprécient qu’indirectement par la conscience de leurs opérations mentales, ce qui fait naître tous les sentiments anormaux que nous avons décrits. Je ne crois pas que Ton puisse expliquer la sensation de vide par la perte de certaines sensations produites normalement par le cerveau lui-même. Sur A or... qui présentait cette impression au supiêmo degré, je n’ai pu constater aucun trouble des sensations que procure d’ordinaire la tète : il n’y a aucune anesthésie des téguments du crâne et il 11e semble pas non plus avoir des troubles des sensations du poids de la tète. Le malade sent très bien un pouls que je mets sur sa tète, il discerne les yeux fermés les inclinaisons que je communique a sa tète. Autant que 1 on peut le dire, il me semble aussi qu’il a conservé une certaine sensibilité interne : j’ai essayé de le placer pendant quelque temps la tète en bas, il sent comme tout le monde 1 afflux du sang, la chaleur et la pesanteur de la tête. Pour vérifier davantage la sensibilité de la surface cérébrale il faudrait lui ouvrir la tète, mais ces observations sullisent pour que Ton puisse considérer comme tout a lait hypothétique l’interprétation qui attribue dans ces cas ce sentiment de vide ii une anesthésie cérébrale spéciale : il ne faut pas résoudre les problèmes par des anesthésies invérifiables et imaginaires.

Un malade, LL. .(226), mesuggérait sa propreexplication qui m a paru intéressante : « quand nous disons que la tète est vide ce n est pas que nous sentions quelque chose de particulier en dedans, c’est que nous sentons d’une manière douloureuse les enveloppes

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du cerveau, le crâne et la peau, cette sensation anormale du crâne attire l’attention sur la périphérie et nous fait remarquer le vide en dedans. Quand je ne sens plus mon crâne, je n’ai plus l’idée de vide. » L’explication de ce malade vaut au moins autant que la plupart de celles qui ont été proposées.

Il semble aujourd’hui probable que la sensibilité intracrânienne n’existe que dans les méninges, dans le périoste et dans les os du crâne ; il en résulte que la plupart des maux de tète sont dus à des modifications qui atteignent les méninges et en particulier, comme les belles études de M. Sicard viennent de le montrer, à des modifications dans la tension du liquide céphalo-rachidien. 11 faut donc supposer que, soit en raison de troubles sécrétoires ou de troubles vaso-moteurs, le liquide céphalorachidien est en quantité exagérée ou insuffisante ; cetle supposition n’a rien d’absurde si on songe à tous les troubles sécrétoires et vaso-moteurs que nous allons observer du côté de la peau, des muqueuses et surtout de l’estomac. Pourquoi les petites glandes récemment découvertes et qui sécrètent le liquide céphalorachidien ne seraient-elles pas également troublées ?

Cette modification de la tension du liquide céphalo-rachidien est aussi probablement en rapport avec des troubles circulatoires. Angel, en 1 8 8 4 , rapportait les vertiges de la neurasthénie à des congestions d’origine vaso-motrice1 et il démontrait la surdistension du sang dans le cerveau, par l’étude d’un trouble vasomoteur observé à la périphérie sur lequel nous reviendrons à propos de la circulation. L’affaiblissement du tonus artériel amènerait des dilatations fréquentes des vaisseaux cérébraux. Cela expliquait comment l’écoulement des règles, le sommeil qui détermine l’anémie peuvent amener souvent la diminution de ces maux de tète, le repos agit dans le même sens en produisant une dérivation et en relevant le tonus artériel. Le travail cérébral augmente la céphalée en déterminant un accroissement de la congestion.

M. Auguste Voisin2, puis plus récemment M. Lubetzki3, ont

i. Angel, Experimcnlelle zur Pathologie uncl Thérapie der cerebralen Neurasthenîa. Arch. J. Psych., Berlin, 188L XV, p. 6 1 8.

a. A. Voisin, Elude sur la température des parois du crâne. Congrès international ‘le médecine mentale. Paris, 1878. Leçons cliniques sur les maladies mentales, 1 883 ,

3. Lubetzki, Recherches cliniques et expérimentales sur la cause de la céphalée neurasthénique, Thèse, Paris, 1899.

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cherché II préciser ccs actions par des études de thermométrie cérébrale. Par l’emploi d’un thermomètre de surface très sensible, ils ont cherché à établir les points suivants : iu que la température des parois du crâne chez les neurasthéniques à céphalée est sensiblement plus élevée que celle que l’on observe chez les individus bien portants, cette élévation pouvait atteindre plus de 2 degrés ; 2° Que chez les neurasthéniques sans céphalée, l’élévation de fa température n’est pas bien appréciable ; 3° Qu en général le thermomètre indique chez le môme individu une température plus élevée là où siège le maximum de la céphalée. 4° Que lorsque la céphalée diminue, la température diminue également . Malheureusement ces mesures sont très discutables. M. François- Franck faisait déjà observer il y a quelques années qu il lallait une augmentation énorme de la température cérébrale pour déterminer en dehors du crâne une modification appréciable au thermomètre.

Si ces observations encore isolées étaient confirmées, elles justifieraient notre interprétation générale que les céphalées sont dues à des modifications de la pression du liquide céphalo-rachidien, elles-mêmes dépendantes de troubles sécrétoires et circulatoires. Les céphalées resteraient sans doute une conséquence de l’engourdissement fonctionnel des centres nerveux, mais une conséquence très indirecte et non une sensation immédiate de eet engourdissement.

Quant aux formes variées que le malade attribue a ses douleuis cérébrales, nous ne sommes pas capables de les expliquer complètement, elles doivent dépendre du degré de ces modifications de la pression intra-cérébrale et d’une foule de sensations concomitantes. Des contractions musculaires de tous les muscles qui s insèrent sui le crâne et qui déterminent des douleurs siégeant dans leurs tendons, des troubles de la vue ou des muscles moteurs de l’œil, des troubles de l’ouïe et en outre des sentiments variés d'incomplétude, de bizarrerie, d’isolement, viennent se joindre dans 1 esprit du sujet à la sensation principale de douleur et déterminent ci s nuances variées de la céphalée qu’il aime à exprimer par des métaphores et des symboles.

Quant à la localisation, j’ai déjà eu 1 occasion d exprimer quelle

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