‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 215 sur 352 · EXPOSÉ DES THÉORIES ÉMOTIONNELLES 4G · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DES THÉORIES ÉMOTIONNELLES 4G

1 état actuel du problème intéressant de l’obsession1. Ce rapport constitue aujourd’hui la meilleure expression de l’ancienne thèse de Morel sur 1 origine émotionnelle des obsessions.

\ oyons donc comment ces auteurs interprètent ce problème. Après quelques réflexions générales sur la priorité de la vie affèctive par rapport a la vie intellectuelle empruntées à Schopenhauer et a M. Ribot, les auteurs admettent comme un fait démontré, la théorie de I émotion de Lange et de James. « L’émotion, disent-ils, n’est que la conscience des variations neuro-vasculaires ». Ainsi entendue, l’émotivité, c’est-à-dire l’aptitude à produire et à ressentir les variations physiologiques diverses et surtout les variations neuro-vasculaires est variable suivant les individus, « il y en a qui sont doués à cet égard cl’une susceplibilité particulière, ce sont les émotifs », cette émotivité devient excessi\e, suivant les remarques de M. Féré quand ces phénomènes physiologiques dépassent l’intensité normale, se prolongent outre mesure, se produisent sans cause déterminante su disante. Dans un premier groupe de cas cette émotivité est diffuse et produit une sorte de panophobie, « les sujets sont dans un état permanent de tension émotive qui éclate brusquement par paroxysmes comme une décharge de fluide émotionnel. Une idée, une émotion, une sensation quelconque suffisent, le moment venu, pour provoquer la décharge qui peut même se produire dans le sommeil sous la forme de chocs anxieux (émotional discharges de YYeir Mitchell) de réveils brusques avec angoisses respiratoires (réveils angoissants de Mac Farlane)2». Ces malades vivent dans un étatd appréhension continuelle, ils ont peur d’avoir peur, c’est l’attente anxieuse de Freud; « il semble qu’il y ait toujours de l'angoisse à l’état libre toujours prête à se mamlestcr, la formé pouvant varier suivant les circonstances3 ».

Dans un second groupe de cas, cette émotivité vague et diffuse so P l'éeise , se systématise : 1 attaque d’angoisse se produit dans des circonstances déterminées. Tantôt il s’agit de phobies constitutionnelles en quelque sorte héréditaires: certaines personnes ont des peurs anxieuses à propos du velours, de certains fruits,

r. Pitres et Régis, Séméiologie des obsessions, XII» Congrès rie médecine. Moscou

a. Pitres et Régis, op. cil., 16.

/>■ Id., ibid., p. î ■ÿ.

4e6 THÉORIES PATHOGÉNIQUES

du sang, du feu, de l’eau, des hauteurs, des orages, d un animal etc., etc.1. Dans d’autres cas, il s’agit de phobies acquises,

« traumatiques » (Freud). Entre trente et cinquante ans ces malades qui avaient jusque-là une émotivité diffuse, apres une période d’affaiblissement ou de fatigue, subissent un choc moi al.

« c’est très souvent la mort d’un parent ou d un ami, un accident o-rave, une chu# de voiture, de chemin de fer. la morsure d un animal, le contact fortuit d’un malade atteint d une maladie contagieuse, une fausse couche, une attaque, un syncope, un fort vertige la vue ou le récit d’un événement émouvant, d un sinistre. d’un assassinat, d’une épidémie, en un mot tout ce qui peut produire un ébranlement émotif considérable... » a partir de ce moment apparaît une phobie en rapport avec la cause originelle. M. Ribot a très nettement décrit cette transformation : « La crainte maladive peut être le résultat de la transformation occasionnelle d’un état vague indéterminé en une iorme précisé La panophobie serait un stade préparatoire, une période d ind.llerenciation. Le hasard, un choc brusque lui donne une orientation et la fixe (peur d’une épidémie, des microbes, de la rage, etc.). C’est le passage de l’état affectif diffus à 1 état intellectualise, c’est-à-dire concentré et incarné dans une idée fixe : : travail analogue à celui du délire de persécution, où la suspicion, d aboi e vague, s’attache à un homme et 11e le lâche plus-. »

Enfin, nous arrivons au troisième degré de la maladie, état obsédant devient intellectuel et il est accompagné d une idee anxieuse. 11 est monoidéique. Pour MM. Pitres et Régis. 1 obsession n’est souvent que la forme aggravée ou intellectualisée de la phobie : « entre la phobie systématisée et l’obsession, il n y a pas. à notre avis, si loin qu’on le croit généralement. . . que faut-il. en effet, pour que la phobie systématisée tourne à 1 obsession . U faut simplement que cette phobie, au lieu de se manifester par des crises d’angoisses intermittentes, avec calme complet dans l’intervalle, préoccupe plus ou moins, dans l’interparoxysme, 1 esprit du sujet, ce qui arrive dans la majorité des cas. Et c est ainsi, que par une pente toute naturelle, la monophobie tend peu à peu vers le monoïdéisme et qu’on a si souvent afhure dans la pratique non à des phobies systématisées pures, mais a des cas

1. Cf. Gélineau, Les pseudo-phobies. Revue de l'hypnotisme. 189L P- 353.

■j. Th. Ribot, La psychologie des sentiments. 1S96, p. 3i4 (Paris, ■ Alcan).

EXPOSÉ DES THÉORIES ÉMOTIONNELLES 467

intermédiaires ou de transition entre la phobie ou l’obsession... L’obsession n'est donc souvent qu’une phobie ayant perdu son caractère de simple trouble émotif pour prendre par le fait même de son évolution, celui de trouble à la fois émotif et intellectuel... On retrouve toujours à un degré quelconque les symptômes caractéristiques de l’angoisse. Ce qu’on peut seulement remarquer, au moins en thèse générale, c’est que plus l’obsession tend a s’intellectualiser, plus son substratum émotif s’atténue1. » Ce qui prouve bien la priorité et la prépondérance de l’émotion c’est qu’elle reste l’élément constant et indispensable. « Prenez une obsession quelconque, doute ou homicide, supprimez par la pensee 1 angoisse, l’anxiété qui s’y trouve et vous n’aurez plus d obsession, enlevez l'idée fixe, vous avez encore l’obsession dans son essence, il n’y a pas d’obsession sans émotion, sans phénomènes vaso-moteurs2 *. » Quand les malades traversent plusieurs obsessions successives, celle de la rage, de la malpropreté, des pièces de monnaie, ce qui varie, c’est le phénomène intellectuel, ce qui reste immuable et constant, c’est le phénomène émotif : l’anxiété. On voit souvent les obsessions finir comme elles ont commence par une phase d’angoisse indéterminée après la disparition de toute idée fixe. Enfin, on ne peut pas dire que cette émotion n’est qu’une réaction de l’idée car elle devrait alors être en raison directe de l’intensité de cette dernière, c’est le contraire qui a lieu, car on voit l’émotion s’atténuer quand le côté intellectuel de l’obsession grandit ’.

Depuis la publication de ce rapport, la plupart des auteurs qui ont parle des obsessions se rattachent visiblement à cette théorie émotionnelle. Je rappellerai seulement la communication présentée par M. José de Magalhaes au dernier Congrès de psychologie4 et les travaux de M. Hartenberg sur la timidité et sur la névrose d angoisse 6.

1 elle est la dernière forme qu’a prise la vieille théorie de Morel

i- Pitres et Régis, op. cil., p. 32.

u- Id. , ibid., p. ii.

. 3. Id., ibid., p. 12.

J°S!: de Magalhaes. Note sur la psychopathie des idées fixes. Comptes rendus u congres de Psychologie de 1900, 1901, p. 5q/, .

Q- Hartenberg, Revue de Psychologie, 1897, p. 18. La timidité, 1900. La névrose angotsse, 1900. Conception psychologique sur la névrose d’angoisse. Congres de Psychologie, 1901, p. 5i8.

THÉO H I ES l'A Tl IOOÉN IQUES

sur l’origine émotionnelle des états obsédants. 1 oui le monde doit être” frappé du progrès que cette théorie présente sur la précédente surtout dans la dernière forme qui lui a été donnée ; plusieurs points de cette conception me semblent tout a lait satisfaisants et peuvent être considérés comme acquis dans la

solution de ce problème si délicat.

D’abord la méthode est juste, c’est la vieille méthode de Descartes qui explique le complexe par le simple. Au lieu de considérer comme donné et comme primitif l’état le plus complexe, l’idée obsédante, MM. Pitres et Régis veulent partir de phénomènes beaucoup plus simples, l’émotivité et 1 état d émotion < ilfuse. En outre, la genèse des troubles les plus complexes me semble bien comprise, elle se rattache il un travail de systématisation, de précision de plus en plus grande, appliqué a des troubles qui sont d’abord diffus et vagues; on passe ainsi de l’angoisse diffuse à l’angoisse systématique puis a 1 obsession intellectuelle. Enfin, MM. Pitres et Régis choisissent comme point de départ un trouble qui est évidemment très important, l'angoisse physiologique : il est évident que ce phénomène joue un rôle considérable dans la crise de processus irrésistible, de même que l’émotivité est bien un caractère important des symptômes psychasthéniques. Je crois donc que cette théorie constitue un grand progrès et si j’essaye d’aller plus loin c est parce qu’il me semble nécessaire d’appliquer avec plus de rigueur encore la méthode exposée par ces auteurs et de remonter un peu plus loin jusqu’il des phénomènes encore plus simples et plus généraux dans la maladie que l’angoisse elle-même.

Page 1