LE PRINCIPE DE LA THÉORIE PSYCHASTHÉNIQUE
En présence de ces difficultés que l’on peut opposer aux théories intellectuelles et aux théories émotionnelles, ne pourrait-on pas Grouper les symptômes d’une autre manière autour d un autre groupe de phénomène? Au lieu de considérer comme fait essentiel et primitif l’idée obsédante du premier groupe de symptômes, au lieu de prendre comme point de départ l'angoisse émotionnelle, c’est-à-dire l'une des agitations forcées du second groupe déjà plus profond, il faudrait étudier le rôle joué par les troubles décrits dans le troisième groupe de phénomènes, ceux que j ai proposé d’appeler les « stigmates psychasthéniques ». 11 faudrait rechercher si ces affaiblissements cérébraux et psychologiques ne se présentent pas d’une manière générale chez tous les sujets en même temps que les agitations forcées, que 1 émotivité elle-même, s’ils ne persistent pas sous les crises d’obsession et s ils ne peuvent pas en expliquer la formation. Ce serait encore chercher dans un trouble élémentaire la raison des phénomènes complexes plus apparents, mais ce serait choisir pour lui laire jouer ce rôle une altération plus élémentaire et plus profonde.
Comme ces théories prennent pour point de départ un certain affaiblissement psychologique, on peut les désigner en general sous le nom de théories psychasthéniques. Depuis longtemps déjà j’avais adopté ce terme de psychasthénie pour désigner la faiblesse mentale particulière des obsédés en 1 opposant a celle que 1 on observe dans l’hystérie. « Ces malades lort nombreux, sur lcslrontières delà folie, disais-je en iSç)4, qui.présentcnt des symptômes en apparence très variés mais ayant entre eux d’incontestables rapports, le délire du doute, la folie dite consciente ou raisonnante, les obsessions, les impulsions, les phobies, etc... ontéte presque toujours désignés en France sous le nom de dégénérés ; en Allemagne on appelle ces malades des neurasthéniques délirants. Pour ne pas prendre parti dans les querelles que soulèvent ces
RÉSUMÉ HISTORIQUE des théories psychasthéniques
appellations, nous désignerons toutes ces personnes par un nom qui leur convient bien, nous les appelerons simplement des prschasthéniques 1 . » Depuis j’ai souvent opposé les obsessions de (orme hystérique aux obsessions de forme psychasthénique, les tics de forme hystérique aux tics de forme psychasthénique2. C est pourquoi je conserve ici ce mot pour désigner les théories qui prennent pour point de départ les phénomènes caractéristiques de cet affaiblissement spécial de l’esprit, de la psychaSthénie.
i. — Résumé historique des théories psychasthéniques.
Des théories de ce genre ont déjà été indiquées à plusieurs reprises, mais, il est juste de le remarquer, d’une manière excessivement vague. Plusieurs auteurs choisissaient un phénomène de ce groupe, le plus souvent les troubles de la volonté pour y rattacher tous les autres accidents de la maladie.
Benedict considérait la peur des espaces comme une variété du vertige et se demandait s il n’y avait pas lieu de supposer quelque trouble oculaire. Cordes, cité par Legrand du Saulle3, fait de l’agoraphobie un symptôme d’épuisement du système nerveux moteur avec perturbation du sens musculaire et Legrand du Saulle lui-même en fait « une paralysie fonctionnelle symptomatique de certaines modifications survenues dans les foyers centraux moteurs et capables de faire naître en nous des impressions de peur*. » Hack-Tuke disait formellement : « Il n’est pas nécessaire de supposer une prédominance dans les passions, il suffit d’admettre que les' plus hautes fonctions volontaires sont affaiblies, les chevaux sont bons, mais le cocher est ivre3. » Laycock, cité par Hack-Tuke, fait entendre d’une manière assez vague qu’il s’agit là d’un phénomène de régression des fonctions du cer-