I.ES OBSESSIONS
LES IDÉES OBSEDANTES ET IMPULSIVES
dirige autant que possible depuis plus de cinq ans. Cette jeune fille m’a été adressée avec ce diagnostic un peu superficiel d’anorexie hystérique. Ce diagnostic était simplement justifié par l’alimentation plus que bizarre que cette malade s'imposait dans sa famille depuis des années et par les scènes épouvantables qu’elle faisait dès qu’on s’avisait de modifier son régime. Elle se prescrivait à elle-même deux potages par jour au bouillon léger, un jaune d’œuf, une cuiller à bouche de vinaigre et une tasse de thé extrêmement fort dans laquelle il fallait mettre le jus d’un citron tout entier, soigneusement pressé. On avait pu découvrir, ce qui n'était pas difficile, qu elle avait imaginé ce régime dans la crainte d’engraisser, et on concluait à une anorexie hystérique.
L’anorexie hystérique est déjà par elle-même une maladie fort bizarre, qui est loin d’être complètement élucidée. Sous sa forme typique elle n’est pas aussi fréquente qu’on le croit et les hystériques confirmées sont loin de présenter fréquemment ce phénomène au nombre de leurs innombrables accidents. Les vomissements, les régurgitations, les diverses spasmes de l’œsophage, de l’estomac, du diaphragme, des muscles de F abdomen déterminent aussi des troubles de l’alimentation et sont beaucoup plus fréquents que l’anorexie proprement dite. En présence d’un cas de refus complet d’aliments, il faut, si je ne me trompe, se méfier et songer que des troubles mentaux plus ou moins graves sont peut-être plus probables que l’hystérie proprement dite.
Quoiqu’il en soit, on admet jusqu’à présent une anorexie hystérique ; pour la diagnostiquer il faut au moins retrouver un certain nombre de symptômes caractéristiques. Bien entendu, il serait bon de constater soit actuellement, soit dans les antécédents des phénomènes nettement hystériques. Malheureusement on sait que ce symptôme est fréquemment isolé, au moins à ses débuts. Si l’on ne peut donc retrouver en dehors la signature de l’hystérie, il faut à mon avis que le refus d’aliments présente deux grands caractères.
i° On doit constater la suppression complète ou à peu près complète de la faim pendant presque tout le cours de la maladie. Cette perte de la faim s’accompagne souvent de troubles considérables dans les sensations de la bouche, soit pour le goût, soit même pour le. toucher, d’anesthésie du pharynx, de troubles des mouvements des mâchoires et des joues, d’anesthésie de l’œsophage et probablement de l’estomac avec ou sans propagation de cette anesthésie à la peau de la région épigastrique. La perte de la