‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 23 sur 352 · L'OBSESSION RT L’IMPULSION DR LA HONTE DU CORPS · texte numérisé non relu

L'OBSESSION RT L’IMPULSION DR LA HONTE DU CORPS

faim est-elle directement en rapport avec ces diverses anesthésies de la bouche, de l’œsophage, de l’estomac qui l’accompagnent souvent mais non toujours? C’est un problème que j’ai longuement discuté dans mes leçons au Collège de France sur la Conscience du corps et de ses fonctions. Sans pouvoir entrer ici dans cette discussion je dirai seulement que l’anesthésie de ces organes, quand elle existe, contribue à la suppression de la faim et que, par conséquent, elle joue un rôle dans le diagnostic de l’anorexie hystérique.

2° Un second symptôme, plus curieux et beaucoup moins analysé, quoiqu’il ait déjà été signalé depuis longtemps, me parait également important: c’est ce besoin exagéré de mouvement physique qui accompagne l'anorexie vraie. Les malades remuent incessamment, font d’énormes promenades, dansent dans des soirées, se surmènent de mille façons et elles font autant de scènes pour conserver leurs marches exagérées que pour refuser la nourriture. Ce symptôme a été interprété de diverses manières. Lasègue y voit le résultat d’un calcul : « Ces personnes, dit-il, ont peur de passer pour malades, elles craignent qu’on ne se serve de leur faiblesse comme d’un argument pour les forcer à manger et elles simulent une grande activité. » M. Wallet, à propos de deux observations curieuses, y voit un procédé des malades pour augmenter leur amaigrissement1. Elles font de l’exercice comme elles boivent

du vinaigre pour maigrir. Sans contester le rôle que de pareils raisonnements ont pu jouer dans certains cas particuliers, je ne puis admettre que' ce grand symptôme aussi général dépende toujours de réflexions, en somme, assez compliquées.

Dans des observations intéressantes que je discutais dans mes cours, j’ai pu montrer que l’exagération du mouvement est quelquefois antérieure au refus d’aliments et précède par conséquent tous ces raisonnements. Dans un cas très curieux, il s’agit d’une femme de trente-cinq ans, raisonnable, qui vient elle-même demander des soins, et qui par conséquent ne cherche pas à faire illusion. Chez elle l’anorexie, ce qui est bien rare, est à répétition et procède par accès. A la suite d’une émotion elle se sent excitée, agitée comme si elle était enlevée ainsi qu’une plume. Elle a le besoin de gesticuler, de parler, de marcher. Elle ne rentre plus

i. Wallet, deux cas d’anorexie hystérique, Nouvelle iconographie de la Salpêtrière, 1892, p. 27Ü.

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