Les substances excitantes
Les premières causes que nous voyons agir efficacement sont des causes physiques que les malades savent d ordinaire très bien découvrir tout seuls, ce sont les poisons excitants.
On a remarqué depuis longtemps que les éreutophobes prennent de l’alcool avant de se rendre auprès d une personne à qui ils ne veulent pas montrer leur rougeur1. On explique d ordinaire ce besoin en disant avec eux que l’alcool les lait déjà rougir et qu'ils n’ont plus peur de rougir davantage. Je ne puis croire a cette explication que me donne aussi un malade Mk...; des agoraphobes comme Oz... usent du même procédé et n ont pas peur de rougir. L’excitation cérébrale causée par 1 alcool joue ici un rôle bien plus important que la pensée de. la rougeur. Lu réalité, le point de départ de la dipsomanie est le souvenir, le sentiment du bien-être déterminé par l’alcool chez des malades qui ont senti auparavant une « horrible impression d abaissement mental. »
D autres, malheureusement très nombreux, ont recours a l’éther et à la morphine. Une de mes malades avait la déplorable habitude de respirer de l'éther en se cachant la tète sous ses couvertures pour ne rien perdre, elle a réussi a s asphyxier. 11
i. Beçhtorew, Neurol. Centralbl., XVI, 1897.
n’est que trop vrai que la morphine soulage momentanément ces malades. Mb... s’en est bien trouvée pendant plusieurs mois ; Qsa... continue sa digestion tranquillement et arrête sa crise des efforts de vomissements après une piqûre d’un centigramme de morphine. Bien entendu ces malades finissent par ajouter la morphinomanie à leurs autres misères. Quelques-uns se bornent à une excitation moins dangereuse, celle de l'alimentation. Ppi..., agoraphobe et timide, a toujours dans sa poche un fort morceau de pain et de jambon, dont l’ingestion faite à propos lui donnera l’assurance nécessaire.
D’autres procédés physiques seront également utiles, Bei..., Wye... retrouvent leur personnalité pour un moment quand elles prennent une douche froide. « De l’eau bien froide sur la tète, dit Jean, et pour un moment l’on saisit le monde extérieur un peu plus fortement ». Il en est ainsi chez beaucoup de malades pour un temps malheureusement court. Pour quelques-uns il suffit « d’une belle matinée ou d’un beau temps » pour dissiper les gènes et les obsessions « que le soleil me rie et me voilà honnête homme ». On verra dans l’étude de l’évolution l’influence remarquable de certains états comme la grossesse et la fièvre : ce sont toujours des excitations qui déterminent ces instants clairs.