Influence de V attention
On peut faire les mômes remarques a propos de 1 attention qui demande des efforts du môme genre : Oisêle dit très lnen qu elle a besoin de s’intéresser a quelque chose qui excite sa curiosité par le mystère et quelle va bien mieux quand elle fait des efforts d’attention. Une idée pénible qui la force à penser modifie non seulement ses scrupules mais aussi son estomac et 1 aide à digérer. Pot... me disait aussi que si une chose attire suffisamment son attention elle reprend le sentiment de la réalité comme autrefois et Claire parvient à se retrouver par 1 attention. Elle fixe fortement son esprit sur une idée ou un sentiment et se fatigue la tète pour retrouver cette idée ou ce sentiment tels qu ils étaient autrefois. Elle essaye de me parler, d arriver à le taire avec précision, elle travaille a prier en se donnant tout entière à ce quelle fait. « Je rassemble toutes mes forces pour trouver un passage dans mon esprit, pour arriver a un instant clair, pour saisir une idée et quand je suis arrivée a dire quelques mots en les pensant moi-même comme autrefois, je retrouve 1 espoir, la confiance et je sais très bien que tous mes efforts sont ridicules. Seulement celte attention est de plus en plus difficile, j ai eu besoin de faire en môme temps des efforts physiques et j ai fini par répéter mes contorsions pendant des heures sans travailler réellement, alors elles ne servent à rien. »
Ce travail pour éclaircir les idées existe chez Lise et quelquelois il n’est pas mauvais, il ne se conlond pas avec une manie de recherche ou une rumination stérile ; elle a travaillé pendant quatre jours pour éclaircir une idée et elle a eu ensuite l’esprit beaucoup plus clair. On retrouve ces efforts chez Nadia, quand on l’a forcée à faire une visite à son père, quand elle a réussi a écouter la conversation, à se surveiller: elle reste ensuite infiniment mieux. On les retrouve aussi de la môme manière chez Tr... et Vy..., etc.
Bien entendu j’ai cherché à tirer parti de ce lait au point de vue thérapeutique et au point île vue expérimental, j ai essayé de forcer ces malades à fixer leur attention sur divers points. Ce n’est pas facile, car nous avons déjà remarqué la difficulté, la mobilité de leur attention. Lise ne comprend rien aux raisonnements philosophiques sur les sujets qui touchent à son idée fixe, mais
on peut fixer son attention sur d’autres points. Une difficulté curieuse que l’on rencontre chez elle, c’est qu’elle est très habituée a suivre plusieurs idées à la fois et à ne donner qu’une petite partie de son attention ; quand on réussit à la fixer tout entière pendant quelque temps elle est transformée. « C’est un manque de vie, que j’ai dans la tôle et quand je suis parvenue à la secouer un peu je n’ai plus ce besoin bizarre de m’analyser, de me surveille. » ISadia, Lkb..., etc., m’ont présenté les mômes heureux résultats de ces fixa lions île 1 attention. Chose plus curieuse, Ver. . . et Bei..., qui ont toujours perdu leur personnalité, la retrouvent quand je les force a faire une extrême attention aux sensations qu ils éprouvent. Ver... es't tout étonné de constater que ses mains sont bien ses propres mains. « Je suis changé pour quelques heures en vous quittant et puis cela retombe. »
Cette remarque soulève une difficulté assez grave : dans un chapitre précédent nous avons constaté que beaucoup de ces malades présentaient le maximum de leurs troubles au moment de l’attention et qu’ils semblaient beaucoup mieux pendant les états de distraction. M. Bernard-Leroy a remarqué l’opposition de ces deux faits et m’a déjà reproché cette contradiction 1 , je répondrai d’abord que la contradiction appartient aux malades et non à moi et que je me borne à constater des faits que notre ignorance fait paraître contradictoires. Je crois ensuite que ces laits peuvent se comprendre.
Dans le premier cas, il y a chez ces malades insuffisance d attention, les phénomènes psychologiques supérieurs s’accomplissent insuffisamment, il en résulte que le trouble se produit surtout quand ils essayent d’exercer ces fonctions qui sont insuffisantes et que le trouble n’apparaît pas quand ils se bornent aux fonctions inférieures qui ne sont pas lésées.
Dans le second cas, on pousse le sujet à rétablir momentanément son attention, a augmenter sa tension mentale. Si on y réussit, il est tout naturel que l’on ne retrouve plus les mêmes troubles apportés par une attention défaillante. En un mot, il n’y a pas de contradiction parce que dans le premier cas on étudiait 1 attention malade, et que dans le second on examine l’attention momentanément guérie.
i. Bernard-Leroy, L’illusion de dépersonnalisalion. Comptes rendus du IVe Congres de Psychologie de i (joo .
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Quoi qu’il en soit il résulte des laits précédente que les malades n’arrivent à un état meilleur, ne sont débarrassés de leurs sentiments anormaux et de leurs obsessions qu’en se maintenant par des efforts de volonté et d’attention quelquefois très considérables. « Je suis bien, dit Gisèle, dans l’excitation et je suis mal dans la détente et il faut que je m’excite tout le temps. 11 iaut que je cherche des travaux difficiles pour me tenir en haleine, que je sois dans un effort perpétuel. » On devine la conséquence, c’est qu’une guérison pareille est horriblement fatigante et que les malades vous répètent: « rien n’est si pénible que de se maintenir ainsi perpétuellement tendu. » Claire dit qu’elle parvient a remonter mais que l’ascension est trop pénible et qu’elle n a plus le courage de recommencer.
La plus curieuse à ce point de vue est Lise qui lait des efforts inouïs pour ne pas retomber dans le délire. Elle me répétait toujours un mot que je comprenais très mal au début de ces études. '« mais cela me fatigue horriblement d’aller bien, je n y puis plus tenir ». En fait, elle maigrit visiblement et parait épuisée dans ces périodes où tout justement elle est parvenue a supprime! les obsessions, où elle n’a plus de-rumination; où elle retrouve presque complètement l’unité de l’esprit. C est que cette amelioration n’est obtenue que par une tension artificielle due à des efforts d’attention extrêmement pénibles.
Pour comprendre ce qui se passe chez ces malades nous pouvons nous reporter à ce qui se passe en nous-mêmes. Quel que soit le degré de la tension nerveuse avec laquelle nous vivons, il est certain que nous pouvons momentanément 1 augmenter : je ne cherche pas ici le mécanisme de ces efforts, mais je constate seulement que quand nous préparons un examen difficile, quand nous exposons une théorie compliquée, quand nous luttons pour faire triompher nos idées dans une réunion, nous taisons un travail de synthèse mentale bien plus considérable que si nous nous laissons aller mollement au cours de la vie. (.liez nous cette augmentation de tension n’est que momentanée, parce que notre tension normale indépendamment de tout effort est suffisante pour les perceptions et les actions courantes, qu elle nous donne une décision, une certitude, une unité suffisantes. Mais chez les psychasthéniques la tension normale est insuffisante pour les besoins de la vie et les laisse dans l’indécision, le doute, la division ; ils ont besoin de faire perpétuellement et simplement pour vivre
l'effort supplémentaire que nous ne faisons qu’acciden tellement. « Pour me bien porter il faut que je sois perpétuellement comme il la veille d’un concours, c’est impossible, laissez-moi retomber. » C’est ainsi que je m’explique maintenant ce besoin de rechutes qui me surprenait tant chez Lise. Il en est tout autrement dans les vraies guérisons où l’on voit au contraire les malades
engraisser, tout en restant sans obsessions et sans efforts. Mais les observations précédentes nous montrent que le mécanisme du rétablissement doit être le même, il y a ascension de la tension cérébrale, seulement cette ascension se fait spontanément au lieu de se faire par les efforts du sujet.