‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 255 sur 352 · Dugas, Revue philosophique, 1898. I. |>. .>of · texte numérisé non relu

Dugas, Revue philosophique, 1898. I. |>. .>of

INTERPRÉTATION DES AGITATIONS FORGÉES

il n’y a pas de rumination. Vlv... ne peut agir que lentement, si on veut la presser, elle n’agit pas et tombe dans les ruminations, si elle peut agir lentement, elle fera l’acte et ne rêvera pas du tout. On a déjà vu que Wo... tombe. dans les manies mentales si l’émotion est subite et par conséquent incomplète et qu’elle n’y tombe pas si elle a le temps de préparer et par conséquent « de réussir son émotion ».

Enfin, on est souvent frappé de la facilité avec laquelle un de ces phénomènes secondaires se transforme en un autre, tandis qu il est impossible de les supprimer tous à la fois tant que le sujet reste psychasthénique. Si on empêche le sujet de ruminer ou s il essaye lui-même de ne plus s’interroger, il tombe dans l’angoisse, comme s’il y avait là une excitation qui devait se dépenser d’une manière ou d’une autre. Claire remarque ellemême qu’elle a « un besoin fou de se tourmenter par une manie quelconque, je me demande quel tourment je pourrai bien prendre, je suis trop gênée quand je reste tranquille ». Red... avait des angoisses et des vomissements, et c’est quand ces phénomènes ont été supprimés qu’elle a pris ses manies de rumination mentale. 1. observation la plus remarquable à ce propos à laquelle je renvoie est celle de Ku... A la suite d’une émotion elle tombe dans l’état psychasthénique avec aboulie, troubles de la pcrception du réel, apathie, etc. Pendant une première période de plusieurs mois, elle est tourmentée par des interrogations et son esprit travaille tout le temps, puis survient une seconde période de plus d’un an sans rumination mentale, mais avec des contorsions continuelles et des crises d’agitation (pie l’on prend bien à tort pour des crises d’hystérie. Enfin elle passe à une troisième forme de la maladie, quand elle n’a plus de crise convulsives, mais des troubles cardiaques, respiratoires, digestifs, une trémulation continu Ile du diaphragme et d’horribles angoisses. N est-ce pas la même maladie qui a amené la dérivation sous les trois formes?

Je crois donc que l’on peut considérer ces crises d’agitations forcées non seulement comme une sorte de réaction du sujet contre la douleur produite par l’insuffisance psychologique du début, mais comme une dérivation dans laquelle se dépensent les forces qui n’ont pu être employées par la volonté, l’attention ou l’émotion initiale.

Ces crises sont donc vraiment caractérisées par l’abaissement,

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la chute (le la tension psychologique qui constitue leur début. Non seulement cette chute de tension détermine la lacune initiale si importante, mais elle amène encore tout le développement irrésistible consécutif; elles méritent bien le nom de crises

de psycholepsie.

3 Interprétation des troubles systématisés.

Quelle que soit l’importance qu'on accorde a ces grands phénomènes généraux qui remplissent les crises de psychologie, les sentiments d’inqomplétude, et les agitations forcées, .1 est évident que l’interprétation de ces faits nous laisse assez loin de l’obsédé et du phobique, tel qu’il se présente le plus couramment quand la maladie est avancée.

Les phénomènes précédents ont le grand caractère d être vagues et diffus, ce sont des affaiblissements de toute la pensée, une faiblesse générale de la volonté et des sentiments, des mouvements exagérés et désordonnés, des rêveries continues et innombrables,"des émotions de tout l’organisme. Or. en pratique un très grand nombre de sujets protestent quand on interprète ainsi leur maladie : a ils ne sont pas, disent-ils, incapables de toute volonté, ils savent agir dans beaucoup de cas et actuellement encore ils exercent une profession et dirigent leur ménage, ils n’ont pas dans leurs crises des agitations physiques ou morales diffuses. C’est une certaine action qui leur est devenue impossible, un certain mouvement qui se transforme en tic. une certaine opération mentale qui les tourmente par sa répétition, un certain objet qui provoque leurs angoisses et rien que lui. » En un mot ii la forme diffuse de la maladie se surajoute la forme précise et systématique. Bien des auteurs sentent parfaitement que la forme systématisée sort de la forme diffuse. MM. Pitres et Régis ont beaucoup insisté sur ce point, mais la plupart se bornent à constater la transformation et 11e cherchent guère a l’expliquer.

Dans cette systématisation de la maladie il y a deux aspects et deux formes différentes à considérer. Ce qui se précise d’abord c’est le phénomène primaire, point de départ de la crise de psycholepsie. Ce 11e sont plus tous les actes, mais un acte

interprétation des troubles systématisés

déterminé, qui est insuffisant et amène la dérivation ; c’est une certaine attention, une certaine croyance, un sentiment particulier qui s arrêtent plutôt que les autres. Nous désignerons ce lait sous le nom de spécialisation des insuffisances psychologiques.

Ensuite, quand la dérivation commence, elle prend une forme déterminée, une manie mentale particulière se substitue à la rumination générale, un tic à l’agitation motrice, une phobie à l’angoisse diffuse, c’est ce que nous appellerons la systématisation de la dérivation.

i- — La spécialisation des insu ffisances psychologiques.

Etudions d abord le premier fait : comment se fait-il quand la volonté, 1 attention, la sensibilité baissent d’une manière cféné-

raie, qu un certain acte soit le seul à manifester cet abaissement ? Je répondrai d’une manière générale que c’est tout simplement parce que cet acte est par nature ou qu’il est devenu par accident le plus difficile de la vie du malade.

Pour le comprendre, il faut se souvenir d’une notion générale aussi importante que celle delà hiérarchie des phénomènes, c’est que toutes les actions ne présentent pas toujours la même difficulté et n’exigent pas toutes pour être suffisantes le même degré de tension. L homme n a pas besoin de dépenser toujours son maximum d’effort, il n’est pas nécessaire qu’il atteigne perpétuellement les termes les plus élevés de la hiérarchie mentale, même quand il est capable de le faire. Ce que nous avons dit de I acte proprement volontaire, de la décision, de la croyance, du sentiment profond adapté au réel est vrai de certains actes parfaits et non pas de tous. Nous agissons très souvent sans avoir besoin de prendre à chaque instant des résolutions volontaires, des décisions nouvelles qui transforment notre vie ; nous pensons sans avoir besoin de choisira chaque instant entre des croyances et des négations. Il en est ainsi même pour la perception du réel : il ne faudrait pas croire que ce travail considérable, tel qu’il a été décrit, s’effectue à chaque instant dès que nous ouvrons les yeux. Il se fait de temps en temps et il nous laisse un souvenir suffisant pour que l’impression de réalité subsiste malgré une perception réduite à des traits essentiels. On l’a dit bien souvent, nous percevons par symboles : un signe, une image nous suffisent pour reconnaître une personne et il nous suffit de savoir vague-

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ment qu’avec un peu d’attention nous amènerions cette perception à un degré complet de certitude et de réalité. Celte simple idée nous suffit pour nous rassurer et nous faire attribuer a toute la perception le caractère de réalité. En un mot ce n est que dans certains phénomènes que se manifeste cette tension psychologique complète qui est parfaitement inutile dans les autres.

11 en résulte une conséquence curieuse, c est qu un individu peut être psychasthénique très longtemps sans s'en douter : il n’amène pas les phénomènes ii leur dernier terme, mais comme il n’en a pas besoin, il ne cherche pas à le faire et ne se rend pas compte qu’il a perdu ce pouvoir. A quel moment va-t-il s'apercevoir de cet abaissement du niveau mental ? Quand les circons- I tances vont le mettre en présence d’un phénomène qui exige ! cett.c tension supérieure ; il est donc tout naturel que le sentiment , d’incomplétude ne survienne qu’à propos d’actes déterminés.

Quels sont ces actes ? Ceux qui par nature sont les plus difficiles pour les hommes, et il faut mettre au premier rang, ainsi __ que je le répète sans cesse, les actes sociaux, ceux qui supposent la considération des hommes présents et de leur sentiment a notre , égard. Cette préoccupation des sentiments que les autres hommes s peuvent avoir à notre égard ajoute immédiatement à l'acte que nous j faisons une complication énorme et demande une tension neiveusc infiniment plus considérable ; c’est pourquoi la timidité | qui n’est que de l’aboulie sociale, l’intimidation qui n’est qu une ; dérivation émotionnelle à la suite de cette aboulie sociale vont être les premiers phénomènes que l’on va rencontrer. Nous avons < vu dans des cas très nombreux que tous les accidents ne coin- 1 mençaient qu’en présence de la société. La peur de la rougeur, |<la honte des moustaches, la honte des mouvements du corps, les sentiments variés île honte a propos du corps, des mains, îles | pieds, de la poitrine, des boutons sur le nez, de la figure, des convulsions des yeux, tous ces troubles innombrables que nous avons énumérés ne commencent qu a 1 occasion d actes sociaux ; ^ toutes ces personnes, quand elles sont seules, ne présentent plus | aucun de ces accidents.

Dans certains cas, la différence entre les actes sc précise admirablement : l)cv. .. joue très bien de son instrument quand il est seul dans sa chambre et il cesse de pouvoir en jouer quand il fait partie de l’orchestre de. l’Opéra. On appelle cela la phobie de l’orchestre, c’est d’abord l’aboulie de l’orchestre. Bien des .

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malades comme Nadia, Cui..., ne peuvent plus manger à table, mais mangent en cachette. On a etc très surpris de voir Vr..., cette femme couchée sur son lit depuis un an à cause d’une prétendue douleur à l’utérus, se lever en cachette et marcher dans sa chambre quand elle croyait qu’on ne la voyait pas. Ces laits font toujours accuser les malades de simulation, ils me paraissent pourtant bien simples : jouer a l’orchestre, manger avec les autres, c’est surmonter une loule de gênes, c est négliger les sentiments qu inspirent les regards braqués sur nous, c’est reconnaître nettement et réellement que l’on s’est trompé en refusant de jouer ou de manger depuis six mois. Se lever de son lit et marcher devantdcs témoins, c’est avouer ouvertement que l’on n’a aucune .maladie, que l’on peut prendre une décision demandée depuis longtemps, c’est en (ait se résoudre a prendre cette décision. Au contraire, pour jouer seul, manger et marcher en cachette, on peut beaucoup plus rester dans l’indécision, on se dit à soi-même que ces quelques bouchées et ces quelques pas ne signifient pas grand’chose, on les accomplit avec beaucoup moins d attention en leur donnant beaucoup moins d’importance, c’est-à-dire beaucoup moins de réalité; c’est pourquoi quand la tension psychologique est abaissée on peut encore faire l’acte seul ou en cachette et on ne peut plus le faire devant des témoins.

Parmi nos différentes actions, celles qui sont aussi très difficiles sont celles qui impliquent l’isolement, l’abandon loin de nos protecteurs naturels et surtout celles qui impliquent la lutte contre nos semblables. Faire une action au milieu d’intimes, de parents et d’amis que l’on sait tout disposés à la sympathie et à l’indulgence, en qui on est certain de trouver, le cas échéant, un point d’appui est infiniment plus facile que de faire le même acte au milieu d’indifférents et à plus forte raison au milieu de concurrents hostiles. La surveillance de nous-mêmes, la complexité de l’acte, le degré de tension est absolument différent. Or, il y a à ce propos une distinction tout à fait inévitable dans la vie des hommes, c’est l’opposition de la vie en famille, chez soi, dans ( appartement clos dont on counait tous les coins et de la vie au dehors, en public, dans la rue. Un individu très bien portant, dont la force psychologique dépasse de beaucoup la tension exigée par des actes difficiles, ne s’aperçoit pas de cette différence :

THÉORIES J'ATHOOÈNiyUKS

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