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marcher dans sa chambre, fumer une cigarette dans sa chambre, ] ou bien marcher dans la rue et fumer dans la rue, lui parait abso- 1 lument équivalent; il ne sent même pas qu’il v a un peu plusd’at- | tention, de perception d’objets nouveaux, de surveillance de soi- ] même dans le deuxième acte que dans le premier. Mais nos 4 débiles vont le sentir tout de suite : Wya... ne peut plus fumer j quand il est dans la rue, quoiqu'il n’ait pas d obsession à ce j sujet, cela le gêne tout simplement. La rue est en effet, depuis ‘ l’origine de l’humanité, le lieu, le symbole de l’isolement et de | la lutte, c’est la vie piiblique opposée à la vie privée. Serons- ; nous surpris alors de voir que les actes, les attentions, les sen- ] timents dans la rue vont être le point de départ de beaucoup de grandes crises de psycholepsie.
Les uns vont être frappés par le sentiment de l’isolement : | c’est ce qui fait qu’ils veulent dans la rue un soutien quelconque, 1 qu’ils suivent un passant pour traverser les places, qu'il leur faut avec eux un enfant, un chien ou simplement un parapluie. Les ^ autres vont avoir le sentiment de la lutte : c est dans la rue qu on les regarde, qu’on les surveille, qu’on les critique et ils conseil- ( tiront à marcher la nuit et non le jour. D’autres encore auront le j sentiment des dangers de la rue, c’est dans la rue qu'on est exposé à toutes sortes d’accidents qui n'arrivent pas chez soi : W..., Lf... (92) par exemple, ont peur des voitures, des gens qui tombent du haut d’une échelle, des sergents de ville qui arrêtent si on fait des sottises, etc. Quand on observe le début des agoraphobies, on voit très bien cette spécialisation progressive , des insuffisances. Dob... (86) est une enfant timide, qui avait horreur de parler à quelqu’un : au début c’était une timidité générale, une aboulie sociale. Son premier accès est survenu à l’âge de onze ans quand sa mère l’a envoyée faire une commis- J sion dans une boutique : elle croyait s’y trouver seule avec la la patronne, elle y a rencontré une autre cliente, de là « cette émotion qui lui a desséché 1c. cerveau, » le sentiment d abaissement, d’étrangeté, d angoisse morale, etc. Plus tard l’accident est survenu, quand elle croisait dans la rue une personne un peu connue ; * et enfin il survient simplement parla rue elle-même. G est l’aboulie sociale qui est le point de départ de ces différentes formes d’agoraphobie.
Si nous continuons cette étude, nous rencontrons un acte
INTERPRÉTATION DES TROUBLES SYSTÉMATISÉS
extrêmement cli flicile à tous les points de vue, c est le mariage et les actes génitaux. Tout se mêle ici pour faire de ce phénomène une îles actions les plus complexes ; nouveauté presque toujours très grande de la personne qu’on épouse, complexité des visages et des caractères d’une famille nouvelle, gravité de i’acteet de ses conséquences, préoccupation de l’avenir, etc., etc. Les personnes les plus normales éprouvent à ce moment des sentiments d effort et de tension. Est-il surprenant que nos abouliques manifestent ;i ce moment d’une manière remarquable leur faiblesse. On ne peut énumérer tous les cas où les crises de folie du doute, d’angoisse, d’agitation commencent avant ou après le mariage. On connaît le malade qui se demande si sa fiancée est jolie, si elle n a pas dans la figure un trait dur auquel il ne pourra pas s habituer, la jeune fille qui a la manie de s’interroger poursavoir sielleaimc assez son fiancé, ceux qui ont des terreurs en songeant aux devoirs de la famille, qui se croient incapables de les remplir, ceux qui craignent de n’avoir aucune ressource, les jeunes gens et les jeunes filles qui examinent leurs organes génitaux, qui les croient insuffisants, les impuissants, les femmes à vaginisme, etc. : c’est toute une légion de psychasthéniques qui spécialisent leurinsulsance à l’acte du mariage.
On ne sera pas surpris si je rapproche 1 acte génital des actes sociaux. Il exige pour être normal la présence d’une autre personne, d’une personne différente, il lait naître des gênes et des timidités, il est fortement émotionnant, il est dangereux par scs conséquences, il est représenté comme immoral : c’est assèz pour qu il devienne extrêmement complexe, et qu’il exige a ce moment une forte tension vers le réel. Cette tension est encore plus marquée dans l’orgasme vénérien, 1 une des plus lortes émotions du présent.
11 en résulte que les troubles de l’acte génital vont être innombrables chez ces abouliques : la masturbation solitaire n’est peut-être qu’une première forme des aboulies sociales. L’impuissance à l’acte génital normal, la chasteté excessive à un âge avancé chez des individus qui semblent se conduire normalement est déjà quelquefois un signe de psychasthénie. M. Guyon signalait le début tardif des rapports génitaux chez tous les râleurs. Nousne seronspas surprisde voirse développer toutes sortesde phobiesetd’algics par rapport auxorgancs sexuels associées avec un acte qui est si souvent incomplet. Les hyperesthésies du