L'INTERPRÉTATION DE L’IDÉE OBSÉDANTE
faut, constater aussi que si le sujet est déjà abaissé par quelqu’une des causes précédentes, l’événement émotionnant peut encore jouer un autre rôle, il peut déterminer le contenu de l’obsession, la nature de 1 idée qui va devenir obsédante.
Cela ne peut arriver à mon avis que si le sujet était antérieurement préparé par tous les troubles précédents. L’idée fournie par l’événement ne devient obsession que si elle est d accord avec un état intérieur dont le sujet avait le sentiment depuis quelque temps. Cette idée qui est remarquée par le sujet devient l’expression qu'il cherchait de son état. Claire avait depuis longtemps ses sentiments d abaissement, de mécontentement, quand elle s aperçut qu elle avait une excitation génitale à l’église et que ses regards se portaient avec des curiosités malsaines vers la statue du Christ. Cela lui parut répugnant, odieux et cette idée la frappa que c’était peut-être là le crime contre nature qui lui causait tant de remords inexpliqués. Dur... (54) passe une soirée à la fenêtre attendant son mari qu elle soupçonne de la tromper. Cette attente la rend furieuse, elle remarque qu elle se refroidit et qu elle se rend malade à cause du mari. Cette idée la frappe comme le résumé et le symbole de longues inquiétudes antérieures et elle commence à ce moment une obsession singulière qui consiste à répéter que son mari l’a rendue phtisique. Cette idée ne l’a frappée que parce qu elle était inquiète, qu’elle se sentait fatiguée, qu elle avait le besoin d’une direction morale perpétuelle et qu’elle se croyait abandonnée si son mari ne s’occupait pas sans cesse d’elle.
\1... a grand tort de rapporter son éreutophobie à une consultation médicale où le médecin aurait parlé d’eczéma du nez ; la rougeur du nez n’est qu’un prétexte qu elle a adopté avec enthousiasme- pour résumer son aboulie et sa timidité. Toq... remplace successivement sa honte des moustaches par sa honte des joues rouges, Nadia sa honte des mollets sous sa jupe courte, par sa honte des pieds, des mains, de la poitrine, de la figure, etc. L’événement ne détermine que la nuance particulière de l’expression.
Ce besoin d’une préparation antérieure explique un petit détail assez curieux de la genèse des obsessions, j’avais remarqué ce petit fait depuis longtemps cl j’ai été heureux d’apprendre que M. Arnaud l’avait remarqué de son côté; cela montre qu’il a quelque généralité. Dans leur récit, il est rare que les sujets rap-
THÉORIES PATHOüÉNI 0 U ES
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portent leur maladie a une seule émotion : presque toujours ils en racontent deux consécutives cl leur obsession se rapporte tantôt ;i la première, tantôt à la seconde. Nous avons déjà noté le (ait, quand nous avons étudié I influence de 1 émotion sur les oscillations mentales, nous avons vu des malades ne commencer l’obsession relative à une émotion déjà ancienne qu’au moment où ils sont bouleversés par une seconde émotion sans rapport avec la première. Nous pouvons citer maintenant le fait inverse; Dsv..., femme de 38 ans, est d’abord très émotionnée par le suicide de son mari. Elle reste malade, sans volonté et très inquiète, mais elle n’a pas d’idées fixes; cinq mois après on arrête un voleur caché dans sa maison, ce qui l'effraye beaucoup, à ce moment se développe 1’obsession qu’elle ne peut pas rester seule, de crainte des voleurs. Chy... doit soigner son mari pendant une opération chirurgicale grave ; elle reste troublée, tout a fait aboulique, incapable de se lever et en proie à une inquiétude continuelle, mais sans idée fixe déterminée. Survient un petit incident assez insignifiant, une serviette qu’elle tenait à la main est tombée dans un vase qui contenait de l’huile et cela a déterminé aux alentours quelques éclaboussures, la voici frappée de cette idée qu elle est maladroite et sale, qu’elle ne peut plus rien toucher sans éclabousser de la graisse et tout un délire de propreté se développe.
Il m e semble visible que I une des émotions, la première dans ces observations, la seconde dans celles qui ont été rapportées précédemment a déterminé un abaissement de 1 esprit dans le sens o Ci nous l’avons entendu, I autre émotion fournit simplement au sujet une interprétation des troubles qu il ressent. Chez ces derniers malades, l’interprétation vient après la chute mentale, dans d’autres cas, le sujet remonte en arrière pour trouver cette interprétation et l’accident qu il prend comme explication a eu lieu longtemps avant le début réel de la maladie.
Quand on a compris ces divers rôles de 1 émotion en considérant des cas typiques où ils sont séparés, on conçoit facilement que dans des cas particuliers toutes ces diverses opérations puissent se confondre. Une seule émotion violente peut a la fois déterminer rabaissement qui va permettre le développement de la psycholepsie et en même temps fournir au sujet 1 explication qui va former l’obsession. Mgi..., homme de 36 ans, prétend qu il n’avait aucun trouble antérieur a une visite malheureuse qu il a