‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 265 sur 352 · L’INTERPRÉTATION DE L’IDÉE ORSÉDANTE · texte numérisé non relu

L’INTERPRÉTATION DE L’IDÉE ORSÉDANTE

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faite à un médecin. Celui-ci lui aurait déclaré brutalement qu’il était phtisique : «cela m’a frappé, dit le malade, d’une manière indigne, je passe les jours et les nuits sans repos a attendre la mort, je ne vois que des enterrements et des morts, rien ne peut me distraire et je suis incapable de (aire le moindre travail . » Si Mgi... a dit vrai, mais je me défie un peu sur ce point des dires des malades, une seule émotion a déterminé a la lois le trouble et l’interprétation. INI a i s ce n’est pas la forme la plus commune, car ! obsession est en général une interprétation, une expression, un symbole qui résume dans l’esprit du malade des troubles déjà anciens portant sur les fonctions psychologiques supérieures el déterminant depuis longtemps des ruminations et des phobies.

Enfin le contenu des obsessions présente certains caractères qui ont été mis en évidence dans les chapitres précédents. Ces caractères me semblent faciles à comprendre si on considère l’obsession comme l’expression d’un état pathologique antérieur, car ils ne sont pas autre chose que les caractères de cet état lui-même. Ainsi les obsessions portent le plus souvent sur les actes du sujet, elles portent sur des actes mauvais que le sujet voudrait ne pas faire: elles constituent surtout un délire d’auto-accusation. Cette direction générale des obsessions se rattache simplement à leur point de départ. Elles se sont développées dans l’esprit du sujet comme des interprétations d’un état d’impuissance dans lequel aucune pensée ne pouvait être poussée a son terme, dans lequel le trouble portait surtout sur les actions el les croyances ; il est tout naturel que ces interprétations même puériles soient en rapport avec les sentiments d’incomplétude du malade el expriment surtout la critique des actes el des croyances. En un mot je trouve que les obsessions du malade sont en partie justifiées malgré leur apparence allégorique et symbolique.

Si nous passons à d’autres caractères de l’obsession nous avons remarqué qu’elle portait sur des actes extrêmes el que le sujet poussait toujours jusqu’au dernier terme possible son idée de crime ou de sacrilège. C’est encore la conséquence de plusieurs caractères qui se trouvent déjà dans la rumination ; la généralisation désordonnée, le passage à l’infini ont déjà été remarqués dans ces méditations qui restent abstraites et sans aucune des limites qu’impose la perception de la réalité.

L’étude du contenu des obsessions me semble donc vérifier

60li

TIJfcOMRS PATHOfifcMQUES

notre interpréla lion précédente des états psychasthéniques et not re hypothèse qui inet au premier rang les troubles de la volonté et de l’attention, ou du moins les troubles de celte fonction du réel qui nous a paru la plus élevée des fonctions cérébrales.

h. — L’ interpréta lion de la forme de l’obsession.

11 nous reste à montrer que celle interprétation, ou plutôt cette représentation d’ensemble des faits, rend encore assez bien compte de la forme que prennent les obsessions proprement dites dans l’esprit du malade. J’ai insisté, au début de cette élude, pour montrer que les obsessions des psychasthéniques avaient toujours des caractères spéciaux très différents, en particulier, de ceux que présentent les idées fixes des hystériques. Ces caractères se trouvent-ils justifiés par une conception qui cherché le point de départ de l’obsession dans l’état mental sous-jacent, dans 1 abaissement de la tension psychologique et la disparition des phénomènes considérés comme supérieurs, ceux de la fonction du réel ?

Le premier caractère des obsessions c'est d’être obsédantes, c’est-à-dire de se prolonger pendant un temps extrêmement long dans l’esprit du sujet, de réapparaître perpétuellement et absolument à tout propos. Peut-on mieux expliquer ce caractère qu en considérant les obsessions comme les expressions d un état mental sous-jacent qui est perpétuel. Si l’idée du crime, de la honte de soimême, de la folie, de la maladie, n’est au fond qu’une manière de nous dire que l’esprit est abaissé, qu aucun phénomène ne va a son terme, qu’il y a un sentiment d’incomplétude, ces idées dureront tout naturellement autant que l’insuffisance elle-même. Or. cette insuffisance peut se prolonger pendant vingt ou trente ans en restant toujours exactement la même. Il n’est donc pas très surprenant qup le sujet ayant adopté une lois pour toute une manière de l’exprimer ne change pas cette manière et conserve la même idée indéfiniment. Ainsi que Bail le disait très bien 1 : « la répétition des mêmes questions et des mêmes pensées tient a un phénomène organique qui ramène sans cesse les mêmes impressions. C est ainsi que dans un rêve, nous nous débattons péniblement dans une situation dont nous ne pouvons sortir, parce que la répétition incessante des mêmes impressions physiques reproduit la même

. Bull, Revue scientifique, 188a, 11, p. 40.

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