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L’OBSESSION ET L’IMPULSION DE LA MONTE DU CORPS

une légère modification du visage qui ne puisse donner lieu à une obsession de gêne et de honte.

Quand on parle des scrupules relatifs au visage, il ne faut pas oublier le groupe qui a été considéré comme le plus important, celui des malades qui ont la honte de rougir. Je ne parle pas ici du sentiment angoissant qui se développe en même temps que la rougeur, mais de l’idée obsédante de cette rougeur. Les malades tourmentés par cette obsession sont extrêmement fréquents et, l'année dernière, MM. Pitres et Régis 1 ont consacré un article à cette maladie sous le nom d ’ éreutophobie. Ces auteurs en ont décrit des cas intéressants. J’en ai observé pour ma part cinq tout à fait caractéristiques ; je n’insiste que sur les principaux : Deb... (i65), femme de quarante-quatre ans, Toq... (97), un docteur en médecine de vingt-sept ans, et Yol... (96), jeune fille de vingt et un ans. Chez tous ces malades les symptômes principaux sont à peu près les mêmes. Ils croient avoir remarqué que leur visage, leur nez, surtout chez Yol..., rougit facilement, après les repas, dans une chambre chaude, etc. Ils ont à ce propos une pensée obsédante que leur visage est rouge, en feu et que cela est profondément ridicule, obscène, déshonorant. « Je ne faisais qu’y penser et souffrais le martyre, je maudissais de n’être pas comme les autres jeunes filles, je souffrais de me montrer, et j’aspirais d’être seule dans ma chambre ; quand j’étais seule, je pleurais avec désespoir, à la pensée de l’isolement perpétuel auquel j’étais condamnée. » Chez celle-ci d’ailleurs, cette éreutophobie a amené comme chez Nadia un refus d’aliment qui a nécessité sa séquestration dans une maison spéciale. Elle avait eu de l’admiration pour une cousine qui était très pâle et, pour devenir anémique comme elle, elle s’était rationnée à sa façon. Cette crainte amène aussi le refus de sortir et trouble toute l’existance par un véritable délire.

A p rès avoir décrit des faits de ce genre d’une manière fort intéressante, MM. Pitres et Régis font à leur propos une remarque psychologique : l’éreutophobie est liée, disent-ils, à la congestion du visage, c’est-à-dire à un phénomène vaso-moteur. Cette congestion, l’éreutose simple, a précédé la phobie, c’est-à-dire l’émotion. Ne peut-on pas voir dans ce cas une démonstration

1. Pitres d llégis, L’obsession de la rougeur, L’érculopliobic. Archives de neurologie, 1897, n° i3, et ibid. Mars 1902, p. 177.

LES IDÉES OUSÉDANTES ET IMPULSIVES

intéressante des théories de Lange et de James sur le mécanisme des émotions et une démonstration de celle hypothèse qui rattache l’émotion à un trouble vaso-moteur? Quelle que soit l’opinion relative à la thèse de Lange et de James, que je ne discute pas ici, mais que je suis loin d’admettre complètement, je ne puis croire que le fait de l’éreutophobie puisse jouer de cette manière un rôle important dans la discussion.

C’est un tort à mon avis que de rattacher l’obsession de la rougeur au fait de la rougeur elle-même. Quoique cela semble bizarre, ce n’est pas parce qu’ils sont rouges que ces malades sont obsédés par la pensée de la rougeur ou du moins cette rougeur elle-même ne joue qu’un rôle très minime dans l’obsession. D’abord on peut être éreutophobe comme Nadia sans avoir jamais eu de rougeur. Cette malade qui a le teint très mat a toujours été pâle et n’a aucune disposition à la rougeur émotive. Elle se fait cependant de la rougeur une obsession terrifiante. En outre 1 obsession de la rougeur ne survient pas uniquement à la suite de rougeur véritable. Il est trop facile de remarquer que tous les gens qui rougissent ne sont pas des éreutophobes. Elle survient à la suite d’une série de scrupules corporels qui n’étaient aucunement liés à des phénomènes vaso-moteurs du visage.

Toq..., jeune homme de vingt-sept ans, actuellement obsédé par la pensée qu’il a les joues rouges, a eu depuis 1 âge de treize ans jusqu’à l’âge de vingt ans une obsession toute différente. Il était obsédé par la honte de ses moustaches et je ne crois pas que dans les moustaches il y ait un phénomène vaso-moteur. Cette honte elle-même se rattachait visiblement à une idée génitale.

« Je me figurais, dit-il, que j’avais une tare sexuelle parce que mes moustaches avaient poussé trop tôt. » Plus tard il se rassura sur ses moustaches, parce qu’à vingt ans elles devenaient plus naturelles et son inquiétude préexistante se porta sur un autre phénomène, la rougeur du visage qu’il avait remarquée à un examen. Inversement Per... (162), qui a commencé par l’éreutophobie, l’a remplacée maintenant par l’obsession d’être « poilue » quoique les phénomènes vaso-moteurs du visage soient restés exactement les mêmes. 11 est donc bon à mon avis de ne pas considérer ce symptôme isolément, mais de remarquer qu’il se rattache à un groupe d’obsessions relatives au corps et en particulier au visage qui font partie, comme j’essaye de le montrer, d’une grande maladie mentale, le délire du scrupule. Quant aux phénomènes

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