L'ORSESSION ET L'IMPULSION DE LA HONTE DU CORPS
émotifs que les auteurs précédents ont bien mis en lumière dans l'éreutophobie, ils existent comme point de départ dans beaucoup de ces obsessions. Nous aurons l’occasion de les étudier à propos des angoisses.
Après les hontes relatives au visage, je signale rapidement les obsessions relatives aux mains et surtout celles qui sont relatives à la propreté des mains. Il est presque inutile de citer des exemples, car les observations seraient innombrables. Chy... a peur d’avoir de la graisse et surtout des petites taches de graisse sur ses mains, elle se lave 200 fois par jour. Qei..., jeune fille de vingt ans, croit qu’elle a touché, quelque chose de sale, surtout depuis qu elle a eu une petite suppuration d’oreille. Elle en est honteuse, elle craint de communiquer le virus aux autres et les idées de crime se mêlent à la honte du corps. C’est la forme la plus commune de la maladie.
J’aime mieux insister sur une forme particulière d’une de ces obsessions relative à la main, parce qu’elle est moins connue et peut donner naissance à des erreurs de diagnostic. M. Séglas a étudié un malade nommé L... que j’avais vu avec lui il y a quelques années1. Ce garçon d’une vingtaine d’années, type de scrupuleux, avait eu la plupart des obsessions précédemment décrites sur les crimes, des obsessions relatives au vol, d’autres relatives à l’alimentation. 11 se faisait même scrupule d’avaler les microbes de l’air. Parmi les différents reproches qu’il se faisait, L... trouvait son écriture mauvaise. Il cherchait à la reformer par des systèmes que nous retrouverons plus tard chez tous les autres malades; mais ces préoccupations et ces efforts n’avaient pas d’autre résultat que de rendre son écriture de plus en plus informe et impossible. 11 tenait sa plume de façon bizarre, l’attachait avec des ficelles et ne pouvait plus parvenir à écrire quelques lignes de suite. M. Séglas faisait remarquer avec raison qu’il semblait représenter une crampe des écrivains, alors qu’il n’avait qu’un délire de scrupule relatif h l’écriture.
J’ai eu depuis l’occasion de vérifier la justesse de cette remarque et je crois que dans bien des cas la prétendue crampe des
I. Séglas, I n cas de folie du doute, simulant la crampe dns écrivains. Rail, fie la Soc. méd. des hôpitaux, avril 1890, et Troubles du lantjatjc chez les aliénés, 189s, p. 201.
LES inf-lKS OBSEDANTES ET IMPULSIVES
écrivains n’csl qu’une manifestation de scrupules de ce genre. 11 en est ainsi, par exemple, dans l’observation de H..., dans celle de Pô... et dans celle de Lcv..., homme de trente-six ans. Pô..., non seulement, ne peut plus écrire, mais elle ne peut plus lire ni même voir de l’écriture, tellement cela lui fait horreur. Lev... n’a
aprétendue crampe que si on le regarde ou s’il soupçonne que quelqu’un peut le voir. Le dernier cas que j’ai vu est curieux : il s’agit d’un homme, X..., préoccupé de scrupules divers et depuis quelque temps de scrupules relatifs à l’écriture. Il ne peut essayer d’écrire sans que sa main fasse un mouvement bizarre : l’index, au lieu d’appuyer sur la plume, se relève tout droit en l’air, attitude singulière, car d’ordinaire les doigts se resserrent dans la crampe. On peut faire sur lui quelques petites expériences intéressantes. Quand il tient la plume sans écrire, l’index ne se relève pas ; bien mieux, si on lui dit de simuler l’écriture, c’està-dire de faire faire à la plume tous les mouvements de l’écriture, mais en la laissant à quelques millimètres au-dessus du papier sans marquer réellement, les doigts n’éprouvent aucune gêne et le malade peut écrire ainsi indéfiniment. Si on l’empêche de regarder, on peut approcher le papier de la plume jusqu’à faire marquer l’écriture légèrement et le malade continue à n'avoir aucune crampe : mais s’il s’aperçoit qu’il écrit réellement, immédiatement l’index se relève et la plume tombe. « J’ai, dit-il. comme une appréhension d’écrire depuis que je me suis rendu compte que j’écrivais mal. » Le scrupule simule la crampe des écrivains comme tout à l’heure la chorée. Un étudiant prépare en ce moment une thèse sur ce sujet que je lui ai indiqué : « Les rapports entre la crampe des écrivains et le délire du scrupule. «
Il est probable que l’on pourrait facilement recueillir bien des faits de même genre relatifs à la marche. M. Séglas a parlé justement des baso-phobies. On pourrait montrer que quelques-unes d’entre elles ne sont que des scrupules relatifs à la marche. L’observation d’un homme de 56 ans, Fou... (76) est sur ce point tout à fait concluante : les angoisses qu’il ressentait pendant la marche le long d’un fossé ont peu à peu donné naissance à des obsessions complètes sur l’impossibilité de la marche. Dans une thèse récente M. Paul Delarue1 insiste sur l’idée obsédante de l’impo-
1. Paul Delarue; Delà Staso-basophobic, Thèse de Paris, 1901.