‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 284 sur 352 · I.’KVOLUTION · texte numérisé non relu

I.’KVOLUTION

Pleurésies et pneumonies

Tuberculose

Variole

Typhoïde

Accidents nerveux

Puberté tardive et dysménorrhée

Onanisme

Grossesse

Fausses couches et hémorragies

Accouchement

Allaitement

Ménopause

Il est évident que l’influence de beaucoup de ces causes est loin d’être directe, je suis disposé à croire que plusieurs de ces accidents sont déjà la première manifestation de la maladie et non sa cause. Il en est ainsi probablement pour plusieurs des troubles gastriques, pour plusieurs des cas d’onanisme et pour ce que nous avons appelé accidents nerveux, les sommeils que présentait Gisèle, les crises convulsives de Yod..., etc. Il est probable que ces accidents ont été considérés à tort comme hystériques et qu ils étaient déjà des crises d’engourdissement ou d agitation comme en présentent les psychasthéniques. Il est probable aussi que beaucoup de ces accidents n’ont pas agi comme cause physique mais uniquement par l’émotion, par le choc moral qui les accompagnaient, il en est ainsi pour ces blessures à la main laites par une aiguille, pour l’eczéma du périnée chez A or..., pour la syphilis chez Tk..., pour plusieurs des accouchements.

Cependant un certain nombre de ces phénomènes ont une action bien certaine, le surmenage chez Ez..., qui soigne son mari nuit et jour pendant 5 mois et qui commence immédiatement après une aboulie à l’âge de 3o ans quand rien n'existait auparavant, la syphilis d’une femme de 28 ans accompagnée d’anémie, c’est le seul cas d’ailleurs où j’aie vu la névrose céder complètement au traitement spécifique de la syphilis.

La fièvre typhoïde qui se rencontre dans un si grand nombre de cas joue un rôle incontestable. Trois lois j’ai vu des personnes de trente ans présentant très peu d’antécédents héréditaires, d’une santé morale antérieure très complète, être transformées parla fièvre typhoïde et devenir rapidement abouliques, douteurs, obsédés.

La puberté n’agit évidemment que chez les prédisposés, on peut dire cependant que l’apparition tardive des règles vers îG

LES CONDITIONS PHYSIQUES DÉTERMINANTES

ou 18 ans, les douleurs qui accompagnent la dysménorrhée ne sont pas sans avoir une influence directe.

L’accouchement, surtout lorsque, comme chez hok..., il se complique d’accidents infectieux, est fréquemment le point de départ d’accidents mentaux graves, quoique la prédisposition ne fût que légère auparavant.

Un problème bien plus intéressant et plus délicat se pose quand on considère l’influence de l’onanisme et des divers troubles des fonctions sexuelles. Un grand nombre d auteurs ont attiré l’attention sur l’influence considérable que les fonctions génitales exercent sur les fonctions mentales. I ous les anciens

auteurs et en particulier Legrand du Saulle avaient déjà signalé 1 influence de l’onanisme. Une belle observation de délire du scrupule qui se trouve rapportée dans le livre curieux de Zimmermann « la Solitude » est rattachée par l’auteur « à cette habitude déplorable1 ». Cette influence délétère était donc communément admise mais d’une manière un peu vague.

M. Freud, de Vienne, a essayé de montrer que les névroses et en particulier l’hystérie et la névrose d’angoisse avaient pour origine exclusive des troubles des fonctions génitales 2 3. « L hystérie aurait pour origine un souvenir inconscient relatif a la vie sexuelle et remontant à la première enfance, la neurasthénie serait due au surmenage génital par masturbation excessive et pollutions répétées et la névrose d’angoisse proviendrait de la satisfaction incomplète du besoin sexuel '. » L’origine de la maladie qui nous occupe et qui est, comme on l’a vu, bien voisine de la névrose d’angoisse de Freud serait bien simple : « Son étiologie spécifique est l’accumulation de la tension génésique, provoquée par I abstinence ou l’irritation génésique fruste (formule générale pour indiquer l’effet du coït réservé, de l’impuissance relative du mari, des excitations des fiancés, de 1 abstinence forcée, etc.) ». 1 lusieurs auteurs ont publié des statistiques curieuses pour montrer le bu n fondé de cette interprétation : les plus importantes sont celles de

1 . Zimmermann, La solitude, p. i54, même opinion dans le livre de M. Dagonct, Maladies mentales, i8q4, p- 4 4 •

2. Freud (de Vienne). Die sexuolitiit in der OEtiologic des neuroseï). Wiener klin. Rundschau, 1896, 2, 4, 5, 7.

3. Les théories de M. Freud sur ce point sont clairement résumées dans le petit historique de la névrose d angoisse de M. Ilartcnberg, p. 1 4 ■

L'EVOLUTION

M. Gattel1 2 3 *, do M. Tournier*, de M. Tschisch'', de M. Kish\ de M. Féré5, etc.

Cette proposition parait au premier abord singulière, niais une observation désintéressée montre qu’elle contient certainement une part de vérité. Si on peut avoir des renseignements, des aveux sur la vie sexuelle des malades, on voit qu elle est presque toujours troublée et qu elle est bien troublée en effet dans le sens qu’indique Freud. Ces personnes ont des désirs, souvent même trop fréquents, ils essayent de les satisfaire, mais n’y parviennent que très incomplètement. Les uns le constatent avec résignation, les autres s’en irritent et font des efforts désespérés et ridicules pour retrouver ce Paradis perdu. Chez ceux-ci et a un moindre degré, mais d’une manière également certaine, des troubles remarquables, ruminations, agitations, angoisses accompagnent ces excitations sexuelles incomplètes. On peut remarquer, comme le dit très bien M. Tournier, que le même trouble existe dans l’amour moral comme dans l’amour physique « cette névrose se réalise, dit-il, chez le jeune homme par besoin sentimental non satisfait, par aspiration vers l’amour du cœur... » Nous avons décrit longuement ces besoins du cœur chez les psychasthéniques.

J’admets donc le fait signalé de M. Freud, mais je crois qu’il faut l’interpréter d’une autre manière. M. Freud considère le trouble sexuel, la satisfaction insulfisante comme un fait primitif résultant des circonstances extérieures ou de la conduite volontaire du malade, et il admet que c’est cette insuffisance accidentelle des excitations génitales qui détermine de toutes pièces la névrose considérée comme postérieure. Divers auteurs, en particulier M. Lôwenfeld, de Munich6 7, et M. Iïartenberg, ont fait des objections très justes. « La marche de l'affection, dit ce dernier auteur, avec ses améliorations et ses rechutes, ne concorde nullement avec les diverses phases de la vie sexuelle . » Cela me

1. Gattel, Ueber die schneller Ursaclie der Neurasthénie und Angstncnrose.

2. Tournier, Essai de classification étiologique des névroses. Archiocs d'anlhmpologie criminelle. Lyon, 1 5 janvier 1900.

3. Tschisch, Comptes rendus du I I e Congres de In Société des médecins russes de Kiew, 1896.

4- Kish, Névrose cardiaque d'origine sexuelle chez la femme. 1897. Cf. Iïartenberg, Inc. cil., |>. 38.

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