‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 293 sur 352 · LES FORMES DU DÉBUT · texte numérisé non relu

LES FORMES DU DÉBUT

mier coup. Un certain nombre de malades, une vingtaine, prétendent avoir ressenti cette douleur de la tête, en général à 1 occiput et être entrés tout de suite dans un état grave.

Dans des cas de ce genre on se trouve immédiatement en présence de symptômes complets tels que nous les avons décrits, il n’y a pas de remarques particulières à faire sur le début. Mais à mon avis ces formes sont exceptionnelles et elles deviendront de plus en plus rares, à mesure que I on fera d’une manière plus sérieuse 1 analyse du caractère antérieur des malades. Presque toujours il y a un état psychologique anormal qui se développe très longtemps avant que n’apparaissent sous une influence provocatrice ces états aigus. Ce sont ces signes précurseurs qu’il faut rechercher.

Ce sont d abord à un degré plus ou moins accusé tous les symptômes de neurasthénie : les fatigues excessives, les engourdissements des membres, qui paraissent quelquefois grossir « depuis longtemps, dit Qb..., il y avait un côté du corps qui me semblait devenir plus gros que l’autre », indiquant déjà la diminution de la tension nerveuse. Toutes les sensations anormales dans la tête: les bruits, les vertiges, le sentiment de perdre connaissance, les craquements, le vide, les étourdissements, les vapeurs, les serrements comme dans un étau, etc., sont des phénomènes du même genre.

Il faut même tenir compte' des symptômes physiques, la faiblesse, les tremblements, les troubles de la digestion, l’amaigrissement. Dans huit de mes observations, la. maladie a débuté dans l’enfance par des faiblesses et des amaigrissements que l’on a à tort rattachés à de simples anémies. En un mot je crois qu’il faut se délier du diagnostic banal de neurasthénie : si la maladie se borne souvent à un affaiblissement nerveux organique, il. faut quelquefois redouter des troubles mentaux plus graves qui commencent très souvent sous le couvert de ces symptômes neurasthéniques.

i. — Sentiments pathologiques.

Les symptômes moraux sont évidemment plus importants encore: les sentiments d’être « comme endormi » (Dd...) et. tous les sentiments d’insuffisance psychologique se développent souvent des années avant l’éclosion apparente de la maladie.

L’KVOLIJTION

L’aprosexic, les doutes, l’incapacité pour tout travail mental sont souvent des signes de début. Les sentiments d automatisme sont déjà plus caractéristiques : dès sa première jeunesse Xa... n’est « plus sûre de gouverner elle-même ses mouvements, elle a comme une idée qui la pousse a se jeter sous les roues des voitures, à mettre le feu, h dire des gros mots, cela n’aboutissait jamais et cela passait assez vite mais cela l’eflravait déjà ». Déjà à dix ans, dit Yi..., quand je n’étais pas encore malade, il me semblait que ce n’était pas moi qui faisais mes compositions et plus tard cela m’a amenée à croire que le diable me les inspirait. » Vers le même âge, Lise commençait à être très tourmentée parce que quelque chose la poussait à entrer au couvent et à se faire religieuse, tandis qu’au fond d’ elle-même elle savait bien qu’elle ne le voulait pas : le même sentiment de dédoublement se retrouve chez trois autres malades.

Ce qui est plus fréquent au début ce sont les sentiments perpétuels d’inquiétude, de crainte vague et sans raison suffisante : (Ade..., Dk..., Claire) « depuis l’âge de huit ou neuf ans, dit cette dernière, j’ai vécu dans l’inquiétude, je l’ai dit cent fois à mes parents et même au médecin qui n’a pas voulu s’en occuper ». Ain... (83), Xa..., Mrc..., Pot..., Er..., Cha... nous parlent ainsi « ma vie n’a été qu’une appréhension continuelle ». Dans une douzaine d’autres cas c’est également par l’inquiétude que la maladie a débuté.

A bien plus forte raison la maladie est-elle probable quand l’inquiétude prend déjà des formes systématisées et se porte de préférence sur certains points. On sait que dans un très grand nombre de cas le début est caractérisé par les inquiétudes de confession : il ne faut pas considérer comme une chose insignifiante les gémissements de ces petites filles qui pleurent pendant six semaines parce qu’elles ont peur d’avoir touché 1 hostie avec les dents ou parce qu’elles ont oublié des péchés en se confessant. Une autre inquiétude fréquente au début ce sont les inquiétudes de pudeur : il s’agit de petites filles qui dès l’âge de huit ou neul ans craignent toujours de n’ètre pas assez couvertes, qui veulent être toutes seules quand elles s’habillent, qui ne veulent plus être embrassées parleur père, ou qui se désolent « parce qu elles ont regardé le pantalon de leur frère » (Yob...) Nadia se préoccupait du mariage à q ans, elle avait entendu dire que les hommes préféraient les femmes grosses et elle ne voulait pas engraisser pour

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