LES PRINCIPALES VARIÉTÉS CLINIQUES 6SS
d’un cas individuel qui passe successivement par ces trois degrés. Voici comment Claire résume elle-même sa propre maladie.: «au commencement j ai simplement sonllert bien cruellement du manque de confiance et de ne plus pouvoir croire. Ensuite j'ai eu comme une fuite des idées, il me venait des pensées, des questions, de véritables calculs que je faisais malgré moi, que je ne pouvais pas plus empêcher que mes tics. Enfin j ai été bien plus malheureuse quand il va eu des hallucinations (le membre viril et l’hostie) qui m’ont montré combien j’étais tombée bas et quand j’ai senti que je ne pourrais jamais remonter. » Traduisons ce lanoacre de la malade : elle a d’abord le trouble des fonctions du réel, c’est-à-dire des phénomènes d’abaissement et d’insuffisance, puis elle a des tics et des manies mentales, phénomènes de dérivation, enfin elle a de pseudo-hallucinations qui ne sont que des expressions de l’obsession intellectuelle qui s’est formée peu à peu.
On pourrait montrer bien des cas où les choses ont évolué de la môme manière. Il ne faut pas oublier que quelquefois l’évolution se fait plus ou moins vite et que certains sujets traversent rapidement les premiers degrés, tandis que d’autres restent indéfiniment au premier ou au second.
Des variétés moins importantes sont constituées par le mélange de divers groupes de caractères, par exemple les angoisses elles obsessions, les tics et les manies mentales, les sentiments d’incomplétude et les obsessions. Enfin il faut tenir compte aussi, pour bien préciser la situation d’un malade, de sa disposition plus ou moins grande à la variabilité. M. Alcige a remarqué qu’il y a des tics qui méritent le nom de variables par opposition à ceux cpii sont fixés*. Il en est absolument de môme pour les phobies, les manies mentales, les obsessions. La forme variable se rapproche de la forme diffuse, de l’agitation motrice, de l’angoisse, de la rumination. Elle est en général moins grave que la forme systématique devenue stable cl indique en général une évolution moins avancée de la maladie.
Ou peut se placer à un autre point de vue. pour répartir ces malades en divers groupes faciles à distinguer les uns des autres dans les études cliniques. Sans tenir compte de la gravité de la maladie, du degré de son évolution, on peut considérer surtout le
x. Meige, Histoire d’un tiqueur. Journal de méd. et de cliir., prat., a5 août 1901,
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contenu des idées obsédantes, la direction dans laquelle se développent les manies mentales, les impulsions elles phobies. Il est évident, en elî'et, que certains malades penchent toujours dans une môme direction, qu’ils sont disposés a avoir toujours des manies cl des obsessions d’un certain genre, les uns se préoccupent toujours de la perfection morale les autres songent sans cesse à leur santé. Une classification faite à ce point de vue est évidemment peu précise, car il s agit la d un contenu des préoccupations qui change aisément et qui peut être le même chez des individus dont la maladie est à des degrés très différents. Cependant elle a quelque intérêt clinique en permettant de prévoir approximativement quel genre de préoccupations et de troubles mentaux pourront atteindre des individus prédisposés d’une certaine manière.
En se plaçant à ce point de vue MM. Raymond et Arnaud ont proposé récemment une classification intéressante des variétés cliniques delà psychasthénie. Ils admettaient six variétés principales comprenant: i 0 les douleurs, 2° les scrupuleux, 3° les criminels, 4° les toxicomanes, 5° les pervertis génitaux, 6° les psychasthéniques délirants. H me semble plus juste de ne pas parler ici de la dernière variété celle des psychasthéniques délirants qui sort un peu du cadre de l’obsession ordinaire telle que nous l'avons décrite et qui se rattache plutôt aux complications de la maladie que nous étudierons un peu plus tard. Il me semble aussi que dans leur énumération ces auteurs ne font pas une place su (lisante aux hypocondriaques qui sont voisins des toxicomanes, mais ne sont pas identiques. On pourrait donc en adoptant avec de légères modifications la classification de ces auteurs adopter les quatre groupes suivants.
i° Les douteurs et les mêla physiciens. Ce sont les sujets ehez lesquels les idées obsédantes sont au moins au début le moins précises et qui souffrent surtout d un besoin général de 1 esprit, sous la forme de manie de précision, de recherche et d explication. Les compteurs arithmomanies* certains onomalomanes feraient aussi partie de cette variété. 11 n est pas juste de dire que ces malades u’arrivcnl pas à des obsessions : ce sont ceux qui arrivent aux obsessions métaphysiques sur la religion, le diable, le pourquoi du monde. On peut dire cependant qu au point de vue pratique et social cette variété serait la moins grave, la moins susceptible d’amener des conséquences dangereuses, mais elle