LE PRONOSTIC
la famille il y a déjà des obsédés, il est bon de bien connaître 1 évolution de la maladie chez eux, car celte évolution se répète souvent absolument semblable. Il faut aussi tenir grand compte dans la recherche de l’hérédité des névroses et surtout, à mon avis, de lépilepsie.
A côté des aliénés et des névropathes proprement dits, il est très important des enquérir de l’existence dans la famille de ce que l’on appelle communément des bizarres. M. Magnan a justement remarqué que ces individus bizarres, originaux, excentriques, ayant des tics, des manies, un caractère difficile, autoritaires à l’excès, sont précisément ceux qui laissent le plus souvent à leurs descendants les tares psychasthéniques. Cela se comprend facilement si l'on songe que ces bizarreries sont déjà des marques de l'insuffisance de 1 adaptation sociale, de I insuffisance des fonctions du réel, et de 1 aboulie. Parmi ces bizarreries, j’insiste sur ce genre de caractère que 1 on voit se transmettre pendant plusieurs générations en se perfectionnant a chacune et qui consiste dans une prudence allant jusqu a la poltronnerie, dans une indécision de la volonté, un défaut de résistance, une gravité allant jusqu’à la tristesse. On constate en meme temps une grande délicatesse des sentiments et une tendance a préférer la vie idéale à la vie réelle. Ce caractère qui ne laisse pas d être élevé et sympathique à ses débuts ne tarde pas a aboutir dans les générations suivantes à l’aboulie, à l’inquiétude permanente et donne enfin naissance à des douteurs, des scrupuleux, des obsédés. Il est bon de s’informer de ces caractères surtout chez celui des parents auquel le malade ressemble le plus. Plus ce caractère se sera développé dans plusieurs générations, plus il sera difficile de remonter ce courant et plus le pronostic sera sérieux.
Après I hérédité, I âge du début a une grande importance, je parle du début réel et non du début apparent, de l’époque d’apparilion des phénomènes -d'insuffisance psychologique et des sentiments d’incomplétude. Plus ce début est précoce., plus il a une signification grave, les phénomènes qui apparaissent de bonne heure dans le développement sont ceux qui sont le plus fortement héréditaires qui font le plus partie de la constitution. Il faut donc se défier de ces enfants qui sont déjà des sages, des prudents, des réfléchis à cinq ou six ans, ce caractère devient vile dangereux quand ils sont des lents, des hésitants, des repentants. On apprend vite, quand on interroge bien le malade, qu’à
LE DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT
cinq ans il était malheureux si ses vêtements n’étaient pas bien rangés avant de se coucher, si on ne lui donnait pas partout et toujours exactement la même place. Ce début précoce est en général un mauvais signe. Il faut faire une exception pour les débuts très fréquents qui apparaissent à la puberté, ou qui surviennent au moment où les enfants grandissent beaucoup ; sans doute, ils montrent toujours une disposition constitutionnelle à l’insuffisance psychologique, mais on peut espérer que cette insuffisance est en rapport avec les grandes dépenses de vitalité que l’organisme doit faire à ce moment d’un autre côté et qu elle disparaîtra au moment du développement complet. C’est pour la même raison que le pronostic s’aggrave quand la fin de ce développement est arrivée sans amener la terminaison de la maladie, chez une femme, par exemple, le pronostic devient plus grave si la maladie se prolonge après 25 ans.
Il faut tenir compte également des circonstances qui ont déterminé le début. A peu près comme dans toutes les .maladies mentales, le pronostic est d’autant plus grave que les circonstances ont été plus insignifiantes. Les débuts lents, insidieux, sans graves maladies, sans grandes émotions déterminantes sont plus graves que les débuts rapides à la suite d’un état infectieux, d'un grand trouble moral, d’une violente émotion. Dans ces derniers cas on peut espérer qu’il s’agit de la forme accidentelle, acquise de la maladie plutôt que de sa forme constitutionnelle.
Enfin il faut se préoccuper pour le pronostic de la forme qu'a prise la maladie. MM. Pitres et Régis font observer justement que les obsessions devenues intellectuelles sont plus dangereuses que les phobies et surtout que les états émotionnels non systématisés.
Cela me semble juste à la condition que l’on ne confonde pas avec les obsessions bien constituées les états de rumination mentale qui ne sont que des sortes de tics, des phénomènes de dérivation exactement comme les phobies elles-mêmes. La gradation au point de vue du pronostic se retrouvera être celle que j’ai adoptée dans l’interprétation des symptômes : au plus bas degré, les phénomènes d'insuffisance dans lesquels rentrent non seulement l’émotivité, mais encore toutes les formes de l’aboulie, en second lieu les accidents de dérivation qui ne comprennent pas seulement les phobies plus ou moins systématisées, mais encore tous les tics et les ruminations mentales, enfin en dernier lieu les