‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 339 sur 352 · Tuczek, Berlin. Klin. Wochenschrift, 1869, p. riy · texte numérisé non relu

Tuczek, Berlin. Klin. Wochenschrift, 1869, p. riy

5. Claparède. Archives de psychologie de la Suisse romande, 1902, p. 33o,

LE DIAGNOSTIC ET LE TRAITEMENT

quand elle a raconté son histoire. Kl..., Claire sont tout à fait transformées quand on est arrivé à les faire parler nettement. Il est clair que cette même parole ne ferait aucun bien à Jean qui parle toujours indéfiniment, tandis qu il est amélioré par un effort de travail. Il faut toujours demander au malade ce qui n'est pas chez lui un phénomène de dérivation, ce qui lui est difficile, afin de déterminer un effort qui remonte la tension morale.

Le défaut d’attention joue dans cette maladie un rôle esentiel, c’est contre lui que l’on doit surtout diriger les efforts du malade. M. Edw. B. Angcll le remarque bien quand il dit que « le traitement doit être avant tout dirigé de manière à développer le pouvoir de l’attention1 ». Voici bien des années que j insiste sur cette rééducation de l’attention chez les hystériques et chez les psvchasthéniques.

On peut choisir toute espèce de travaux intellectuels suivant l’âge et la situation sociale des malades, en cherchant toujours à faire faire un travail qui intéresse au moins un peu et qui offre un peu de difficulté pour qu’il ne soit pas fait d’une manière automatique. Il ne suffit pas de faire lire le journal d une manière distraite, je crois nécessaire, au moins dans ces cas graves, de faire surveiller sans cesse cette lecture et de faire interroger le malade au bout de peu d’instants sur ce qu’il vient de lire, pour le forcer à suivre et à comprendre ce qu’il lit. En général, dans des cas de ce genre, il ne faut pas prolonger les premiers efforts d’attention au delà de quelques minutes. Kl... dirigeait son attention sur la musique et si elle parvenait à surmonter lénervement que la musique lui causait d’abord, c'est-à-dire si elle parvenait à supprimer la dérivation qui.se produisait au début des efforts d’attention, elle se trouvait ensuite beaucoup mieux. Nadia trop musicienne pour faire des efforts sur son piano s'intéressa au dessin et à la broderie et retrouva souvent le calme d une façon bizarre en apprenant à faire des travaux difficiles à l'aiguille. Le dessin et la peinture ont été la grande ressource de Claire et de Yi... L’étude des langues étrangères ont. rendu de grands services à Gisèle, à Lise, à Bow..., à Pot..., etc. Ces travaux ne s’accomplissent en général d’une manière à peu près correcte que pendant très peu de temps, puis il faut que le médecin parle de nouveau au sujet, le gronde, l’encourage, fixe lui-même l’atten-

i. Edw. 15. \ngoll, Journal nf neroous and mental discase, aoè t igoo.

Ùî TRAITEMENT MORAL w

lion sur les mouvements, sur les sensations, sur le souvenir des choses qui viennent d’être étudiées, maintienne le sujet en haleine et le remonte : l’expression devient ici tout à fait juste.

Si la maladie est légère, le sujet prend l’habitude d’être ainsi remonté, de se maintenir à un niveau plus élevé; l’abaissement mental disparait et avec lui les agitations et les obsessions. Si la maladie est constitutionnelle, si elle est grave, le sujet se fatigue de cet effort perpétuel, il ne peut plus le faire sans retomber dans ses tics et ses ruminations, nous avons vu comment Lise est fatiguée d’aller bien, comment elle éprouve des besoins de rechute : « cela me fatigue trop de lire, sans avoir une autre idée en tète, je 11e puis plus continuer ». Ces sujets ont toujours besoin d’être remontés par des excitations diverses, des émotions variées et le râle du médecin se rapproche de celui du directeur de conscience qui se borne à donner les solutions, à suppléera la volonté insuffisante. Autant que possible, il ne faut pas se contenter de ce rôle, il faut, en répondant aux questions, on dissipant les inquiétudes, essayer chaque fois d’exciter l’activité du malade, de la rapprocher du réel. De cette façon, on le maintient à un niveau moyen beaucoup plus élevé que celui qu’il aurait spontanément, et on enraye le développement de la maladie dans sa tendance la plus funeste, celle qui entraîne vers I inertie et l’isolement.

Je crois que c’est à cette forme de traitement que se rapportent, quelquefois même à l’insu des auteurs, la plupart des procédés thérapeutiques qui ont eu quelque succès. Nous avons vu que la séance d’hypnotisme agissait au début chez l’obsédé par I émotion qu elle déterminait; elle agit ensuite et plus encore par l’effort et l’attention qu’elle demande. On exige du sujet qu’il 1 este immobile, les yeux fermés en cherchant le sommeil : le sujet qui ne s’endort pas du tout automatiquement comme l’hystérique, fait tout cela par obéissance, parce qu’il croit au traitement, c est pour lui un gros effort. O11 lui demande aussi, sous prétexte de suggestion, des mouvements, des attitudes plus ou moins prolongées, et il essaye de les réaliser : l’attention et l’effort sont d autant plus grands qu il se figure faire des mouvements d un caractère extraordinaire, qu’il surveille ses muscles plus que jamais. Lise, comme je I ai dit, se trouvait fort améliorée par des contractures suggérées : en réalité ces prétendues contractures

Page 1