‹ Les obsessions et la psychasthénieChapitre 343 sur 352 · L'UNITÉ DU SYNDROME · texte numérisé non relu

L'UNITÉ DU SYNDROME

rents. Dans une première période on envisage d'abord le problème de l’unité du syndrome, puis dans une seconde le problème de sa nature au point de vue médical,

i. — L'unité du syndrome.

Dans la première période les observations recueil lies isolément semblent des curiosités extrêmement variées. Les observateurs sont surtout frappés par les énormes différences que présentent au premier abord un obsédé qui a des remords, un douteur qui s interroge sur la raison d être du monde, un impulsif homicide, un agoraphobe ou un éreutophobe. C’est la période de la multiplicité, et chaque auteur découvre sa manie ou sa phobie : il y en a bientôt un nombre invraisemblable et le besoin de mettre quelque unité dans ces interminables descriptions se fait sentir. Les premières tentatives d’unification sont assez incoordonnées : on établit le groupe des monomanies pour tous les symptômes intellectuels, tantôt on les réunit avec les délires systématisés comme Marcé, 1862, qui confond le délire du toucher avec le délire de persécution, tantôt comme Delasiauve, i85q, on distingue ces « pseudo-monomanies » des folies systématisées. O11 essaye, comme Parchappe, 1801, de réunir quelques-unes des phobies avec le groupe vague des hypocondries. Morel, en 1861, forme un groupe avec tous les émotifs. Berger, Griesinger, Falret, Legrand du Saulle cherchent à constituer un groupe en réunissant la folie du doute avec le délire du toucher, il en fait « une aliénation partielle avec crainte du contact des objets extérieurs»; la même opinion est adoptée par Falret. Cette tentative était particulièrement intéressante, car elle réunissait les symptômes intellectuels de l’obsession et les symptômes émotionnels de la phobie, et cherchait même avec une singulière exagération à établir la succession régulière des phénomènes. Plus tard MM. Ritti, Krafft-Ebing, Wille, Mendel se rattachent à la même opinion. Cependant celte unité était loin d’être admise par lotis les auteurs et loin d’être complète : bien des impulsions, des manies et surtout les tics restaient en dehors. L’unification était d’autant plus difficile que l’on ne voyait pas le lien qui rattachait tous ces symptômes les uns aux autres.

741 LA PLACE DK LA PSYCHASTHÉNIE PA H. Ml LES PSYCHO-NfcVHOSES

Jo crois que l’œuvre de M. Magnan a été sur ce point très considérable, il n’a pas essayé de montrer la relation psychologique ou pathogénique des symptômes, mais il leur a trouvé a tous un caractère commun, c’était leur origine très fréquemment héréditaire. Sans tenir compte de la différence apparente de nature il les a réunis parce seul caractère commun. Toutes les obsessions, les manies, les phobies sont devenus les stigmates héréditaires des dégénérés. Cette interprétation renferme des points très contestables, mais elle a le grand mérite de donner une unité à des faits si divers, et à ce point de vue elle a été presque partout acceptée ; on n’hésite plus guère à considérer toutes les diverses manies ou impulsions comme des apparences diverses d’un trouble qui est au fond toujours le même.

J’ai essayé d’apporter une contribution à cette œuvre de 1’unification, d’abord en montrant dans chaque chapitre les relations cliniques et psychologiques des différents symptômes les uns avec les autres, des diverses obsessions entre elles, des obsessions avec les phénomènes de dérivation, les ruminations, les phobies, les agitations motrices. J’ai essayé en outre de rattacher au groupe qui s’était constitué peu à peu autour des anciennes monomanies d’Esquirol, d’autres symptômes ou d’autres groupes de symptômes qu’on laissait à part trop isolés. En premier lieu les tics, les torticolis psychiques, les clignements, les secousses variées ne doivent pas à mon avis constituer une maladie spéciale appelée la maladie des tics, pas plus que les contractures hystériques ne doivent constituer la maladie des contractures. Le tic constitue un symptôme qu’il s’agit de diagnostiquer: il v a des tics à séparer des autres, ce sont les tics des idiots, des déments, le tic de Salaam, les tics de déglutition chez les épileptiques, les tics hystériques* etc., et, cette opération une fois faite, tous les autres tics rentrent dans les phénomènes de dérivation des psychasthéniques. Ensuite certaines agitations en général mal diagnostiquées doivent se rattacher au même groupe. Enfin la névrose cérébro-cardiaque de Krishaber ne me parait pas constituer une maladie, mais rentre dans un groupe de faits extrêmement important, le groupe des sentiments d’incomplétude qui se rattache lui-même aux insuffisances’ psychologiques fondamentales chez les psychasthéniques.

L’interprétation psychologique générale que j’ai donnée permet de comprendre les relations mutuelles de ces phéno-

INTERPRÉTATION PATHOLOGIQUE DU SYNDROME 745

mènes et de voir la manière dont ils dérivent souvent les uns des autres. '

J’ai donc essayé de continuer et de préciser cette œuvre de groupement qui peu à peu a réuni en un syndrome ces troubles si divers et au premier abord si disparates.

Page 1