DEUXIEME SECTION LBS OBSESSIONS DU CRIMB A FORME DB REMORDS
Nous venons de voir que ces id^es de crime obsedant Tesprit du malade ont le plus souvent une puissance impulsive tr^s faible, qu'elles se realisent fort rarement ei d'une maniere fort incomplHe. Aussi, dans un tr^s grand nombre de cas, la malade ne peut soutenir qu*il est actuellement pousse a commettre ua crime, qu'il Taccomplit dans le moment meme. II est bien oblig6 de constater que daus le moment present, il n'accomplit rien de reprehensible. 11 se borne alors a projeter en arriere dans le pass^ son sentiment de m^contentement et son idee de crime. L'obscssion du crime se presente alors sous la forme tres commune du remords.
Observations ao5, ao6, 307. — Obsessions criminelles, remords du vol. — Interrogations sur les soui^enirs, crises de rumination,
Quand vous examinez ces femmes, vous 6tes plus frapp^s que jamais de la disproportion qu'il y a entre les symptomes et Texplication que le malade en donne. Mte..., jeune femme deSi ans, est depuis trois ans dans un etat lamentable que nous r^sumons d^ja brievement, puisque vous en avez d^ja etudi^tous les phenomenes chez bien d'autres malades : agitation perp^tuelle m6me la nuit, besoin de marcher indefiniment, angoisse*a tout propos surtout pour le moindre bruit, lamentations perp6tuelles, et surtout incapacite de se livrer a aucune occupation. « Tout cela r^sulte, dit-elle, de ce qu'elle a des idees criminelles qui lui inspirent de grands remords. » Si nous arrivons a eclaircir ces pr^tendus crimes, nous voyons qu'il s'agit d*un vol qu'elle aurait commis il y a trois ans. Etant domestique dans une propriete a la campagne, elle aurait demande aujardinier de lui faire un bouquet avcc les fleurs du jardin et voila de quoi justifier trois ans
LES ObSESSlONS DU tiKlME A F'ORME DE R^MORbS 44o
de remords chez une domestique! Nous he les savions pas si d^licates.
II en est de m6me chez celle-ci, Btr..., ag^e de 29 ens: fille d'un pere aliens pr^sentant un developpement tardif, n'etant reglee qu'a 17 ans, elle est encore ^prouvee par une fifevre typhoi'de assez grave a 23 ans. Depuis elle reste inquire et aboulique ; elle nous donne aussi comme explication de son ^tat qu'elle a peut-etre commis des vols en rendant de la monnaie ces jours derniers, et c'est pour ne pas s'exposer a recommencer qu*elle ne veut plus rien acheter, qu'elle ne veut toucher a rien et en un mot qu'elle ne veut plus rien faire. Elle consacre toutes les forces de son intelligence a s'interroger sur le probl^me du vol qui occupe toute sa pens6e.
Nous vous signalons seulement cette derniere malade Je... pour vous faire observer qu'elle a 62 ans; il est en somme assez rare de trouver de grands obsed^s de cet age. Celle-ci n'a jamais change de nature, elle est encore maintenant comme elle a commence a etre a I'age de 16 ans.
Les obsessions chez elle ne sont pas continues, elles viennent par crises d'une dur^e de trois a cinq mois. La plus longue crise a 6te de dix-huit mois ; entre les crises il y a des p^riodes a peu prcs normales de quelques mois. En general, pendant ces p^riodes d'amelioration elle dort bcaucoup, elle reste tout le temps lourde et somnolente. Dans les periodes d'obsession, elle est au contraire agitee, insomnique et en rumination perp^tuelle. Le sujet de ces obsessions ne varie guere, cesont toujours des actions criminelles qa'elle se reproche d'avoir faites. fitant plus jeune, elle a eu le remords des ^pingles qui est si banal, puis des remords religieux; elle a fait une grande crise, parce qu'elle avait, disait-elle, fait entrer un morceau d'hostie dans une dent creuse. Les deux dernieres crises que nous connaissions ont ete determin^es par des remords de vol, dans Tune elle s*accusait de ne pas avoir affranchi une lettre, dans Tautre d'avoir d^rob^ un bonnet a une voisine.
Ces quelques exemples vous montrent que les obsessions se presentent fr^quemment sous la forme d*obsessions criminelles et que ces id^es de crime se presentent le plus souvent sous la forme de remords, enfin qu'il y a une disproportion ^vidente entre Tobsession proprement dite et les troubles qui les accompagnent.
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Observation 208. — Obsession d6 remords pour le depart d'un chat. — Reverie, parole automatiquef insomnie, zoophilie.
Certaines obsessions paraissent quelque peu ridicules. EUe n*en sont pas moins d'une ^tude interessante en nous montrant dans quelle faiblesse Tesprit humain peut tomber si facilement.
Cette pauvre femme nous pr^sente un cas d'une maladie mentale qui doit etre assez commune, puisque la description en est populaire et qu'elle a inspire la chanson. Nous avons d^ja eu Toccasion de vous presenter un cas typique de cette obsession chez une pauvre dame, boulevers^e pendant trois ans, parce que son chat ^tait mort d'un cancer a la tete \ Celle-ci est malade, elle aussi, parce qu'elle a perdu son chat.
C'est tout le tableau de Tobsession dont vous connaissez bien les caract^res : pensee continuelle sur un meme sujet, radotage, parole automatique tantot tout has, tant6t a haute voix, Amotion qui accompagne la pensile, angoisse dans la t^te, angoisse dans la poitrine, resserrement, palpitations, puis les symptomes secondaires, le defaut d'attention, la reverie, Tincapacite de faire aucun travail, tandis qu^autrefois elle^tait fort ^nergique et intelligente. Ajoutez meme les troubles du sommeil et de la digestion. Elle est si desesp6r6e qu'elle parle de suicide. Et pourquoi tout cela ? Parce qu'en f(6vrier dernier, c^dant aux conseils des voisins, elle a consenti a donner une vieille chatte qui a ^tc tu^e. Elle se reproche incessamment d'avoir donn^ cette chatte, de Tavoir abandonnee et elle ne pense plus qu'a cela.
A propos des conditions dans lesquelles s'est d^velopp^e cette id^e fixe, nous insisterons peu sur les caract^res vulgaires qui se retrouvent partout. Comme antecedents h^reditaires, nous notons une mere alcoolique, une tante qui a ete plus x>u moins folle pendant un an et demi, a propos de la mort de son mari. Cette dame elle* meme, n^vropathe, emotionnable, a deja eu des obsessions a propos de la moindre des choses, par exemple a propos du depart d'un locataire de la maison dont elle etait concierge ; tons ces points vous sont connus. Ce qui nous parait curieux, c*est qu'il y a chez elle une susceptibility particuliere a propos de ses sen-