LES INSUFFISANCES PHYSIO-PSYCHOLOGIQUES
gestions passageres du foie, qui sont probablement en rapport avecles fr^quentesauto-intoxicatlons, car la maladie existe depuis I'age de trente ans. Nous insistons seulement sur quelques symptomes nouveaux que vous n'aviez pas observes chez les neurasth^niques pr^c^dents : frequemment. la malade pr^sente des oedemes des paupieres et des levres, et elle se plaint surtout de fourmillements qui surviennent a ces endroits sur les paupieres, sur la face, puis sur les oreilles, sur le crane « ce sont des fourmillements, des chatouillements, das picotements avec 6norme besoin de gratter, avec rimpression de bestioles qui vous courent sur la peau ». II n'est pas problable que cette sensation se rattache a des troubles de sensibility d*origine centrale, elle depend probablement des poisons qui circulent avec le sang. On observe de ces chatouillements dans les maladies du foie, et nous avons vu quUl y a ici des congestions rep^t^es de cet organe : dernierement nous avons vu ces fourmillements intol^rables dans un cas de cancer de Testomac. Les troubles mentaux sont legers : aboulie, perte de la m^moire des choses r6centes en rapport avec le d^faut d'attention. La malade fait une remarque que d'autres vont r^peter bien souvent et dont nous verrons de plus en plus la singuliere importance, c'est que le plus souvent tous les troubles qu'elle prouve ne sont pas simultanes, mais qu'ils alternent : ainsi quand elle souffre beaucoup de Testomac, elle a la tete plus libre, et celle-ci, au contraire, semble plus malade quand Testomac fonctionne un peu mieux.
Observation l\, — Neurasthinie. — Donleurs articnlaires, faligues, rhinorrhie, inquietudes,
Cette femme de 33 ans, Nomt..., se plaint surtout d*un sentiment de fatigue 6norme dans toutes les parties du corps : elle sent des douleurs au genou, au poignet, dans toutes les articulations d^s qu'elle fait un mouvement : « Mes doigts, mon dos, mon cou, tout cela me fait mal et tout cela craque d6s que je remue comme si on me cassait les os, je ne peux plus bouger du tout. »
Ces douleurs qui accompagnent les mouvements dependent de causes assez nombreuses; il y a une part qui tient a Taboulie de ces malades, car ils ne peuvent se decider a faire le moindre effort
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et ils sont heureux d'exag^rer les fatigues et les douleurs masculaires quails ressentent afin de se dispenser des actes p^nibles. II faut ainsi tenir compte de leur ^motivite, des angoisses qui surviennent si facilement d^s qu'ils essayent de faire un effort etqui vont prendre chez d'autres une importance ^norme. D^ja celle-ci nous dit qu*elle 6tou(fe si elle veut surmonter cette fatigue et faire un effort. II y a' chez eux une v6ritable faiblesse musculaire et un epuisement nerveux qui provoque une fatigue perp^tuelle. Enfin, il ne faut pas oublier que ces malades sont tr^s souvent des arthritiques, que toutes leurs s^cr^tions sont modifi^es et surtout diminu^es. Des alterations dans la s^cr^tion du liquidc synovial et un certain degre d'arthrite s^che vient souvent s*ajouter a tons ces troubles du mouvement.
Notons chez cette malade un symptome plus rare, un ecoulement d'eau assez considerable qui se produit souvent par la narine droite, c'est le phdnomene de la rhinorree qui a donn^ lieu a beaucoup de discussions des laryngologistes et des auristes \ Aujourd'hui on le consid^re comme un ph6nomene nerveux analogue a Toedeme qui survient chez ces malades neurasth6niques ou hyst^riques. Une 6tude tres interessante sur ce ph6nomene peu connu, a H6 public Tann^e derni^re par M. Nattier, dans le journal La Parole,
Cette malade commence aussi a presenter des troubles de Tesprit : elle se tracasse de tout, elle a peur de faire du mal, de faire des betises, de devenir folle, de ne pas assez aimer sa fille ; elle se sent incapable de faire attention, de fixer quelque chose. <( Je ne puis pas lire, dit-elle ; aussitot que j'essaye de fixer Tattention, il me semble qu'un brouillard passe devant moi et que je ne suis plus de ce monde. »
Ces sympt^mes sont ici insignifiants : la malade laiss^e a ellememe n'en parle pas, elle ne les reconnait que si on I'interroge sur ce sujet. Mais il est int^ressant de remarquer que chez une simple neurasth^nique les troubles intellectuels existent en germe et qu'ils commencent d^ja a prendre la forme qu*ils vont revctir chez les grands obsed^s. Cela est int^ressant pour montrer que la neurasthenic est le point de depart des etats psychasth^niques oil vont se d^vclopper les obsessions.
I. Nous rolrouverons ce phcnomene de la rhinorrhde avec beaucoup plus d'importance dans une observation ult^rieure (observ. a 6).
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Observation 5. — Neurasth^nie. — Troubles gasiriques, troubles vaso-moleurs, fatigues, insomnie, aboulie, ^motivitd, indifference.
Voici encore chez cette femme de 32 ans, Mm..., un 6tat neurasth^nique grave dans lequel les troubles mentaux ne sont pas absents sans doute, mais ou ils ne constituent pas un d^lire : les troubles physiques restent encore pr^dominants. Cette jeune femme depuis I'age de i8 ans, c'est-a-dire depuis quatorze ans, souffre sans interruption de tons ses organes qui fonctionnent tons d*une maniere insuffisante. Elle soufTre surtout de Festomac dilate, clapotant et tout a fait atonique : les digestions penibles, les regurgitations acides, les vomissements meme ne se sont jamais arr^t^s. Elle presente presque constamment et surtout apres les repas les troubles vaso-moteurs du visage et Taspect de la physionomie que nous avons not^e chez notre premier malade; la tension du pouls nous a paru etre faible chez elle : plusieurs mesures nous ont donn^ les chifTres de ii et de i3.
La fatigue est perpi^tuelle et considerable, « elle est comme morte tellement elle est an^antie, elle ne pent plus se trainer et c'est deja un ^puisement que de nous parler ». Cette fatigue est influencee par les moindres circonstances : elle augmente pour une emotion, pour le moindre desagrdment, elle diminue un pen s'il fait tres beau temps et si rien ne vient Tennuyer meme l^gferement ; la fatigue est toujours beaucoup plus grande le matin au reveil et pendant toute la matinee, elle diminue au milieu dc la journ^e. surtout vers cinq heures du soir. Ces variations sont paralleles a celles de toutes les activites physiologiques qui ont une oscillation diurne trfes caractdristique.
La malade ressent des douleurs et des agacements dans tous les membres, ces douleurs continuelles Tencrvent et donnent lieu a d'interminables plaintes detaill^es dans une lettre qu'elle nous apporte. Cette enumeration des plaintes des neurastheniques est bieaconnue et leur petit papier est tout a fait classique.
Un trouble dont elle se plaint beaucoup et qui a une grande importance, c'est une insomnie grave qui se prolonge souvent pendant des semaines entieres et qui ne cede que bien diiEcilement a tous les soporifiques qu'ellc a essay^s.
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A tous ces troubles s^ajoute un etat mental tout special; I'aboulie est considerable en dehors de toute idee fixe et de toute Amotion. La malade remarque fort bien que, merae dans le plus grand calme, elle n'a plus le courage de rien faire; elle ajoute une remarque qui, a notre avis, est importante, c'est que c'est Tefibrt pour faire quelque chose qui determine T^nervement et une sorte de trouble emotif. Ce n'est pas un 6tat emotif qui I'empeche de rien faire : si elle se laisse aller a cette paresse, elle n'est pas ^motionnee du tout, c'est quand elle veut vaincre la paresse qu'elle eprouve une angoisse. D^ja, d*apresce casassez simple, nous sommes disposes a dire que Timpuissance de Taction est primitive et en rapport avec Tengourdissement cerebral, I'emotivite ne vient qu^ensuite. Ce d^faut d'activite amene un ennui sans borne « qui la tue et qu'elle ne peut pas secouer », elle sent un vide dans sa vie, une insufEsance d'action et de pensee, un d^faut de contact entre elle et le monde exterieur qui entrent pour une grande part dans cet ennui.
Notons aussi un besoin singulier de sentiments qui donne au caractere de ces malades un aspect particulier ; « il me semble que j*ai le coeur d^bordant d'alTection, je voudrais tant aimer quelqu'un, il me semble que ce qui me fait soufTrir c^est le trop plein du ccBur qui d^borde, il me semble que je voudrais aimer un enfant, un petit chien et je n'arrive pas a avoir d'amis, je ne r^ussis a aimer personne ». Ici encore notons qu'il ne s'agit pas d*une obsession, ni d*une manie quelconque ; c'est la une simple disposition du caractere qui se rencontre si frequemment chez les neurasth^niques qu'elle doit dependre de quelques lois de leur ^tal psychologique et qui chez des malades plus troubles au point de vue mental va determiner des obsessions bien curieuses.
Cette jeune femme a H6 amd'lior6e par le regime, les douches ticdes et I'usage de la thyroi'dine que nous avons aussi essayee chez elle. Nous devons avouer qu'elle a et6 surtout am^lior^e quand un medicament nouveau est venu lui donner plus d*espoir : elle est loin d'etre gu^rie. Quoiqu'elle ne nous indique aucun antecedent hereditaire bien net, il est probable qu'une neurasthenic aussi ancienne, qui a dure presque sans changement depuis quatorze ans, se rattache a des troubles constitutionnels et guerira bien diflicilement.
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Observation 6. — Neurasthinie. — Dyseslhhie surtout du cdle
gauche.
Deux mots seulement sur ce cas de neurasth^nie qui se rattache au probl^me des douleurs d'origlne centrale dont nous avons d^ja souvent parl6.
Big... est une neurasth^nique classique, ag^e de 49 ans et malade depuis longtemps, mais ce que nous voulons vous faire remarquer, c^estque ces douleurs qu'dprouvent tous les neurastheniques, elle les a toujours uniquement du c6te gauche : n^vralgies dans la t^te et dans roeil, fourmillements, sensations d'aiguilles enfonc^es dans la peau, sentiment de froid a la cheville et au bras, impression de I'eau qui coule entre la peau et la chair, etc., etc. Toutes ces sensations subjectives sans aucune trace d'anesthesie objective se pr6sentent toujours du cot^ gauche. On pourrait presque dire qu*il y a un hemisphere c^r^bral qui est seul atteint et qui seul pergoit les sensations d*une mani^re anormale.
Un deuxieme fait a noter, c*est que ces douleurs a gauche sont toujours provoqu6es par les memes causes, les unes psychiques comme la vue de quelque chose de laid, les autres plus materielles, comme toutes especes d'odeurs. II y a une dysesth^sie de. lodorat entrainant tout Tensemble de ces n^vralgies bizarres. Enfin encore un detail : les malaises la prennent surtout a la fin de rhiver et au printemps. lis disparaissent pendant Thiver. lis se lient a des troubles de digestion comme il en existe chez tous ces malades.
Observation 7. — Neurasth^nie. — Colite muco-membraneuse, h^morrotdes, hypocondrie^ iimidite, indecision, aboulie, doule,
Ce jeune homme de 26 ans, Ab..., pr^sente, surtout au premier abord, un type d'une maladie consid^r^e comme purement visc^rale et qui aujourd'hui est fort a la mode. Le trouble le plus considerable autour duqueltout oscille est la constipation: voici plus de dix ans qu'il en souffre constamment.
Les sclles, extremement difliciles, s'accompagnent tantot de
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mucosites, de glaires filantes, tantot de sortes de fausses membranes que le malade appelle des peaux. Yous savez que, tres souvent, ces fausses membranes peuvent etre considerables et simuler soitdes fragments de muqueuse, soit des vers intestinaux : en realite, ce n'est toujours que du mucus plus ou moins durci. De temps en temps, rarement, il pr^sente des debacles diarrh^iques, des fausses diarrhees au milieu desquelles se trouvent encore des matieres fecales durcies, des scybales ovill^es qui sont Tindice d*une constipation reelle masquee par une diarrh^e apparente. Get etat am^ne des douleurs, tantot aigu^s, tant6t sourdes, comme une pesanteur dans le bas-ventre. Le malade sentcomme des cordes qui se durcissent, quelquefois il y a de v^ritables crises de douleur emp^chant compl^tement Talimentation.
Cette maladie, cette constipation chronique qui pent revetir toutes sortes de formes irr^guli^res, a 6t6 r^cemment I'objet de beaucoup d'etudes. Je vous signaleun article recent qui les resume bien : « Fenterocolite muco-membraneuse, symptomes, ^tiologie et traitement, par M. Maurice de Langenhagen. Semaine medicals du 5 Janvier 1898 ». On retrouverait chez notre malade beaucoup des symptomes qui sont d^crits dans cet article et nous observons en mcme temps, chez lui, un certain nombre de ph^nomenes mentaux qui ne sont gu^re signales dans les etudes sur cette constipation. Cependantnous ne sommes guere eloignes de croire que les deux groupes de faits : Vatonie intestinale et les troubles de Vesprity ont entre eux des rapports ^troits et c'est pourquoi nous insistons sur ce cas, qui semble plutot appartenir a la clinique g^n^rale.
Ce gargon a toujours ^16 un n^vropathe : des son enfance il avait a propos de quelques emotions des sortes de crises nerveuscs qui allaient presque jusqu^a la perte de conscience. Vers Tage de treize ans, il a fait, parait-il, une chute duhautd*un ^chafaudage. II croit s'^tre bless6 le ventre et c*est a cette blessure, probablement imaginaire, qu*il attribue la maladie dont il soufTre encore a vingt-sixans. Cette recherche, d^un accident lointain, nous montre Tattention extreme qu'il accorde a tons ses ph^nomenes morbides, a Finverse de bien des malades qui ne s'en preoccupent pas. II etudie son ventre et y d^couvre une foule d*impressions bizarres : « le sentiment d'une bri^lure sur le flanc, d'un vent dessechant qui descend sur la cuisse gauche, etc. ». II sent des travaux bizarres qui se font dans les intestins : il se figure qu*il y