LES INSUFFISANCES PIIYSIO-PSYCHOLOGIQUES
a des noeuds, des cordes. II examine avec soin ses mati^res et s^effraye de leur aspect, qui est en effet anormal ; il remarque avec terreur qu'il y a quelquefois quelques filets de sang : les h6morroi'des sont frequentes dans cet 6tat et d'ailleurs les scybales tr^s dures peuvent Scorcher la muqueuse. Enfin il invente toutes sortes de traitements, des nourritures extraordinaires, a des heares sp6ciales : il d^couvre qu'il va a la selle plus facilement s'il ne mange pas le soir. En un mot, c'est 6videmment un hypocondriaque. Ce premier point ne doit pas nous arreter ; T^tat hypocondriaque peut tres bien r^sulter de cette constipation, les douleursr^elles qu'ontcesmalades attirent Tattention sur le ventre et r^tat mental ne serait qu^une cons6quence.
Mais il y a plus a remarquer. Ce gargon se pr^sente avec un aspect bizarre. II est pr6occup^, demesurement inquiet et surtout timide. II reconnait lui-m^me qu'il a toujours eu un caract^re bizarre : il nous d6crit son indecision extraordinaire. « Jene sais jamais ce que je veux ; je ne puis jamais rien faire ; je n'ose rien commencer. II me faudrait un temps dnorme pour prendre la plus petite decision et alors Toccasion est pass^e. » Dhs qu'il a fait une action, il se demande s'il la regrette, si elle est bien faite, il voudrait ou la recommencer ou n'avoir rien fait ; il est de ces gens qui restent indi^finiment devant la bofte aux lettres, d^sesp^r^s de ne pas rattrapper leur lettre, a la fois desol^s d'avoir envoye leur lettre et incertains s'ils Font reellemcnt envoy^e. C'est une faiblesse, une instabilite cerebrate qui le rend extr^menient malheureux.
Une pareille instabilite, qui peut prendre toutes les formes du delire, du doute et du scrupule, se rattache aux insuflisances de 1» volonte qui sont. elles-memes sous la ddpendance d'un fonctionnement cerebral insuflfisant. Nous pouvons mettre en parall^le Vatonie intestinale et, si Ton peut ainsi dire, Vatonie cerebrate ; la coexistence de ces deux symptomes confirme les remarques de Germain See, deMathieu, de Langenhagen sur Torigine nevropathique derenterocolitemuco-membraneuse. C*est une insufflsance nerf>euse qui est le fait primitif, bien qu'elle ne se manifeste pas ici par des troubles grossiers de la sensibilite objective. Dans la plupart des cas, les cliniciens se bornent a supposer Tinsuffisancc nerveuse, la faiblesse cer^brale, en constatant que leurs malades sont des ncuro-arthritiques. En remarquant ici la coincidence de la folic du doute, de Taboulie avec cette grande
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maladie de Tintestin, nous apportons une confirmation a cette th^orie de la constipation habituelle.
C*est done contre Tinsuffisance nerveuse q^u'il faut, dans ces cas particuliers, diriger le traitement bien plus que contre ki constipation elle-meme et le malade a fait dernierement une remarque bien nette. II a 6i6 a la campagne ct il s'est mis a labourer, a faire des exercices violents. II s'est senti a la fois plus ^nergique moralement et moins constip^. Le travail physique au grand air a eu plus d*efiet que toutes les precautions inspir^es par rhypocondrie. II lui faudrait une vie plus active, un peu plus d'excitation, un d^veloppement de sa volonte et il est probable que cette education sp6ciale modifieraitindirectement I'atonie des visceres.
16 LES INSUFFISANGES PHYSIO-PSYCHOLOGIOUES
DEUXIfiME SECTION LRS KTATS ABOULIQUBS
Les troubles mentaux qui ^taicnt deja en germedans les observations precedentes sed^veloppentdans les suivanteset constituent de v^ritables insuffisances psychologiques.
Observation 8. — Neurasth^nie. — Dysesthisies, troubles de la digestion, troubles des sicrHions, aboulie, tics.
Chez cet homme de 53 ans, Qk..., il nous semble que I'etat neurasth6nique commence a se compliquer un peu et que des perturbations morales legeres s'y ajoutent.
La mere de ce malade a d6ja 6te tr^s nerveuse et a eu des crises de ncrfs, probablement de nature hyst^rique. Une soeur du malade est tres nerveuse et semble etre tourment^e par des obsessions.
Qk... a toujours ete lui-meme un nevropathe, des Tage de dix ans il est arrets par des douleurs dans les membres et particulierement dans les pieds qui Tempechent de marcher pendant des semaines, puis a dix-huit ans quand il cesse de se pr<^occuper de ses jambes, il soufTre des yeux, il ne pent plus lire et tient constamment ses mains devant ses yeux pour ne pas etre incommode par lalumi^re; cettephotophobiequi ne se rattache aaucune lesion se prolonge jusqu'a Tage de vingt-deux ans. A ce moment commencent des caprices et des douleurs d*estomac: il ^prouve des faims horribles qui le forccnt a manger a tout instant.
Cependant la digestion est p^nible et s'accompagne de flatuosit^s, puis voici qu'il ne pent plus avaler d'aliments solides a cause d'un spasme de Toesophage. II raconte aussi qu'il a eu des acces de fievre nerveuse, enfin le pauvre homme n'a jamais eu depuis Tage de dix ans un moment de tranquillity complete.
Actuellement il n'a plus ses douleurs des membres, il ne ressent qu'une grande fatigue, il ne souQre plus des yeux, il peut avaler sans diflflcult^. II continue seulement a se plaindre de son
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estomac et de ses digestions tres insuffisantes, de sa constipation. II se plaint aussi que sa peau est constamment scche, qu*il ne transpire jamais, que sa bouche ainsi que ses narines sont constamment dess6ch^es et qu'il n'^prouve jamais le besoin de se moucher. Ce sont la des troubles des secretions assez frdquents chez ces malades dont les fonctions glandulaires sont r(^duites ainsi que celles de tons les organes. Mais ce qui le tourmente surtout maintenant, c'est une inertie morale qu'il n'a jamais eprouv^e a ce point. II devient incapable de se lever, il ne se decide plus a sortir, ni a faire aucun travail. Ici I'inertie est tout a fait simple, il n'y a pas d'^motivit^, pas d^angoisse : ce n'est pas une peur quelconque qui Tempeche d'agir, il est simplement indecis, apathique, incapable de prendre une resolution volontaire. II nous semble tout naturel de rattacher cette inertie a un d^faut de fonctionnement du cerveau, comme on a rattache ses troubles digestifs a une atonie de Testomac, sans qu'il soit n^cessaire de faire appel a d'autres troubles qui arreteraient les resolutions volontaires indirectement.
Seulement il est trop Evident que Ton ne pent parler d'engourdissement total du cerveau. Get homme en somme est venu nous voir, il a redig6 le petit papier ou il raconte toutes ses miseres, il nous parle et m^me si on le laissait faire, il ne parlerait que trop. Tout cela implique des sensations, des souvenirs, des associations d'idees, en un mot unefoule de ph^nomenes psychologiques: on ne pent pas parler d*un arrdt complet des fonctions du cerveau. Nous sommes done obliges de faire une distinction entre les fonctions qui sont perdues et celles qui sont conservees. Les fonctions perdues sont ici les fonctions volontaires, la faculty de decider ses actes en rapport avec led circonstances incessamment nouvellcs, au milieu desquelles nous sommes ploughs. Puisque cette fonction est la premiere qui s'altere, n*est-il pas naturel de la considerer comme la plus delicate, la plus difficile, celle qui demande un fonctionnement cerebral plus parfait et de dire que la maladie a atteint les fonctions les plus elev^es enlaissant intactes pour le moment les plus elementaires.
Un dernier detail cepeudant: il n*est pas tout a fait juste de dire que les fonctions plus elementaires sont rest^es intactes : elles semblent plutot un pen exager^es. Get homme parle trop de sa maladie, et il gesticule enorm^ment. II nous raconte a ce propos un detail singulier, c'est qu'au moment ou il veut accomplir
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un acte volontaire il est oblige de se livrer a an manege bizarre. II se contorsionne, prend des attitudes etranges pendant plusieurs minutes. Ainsi avant d'ecrire unc lettre 11 Taut qu'il se mette a genoux par terre, « cela soulage, dit-il, mon estomae, il faut que je me roule un pen pour prendre du courage. — Et apres ces contorsions ecrivez-vous bien la lettre ? — Oh non ! presque jamais, car apres m*etre ainsi roule par terre je suis fatigue et il Taut que je me repose. » Ainsi remarquez-le, non seulement Taction volontaire n'est pas faite mais a la place le malade a fait une serie de contorsions bizarres et fatigantes. Nous vous prions de retenir ce petit fait qui, chez ce sujet, parait pen important mais qui, si nous ne nous trompons, va jouer un grand role dans la constitution des tics et des angoisses.
II est int^ressant de vous faire remarquer que ce malade a eu sous notre direction une amelioration considerable. En dehors du regime tres sobre et presque vegetarien auquel nous tenons beaucoup chez les neurastheniques et de quelquestoniques nous avons surtout travaille a remonter son moral. Nous lui avons expliqu6 qu'il se laissait aller a une sorte de depression de Tactivit^ mentale, qu'il se contentait d'operations mentales inferieures en bavardant, en se contorsionnant et qu^il pouvaitse dresser lui-m^me a depenser mieux son activity. II a bien compris, ou plutotila^te excite par Tespoir que nous lui donnions et il a pu dominer son inertie. II est pour le momept beaucoup plus actif et de toutes fa^ons mieux portant. Quoique nous craignions justement les rechutes bien probables, il Taut toujours se f^liciter de ce r^pit.
Observation 9. — Neurasth^nie grave. — Hiredili, crises antSrieures, troubles de Veslomac, fatigue douloureuse, aboulie, amnesie continue, ennui, rumination mentale, guerison par emotion.
Voici un de ces cas de neurasthenic grave que Ton pent considerer comme intermediaire entrela neurasthenic proprement dite et les etats psychastheniques avec phobies et obsessions.
La mere de cette pauvre femmc a d^ja eu une maladie semblable apr^s avoir sevr6 un enfant ; il parait qu'elle s'est gu^rie aprfes quelques roois. Mais la guerison n'a pas di) etre bien complete, puisque un an plus tard elle a reussi a se suicider.
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Notre malade Crot..., qui est maintenant ag^e de 87 ans, a eu des convulsions dans la premiere enfance; e'est un antecedent que Ton releve souvent dans la psychasthenic comme dans I'epilepsie tandis qu'il est plus rare dans Fhyst^rie. Elle a toujours eu des dispositions a la tristesse et a I'ennui, mais la premiere crise s^rieuse de depression mentale ne survint qu'a TAge de vingt ans a propos de diflficultes pour son manage. « Je ne voulais pas me lever, je pleurais, j'avais du chagrin, je ruminais constamment dans ma t^te ce qui m'avait rendu malheureuse. » Cette premiere crise gu^rit au bout de cinq a six mois.
Crot... se niaria et cut deux enfants sans incidents; ce n'est qu'a Tage de 32 ans que Tetat neurasthenique se reproduisit; un changement de situation, le debut d'une petite maison de commerce qu'elle entreprit de diriger avec son mari determina cette rechute: la guerison survint encore au bout d'un an. Des pertes d'argent, Tennui de voir son mari sans situation ont tout fait recommencer cette ann^e a Tage de 87 ans.
Voici les principaux troubles physiques de cette malade : au debut elle soufTrait beaucoup de son estomac, depuis que les troubles se sont accentues et qu'il y a des phenomfenes mentaux, elle ne se plaint plus du tout de Testomac et elle reclame a manger bien plus qu'elle ne faisait, il y aurait plutot boultmie. Cette alternance des troubles de Testomac et des troubles mentaux est frequente. On peut se demander dans ce cas en particulier si la maladie de Testomac ne continue pas a evoluer, car Testomac est clapotant et la malade continue a maigrir malgre son alimentation plutot excessive : Tengourdisscment plus grand Tempeche de se rendre compte de Tetat de son estomac.
Elle se plaint surtout desouQrir dans satete, dans lesyeux, dans le dos, dans toutes les articulations : c'est une sorte de fatigue douloureuse qui la tient dans tons les membres. Sansdoute il peut y avoir quelque exag^ration dans Texpression de cette fatigue chez les malades hypocondriaques, mais il est certain que cette fatigue est en grande partie rdelle. Nous avons toujours repete qu'elle etait Texpression de Taboulie, de la diminution enorme de Tactivite nerveuse qui se trouve a un degre de tension tres inferieur.
Cette femmeen effet reste toute la journ^e a ne rien faire, tout en se lamentant sur tout le travail qu'elle aurait a faire. Elle hesite beaucoup pour entreprendre la moindre occupation, « c'est, dit-
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elle, que je me figure que je suis incapable de faire la moiudre des choses et cependant quand je suis parvenue a me decider et a commencer un petit travail je le fais aussi bien qu'autrefois ».
Elle hesite ^galement pour se coucher et pour essayer de dormir et elle soufire beaucoup d'une insomnie continuellc.
Son defaut d'attention determine une amn6sie continue des plus typiques, nous Tavons rarement observ^e a ce degr6 dans les neurasthenics ; cette femme a de Tamnesie des choses rdcentes comme un alcoolique, c'est Tamn^sie qui s'observe chez les individus qui ont des nevrites toxiques et dont T^tat mental a et6 d^crit par Korsakof. Ce rapprochement n'a rien d'exag^re, il n'est pas impossible de supposer qu'il y a dans ces ^tats quelque chose qui se rapproche des intoxications.
La nialade se plaint aussi de son insensibilite morale, « je ne sais m^me plus pleurer, r^pete-t-elle ». Ce defaut des larmes se rattache a la suppression g^n^rale des s^cr^tions qui est frappante; ces malades ont le nez sec, la bouche s^che, la peau seche et pulv^rulente. Mais il y a en outre une veritable insensibility morale qui n'est pas insignifiante au point de vue de la th^orie des accidents mentaux.
11 nous semble que Ton abuse un pen de Temotivit^ des neurastheniques, cette emotivite survient chez quelques-uns comme un accident ; mais elle ne fait pas n^cessairement partie des stigmates fondamentaux de la neurasthenic.
Cette malade parait plut6t dispos^e a Tagitation mentale; sa t^te travaille incessamment, elle cherche les causes de son malheur, elle cherche si elle aurait tort ou raison de se snicider comme sa mere.
C'est dans ce sens des obsessions et surtout de Tobsession du suicide que la maladie pourrait evoluer si le repos, Thydrotherapie, Talimentation r^gl^e ne parviennent pas a I'enrayer.
Cette grave neurasthenic a dure en r^alite fort longtemps, deux ans et demi. Dans la derniere ann^e il y avait beaucoup d'am^lioration, mais la plupart des symptomes persistaient toujours quoique amoindris : la guerison complete a eu lieu d'une manifere si bizarre que nous vous prions de noter le fait. La malade se trouvait seule un soir chez une de ses nieces au terme de la grossesse, quand celle-ci commen^a a ressentir les douleurs de Tenfantcmcnt, Crot... fit chercherde Tatde, mais dut rester seule pres
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de la femme en couches ; comme Ics choses se pr^cipiterent, c^est elle qui dut faire raccouchement avant Tarriv^e de la sage-femme. L'effort qu'elle fut forcee de faire sur elle-m^me, 1'6 motion et peut-etre aussi i*etonnement de mettre au monde un petit gar^on tres vivant lui caus^rent un grand bouleversement, elle sentit que quelque chose s'etait change dans sa t^te et itnmediatement elle se d^clara gu^rie. Le lenderaain elle vint nous raconter son aventure et nous expliquer sa gu^rison qui d'ailleurs ne s'est pas d6mentie depuis deux ans. C'est un proc6d6 de traitement que nous ne pouvons pas appliquer a tons les neurastheniques, mais nous devons retenir cette influence de reffort violent, de Temotion pour relever la tension nerveuse.
Obsebvation id. — Aboulie. — Indecision^ conservation de V intelligence,
II est interessant de rapprocher de cette maladie d'autres cas du m^me genre; voici une femme de 5i ans, Bsn...^ dont Tetat est peut-^tre un peu aggrav^ en ce moment par la menopause, mais qui a toujours eu le meme caractere depuis sa jeunesse, (c je ne pouvais, nous dit-elle, jamais prendre une decision, je restais des heures dans Tind^cision a propos du moindre bibelot. » Elle a toujours vecu de la sorte d'une existence inactive et miserable, maintenant Ics choses s'aggravent un peu : elle semble avoir une paresse 6norme, ne pent plus se tirer du lit et reste toute la journ^e a ne rien faire. Remarquez toujours que Tintelligence proprement dite estintacte : cette femme n'a jamais [6t^ tres intelligente, mais elle continue a s'exprimer suflisamment bien, a d6crire son etat et elle est la premiere a reconnaitre Tabsurdit^ de sa paresse, elle la deplore, elle sait bien que c'est pour elle Torigine d'une foule d'ennuis : « mais cela ne me sert a rien de savoir que je suis b^te, de rester couch^e et de ne rien faire, j'ai beau me le reprocher, me traiter de miserable, j*arrive seulement a me rendre tres malheureuse, a mc sentir d^sesp^r^e et tout a fait perdue; cela ne me fait pas faire mieux ma besogne. » Remarquez encore qu'au lieu de faire Taction elle a, si elle insiste, des d^sespoirs, des souflfrances, nous croyons que c'est la en germe le ph6nomene des angoisses.
22 LES INSUFFISANCES PllYSIO-PSYCUOLOGIQUES
Le traitement n*est pas facile dans la situation oil se trouve la pauvre femme, conseillons-lui de ne pas c^der a la boulimie qui la tourmente comme il arrive quelquefois chez ces malades qui se sentent faibles, une alimentation moderee sera mieux digeree ; tactions de lui procurer quelque repos et quelques encouragements et il est probable que la fin de la menopause apportera quelque soulagement.
Observation ii. — Aboulie. — Incontinence d'urine, hegaiemenl, abandon de tout travail^ doaie, crainte des responsabilites, ascelis me.
Dans ces premieres lemons nous cherchons a vous prc^senter des malades tres simples qui soient tout a fait au premier degr^ de TafTection que nous voulons etudier. Nous voudrions vous montrer des troubles psychasth^niques simples avant qu'ils ne soient compliqu^s par le melange des accidents qui les suivent souvent. Or de tels malades sont assez rares a Thopital parce qu'ils ne viennent pas se plaindre qjuand ils sont a ce degre ; aussi nous devons remercier M. Ly... qui a consenti a venir vous racontcr sa vie assez singuliere, il compreud qu'elle est anormale quoiqu'il n'ait jamais song^ a se faire soigner, tellement il soufTrait peu de ses anomalies.
II n'y a pas ou du moins nous ne lui connaissons pas d'antecedents h^reditairesbicnnets :il est probable que les parents avaient d^ja lin caractere analogue et que ce caractcre s'est exag^r^ au cours de plusieurs generations au point de constituer une veritable maladie chez le dernier descendant, vous verrez ce fait important d'une maniere bien plus nette dans plusieurs autres observations.
Ce malade a eu de Tincontinence d'urine nocturne jusqu*a I'age de huit ou neuf ans. Puis quand cette incontinence a cess^ il s'est mis a begayer d'une facon tres pcnible. Ce begayemcnt a diminue a partir de I'age de vingt-deux ans, c'est-a-dire au moment oii d'autres troubles conimen^aient a se developper, il n'a completement dispuru qu'a Tage de trcnte ans. On dirait que les troubles se remplacent les uns les autres et qu'il y a de veritables equivalences.
LES £TATS ABOULIQUES 23
A I'age de vingtans, ayaat fait quelques Etudes de droit et n'^tant pas sans capacit6s, Ly*- entra comme clerc dans une ^tude d^avoue. II r^ussissait dans cette position, le travail ne lui d^plaisait pas et il lui procurait une aisance agr^able. Eh bien voici dix-huit ans que Ly... a quitt^ cette position qui lui plaisait et qu'il n'en a repris aucune autre. Les quelques ressources qu'il pent avoir sans travailler sont extr^mement miserables et ne lui permettent qu^une vie des plus p6nibles, le manque d*occupations et de distractions lui est tres cruel et cependant il pr^fere rester sans rien faire.
Pourquoi a-t-il quitt^ sa position et pourquoi a-t-il adopte ce genre de vie.
« Lb malade: Parce que je trouvais trop grave et trop p6nible d*avoiruneresponsabilite. II me fallait recopier des actes, en signer d'autrcs, Taire[descalculs, ilmesemblaitquej'auraispumetromper . II me fallait prendre des decisions, entreprendre tel travail ou tel autre, je ne pouvais m'y decider. Ce n'est pas precisement le travail qui me deplait, je soufTre de rester sans occupation, c'est de me decider a le faire.
— Mais dites-nous ce qui vous rendait les decisions si p6nibles, si difliciles? Aviez-vous done des peurs, des angoisses qui vous empechaient de prendre une resolution?
Lb maladb : Non pas precisement parce que je suis parti a temps, je me sentais plutt^t fatigue qu'angoisse, je restais inde- (iuiment devant ma table et mes papiers sans me decider a les ecrire ou a les signer et je remettais ma decision au lendemain, tant que mes resolutions ^taient diOcrees j*etais assez tranquilie. Je sais bien que s'il fallait me forcer a me decider vite, cela determinait en moi des tourments et des malaises ; mais cela ne m'est pas arrive souvcnt, car peu a peu j'ai renoncea rien faire et j'ai cesse de travailler plutot que de faire Teffort qui aurait peutdtre amen^ les angoisses dont vous mc parlez. Je me suis laiss^ aller a vivre tout a fait mis^rablement mais tranquillement. J'ai bien senti quelquefois que ce n'^tait pas raisonnable, maisje n'ai jamais pens^ que ce fut une maladie. )>
Remarquez encore le desinteressement, le renoncement de ce pauvre homme qui prcfere la misere a Teffort de prendre une petite decision, cette remarque ne sera pas sans importance plus tard quand nous aurons a etudier les rapports de Tascetisme et des etats extatiques avcc le dclire du scrupule.
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Observation la. — Aboulie k la Suite d'opiration chirurgicale.
— Troubles digestifs, timiditd, ennui, crainte des domesliques, isolement.
Nous vous pr^sentODS encore rapideraent ce cas d*aboulie simple parce qu'il presente deuxpetites particularites. Dans les cas precedents le trouble de l*esprit etait presque tonjours tres ancicn, il avait debute des les premieres ann6es de la jeunesse et la maladie constitutionnelle se rattachait a des antecedents h^reditaires plus ou moins graves ; il ne semble pas en etre ainsi dans le cas de cette dame, Mt..., ag^e de 4i ans. Son pere se portaittres bien, sa mere parut avoir et6 un peu nerveuse, aucun parent n'a presente de troubles mentaux, la malade elle-meme semble avoir 6t6 tres normale jusqu'a ces dernieres ann^es, son mari n'a pas observe qu'cUe (\it particulierement ind^cise et sans volont^. Depuis une dizaine d'ann6es, elle etait atteinte d*une ad^nite du cou qui devenait de plus en plus genante, une glande s'ouvrit et donna naissance a une fistule qui coulait continuellement. Malgr6 cet accident, la sante g^n^rale et la sant^ morale se maintenaient bonnes ; il y a trois ans, a Tage de 38 ans, elle cdda a la sollicitation de sa famille et se decida a se faire operer. D6ja avant Top^ration, sous Tlnfluence de Tapprehension, son caract^re changea ; elle commenca a devenir triste et inquiete. L'op^ration r^ussit parfaitement et ne laissa qu'une petite cicatrice insignifiante. Cependant depuis ce moment toute son existence semble avoir ^te chang^e, la tristesse et Tennui ont augments et la malade est devenue de plus en plus incapable de rien faire. Elle ne veut plus s'occuper ni de son manage, ni de ses enfants, elle n'est plus capable de surveiller sa propre toilette et se laisse aller a la malpropret<^. Cependant commc toujours Tintelligence est intacte, la malade raisonne tres bien son cas, sait qu*ellc se conduit d'une maniere absurde, qu'elle se fait du tort a elle-meme mais n'arrive pas a changer.
Vous voyez done que Tetat neurasthdnique manifeste ici par les troubles digestifs, la fatigue, les maux de tc^te, Tinsomnie, et le trouble mental de Taboulie semble s'etre developpe apres une operation chirurgicale. Peut-6tre pourrait-on se demander si la suppression de cette fistule qui existait depuis dix ans n'a pas joue un certain nMe : on revient un peu aujourd'huiaux idees anciennes
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sur leg auto-intoxications et les 6monctoires, Sans se lancer dans ces hypotheses, il est plus simple de faire jouerun rAle a Temotion causae par I'operajtion. Vous avez vu que quelques jours auparavant deja le caractere se mpdifiait. L'abaissement de Tesprit, cette suppression des ph^nomenes sup6rieurs pent done etre produite simplement par I'emotion, a un age d^ja avance et ne pas etre constitutionnelle comme dans les cas precedents.
Le deuxieme detail que nous voulions vous faire remarquer c'est une certaine attitude de la malade, une sorte d'explication delirante qu'elle donne de son aboulie. Quand on lui reproche son inertie dont elle sent elle-m^me le ridicule, elle cherche .a Texpliquer par des pr^textes et elle pretend toujours qu'elle est gen6e par la presence de telle ou telle personne. Au commencement, elle a soutenu que c'^tait la presence de sa belle-mere qui Temp^chait d'agir ; or la belle-mere habitait avec elle depuis vingt ans et ne I'avait jamais gen^e auparavant. On a essay6 de faire partir la belle-mere, la malade n'a agi un peu mieux que pendant quelques jours et elle a pr^tendu qu*elle 6tait genee par la presence d'une bonne dans la maison : elle ne pouvait pas agir avec la pen&ee qu*il y avait quelqu'un dans la maison pour la voir et la surveiller. Dans ces recriminations, il y a evidemment une grande part d'illusion de la malade qui est aboulique en r^alite par Tengourdissement de son cerveau et non par la presence de la bonne, mais il y a une petite part de verite. Cette femme fait encore quelques actes quand elle est absolument seule et dans des conditions favorables, mais elle perd absolument toute puissance d'action quand elle est en presence de quelqu'un. C'est qu'en r^alite la presence de temoins rend en general les actions un peu plus complexes et un peu plus difficiles, nous le savons tons par experience. II n'est pas difficile de comprendre ce qui se passe : la presence de temoins occupe une partic de notre attention et nous empeche de donner toutes nos forces a Taction entreprise. II faut ou bien se distraire completement de la pensee des temoins, ce qui exige un effort, ou bien concevoir dans une meme synthese la pensee de temoins et celle de Taction executee, ce qui est evidemment une synthese plus large et plus difficile.
Notons done ce fait en passant, c'est qu'une aboulique perd encore plus sa volonte quand il y a des temoins : il nous sera precieux plus tard pour comprendre les phenomcnes de la timidite qui ne nous semblent pas toujours interpretes tres correctement.
LES IXSLFFIS%%CES PHYSIO- PSYCHOLOGIQCES
Obsebtatiox i3. — Entfttement. — ObsessionSy agii^lion^ stboaiie,
demence precoce.
Nous vous montrons encore one malade qui presente des troubles de la Tolonte et qui pent terminer d*noe maniere interes* sante cette serie de malades abouliques que nous avons etudies cette ann^e.
Yoici on desderniers exploits de cette petite jeune fillede seize ans etdemi, Sau... : U j a quelques jours elle s*est fachee contre sa mere dans les conditions soivantes. Elle etait en train de net* tojer la chambre avec un torchon, sa mere Ini a fait observer que pour nettoyer le parquet, elle ferait mieux de prendre un balai. « S'il en est ainsi, a repondu la petite, je ne ferai rien dn tout n ; ellea tout jete et s>st retiree debout dansun coin. Ce n'est, direz-Tous,qu^une enfant qui boude. Oni, mais combien de temps a dure cette bouderie ? An bout de quelques heures, la voyant toujours immobile dans son coin, les parents Tont appelet^. Tout price de cesser sa mauvaise humeur. Rien nV fit, ni les appels, ni rheure des repas, ni Theure du coucher; le jour passa, la nuit, la journee suivante et ce ne Ait qu*au bout de Sg heures que cette pauvre fille se decida a quitter son coin en disant tranquillement que cVtait fini. C'est la un bel entetement et il en est ainsi chez elle pour beaucoup d'actions. Quand elle s*est entetee a ne pas faire une chose, on la tuerait plutot que de la faire ceder. C*est ainsi qu*elle a cesse tout espece de travail et qu*elle reste desjournces entieres a rever.
Si elle ne fait rien de bien, elle sait du moins faire quelques sottises : elle casse les objets qu^on lui donne, elle se masturbe, et surtout elle semble chercher a se faire du mal. Dans des sortes de petites crises d'agitation, elle se frappe violemment la tete et s^arrache des polgnees de cheveux.
Si on lui demande la raison de cette conduite bizarre, elle vous raconte avec un petit ton calme qu*elle a des envies de se tuer pour etre tranquille, quVlle est tout le temps tourraentee, qu'elle est mauvaise, qu*elle ment, qu*clle se touche quatorze fois par jour. Elle se vante alursdetous les vices possibles avec une exaggeration evidente.
Sans doute cette petite malade semble ^tre une aboulique avec
LES ETATS ABOULIQUES ^ 27
des obsessions criniinelles ; vous savez combien rentetement se rapproche de i'aboulie. Les sujets faibles de volont^ ne savent pas plus arreter une action qu'en commencer une. Ceux d'entre vous qui sont curieux de psychologie peuvent lire a ce propos une curieuse 6tude « sur Tentetement », par M. Dugas dans la Revue philosophique. Nous souhaitons qu'il ne s'agisse que d*aboulie et de scrupule.
La maladie aurait commence comme il arrive souvent a la suite d'une fi^vre typhoi'de. Mais Tage de la malade, son air un peu abruti, ses ent^tements de trente-neuf heures, avec immobility, ses r^ponses parFois un peu b^betes, nous inquietent un peu. Nousvoyons trop souvent d^buler ainsi par des ent^tements inexplicables, la demence precocedes adolescents, Thebephr^nie. S'il en etait ainsi la confusion ne tarderait pas a augmenter et deviendrait definitive. Souhaitons que cette supposition soit exag^r^e.
Observation i4. — Aprosexie. — Etat neurastheniquCy fatigue, douleurs, aboalie, aprosexie, amnesie continue, besoin de direction.
Toutes les observations que nous avons faites a propos de la volont6 pourraient Mre repel^es a propos de Tattention, tous les malades precedents ont aussi peu d'attention que de volonte. Mais, dans certains cas, le trouble de Inattention devient predominant et il a alors des consequences extr^mement importantes pour tout le fonctionnement de Tcsprit : a notre avis on ne saurnit trop insister sur les troubles de Taprosexie qui sont pour nous le point de depart du d^lire du doute et de beaucoup d'obsessions. Aussi ce symptome est rarement isole et nous le retrouverons tres souvent dans des observations plus complexes. 11 nous a semble que dans ce cas, chez cette femme de 44 ans, Qb..., il se presentait d*une maniere assez simple pour que nous puissions reunir la malade avec les autres abouliques simples dans cette lecon sur les troubles psychasth^niques ^lementaires.
Rien de bien notable dans les antecedents hercditaires, la malade a ftu une enfance et une jeunesse a peu prcs normnle. A 21 ans, la premiere grossesse est assez mal support^e, Qb... reste ^puis^e apres Taccouchement et commence 6videmment des troubles neurastheniques, elle souQrait beaucoup de fatigue et