LES INSUFFISANCES PHYSIO-PSVCHOLOGIQUES
en efiet que la malade fasse quelque attention pour remarquer que la rue lui semble nouvelle, mais cette attention, croyons-nous, est p6nible, demande des efforts et par consequent elle ressemble a la perception d'une rue nouvelle dans une ville inconnue qui, elle aussi, demande un certain travail. Le traitement de cette pauvre femme me semble devoir etre asscz simple : le retour de son ills dans quelques mois aura plus d'influence que les medicaments.
Observation i5. — IndifFSrence morale & la suite d'Smotions. — Marlage avec un inverti, proves, aboulie, aprosexie, apathie, morale,
Cette observation tr^s int^ressante de Al..., femme de 27 ans, complete les pr^c^dentes et raontre une troisieme forme que pent prendre cette insuffisance psychologique quand elle est grave. Nous voyons ici non seulement la suppression de la volontd, non seulement la suppression de I'attention et des perceptions, mais encore la suppression des sentiments et des Amotions qui devraient etre excites par la situation presente. Pour le bien comprendre, il faut d*abord connaitre la singuliere histoire de cette malade.
Les parents ne semblent pas avoir presents de tares bien nettes ; Tenfant s'est bien d^veloppee, quoiqu'elle (M r^gl^e tard, a 18 ans, et jamais bien r^gulierement. C'^tait une jeune fille de peu d'energie, mangeant peu, assez disposee aux hesitations et aux scrupules, mais sans accident precis.
Elle fit a 21 ans un mariage invraisemblable: elle epousa un individu qui semblait epris d'elle, mais qui des la nuit de noce refusa de la toucher. Apr^s quinze jours, ce mari bizarre lui dedara qu'il avait horrcur des femmes et qu'il ne Tavait ^pous^e que pour se rapprocher de son frere. En cffet, ce singulier personnage poursuivait de ses assiduites le frcre de sa femme. Ne discutons pas aujourd'huices perversions sexucllesque les auteurs allemands rapportent un peu trop a des inversions des instincts : « une ame de femme, disent-ils, dans un corps d'homme ». Elles nous paraissent beaucoup plutAt le resultat de mauvaises habitudes engendrant des idees fixes secondaires chez des individus suggestibles et degeu^res. Peu importe la pathogenic : de semblables mariages sont connus et amenent toutes especes de troubles.
Le frere de la jeune femme etant parti et refusant de voir son
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beau-frere, celui-ci tourna sa colere contre sa femme, il lui fit une existence epouvantable et, apres tous les ^tonnements et les d^goi^ts du d^but, elle v^cut dans une terreur continuelle : II fallut demander le divorce. Le proces fut des plus p^nibles, examens medicaux r^p^t^s, certificat de virginite, etc. Elle eut le divorce a son profit, mais apr^s beaucoup d^epreuves durant trois ans.
Depuis ce moment, elle a completement change de caractere, elle a perdu toute activite, elle est devenue Incapable de faire aucun travail car son esprit ne peut pas s'occuper plus de quelques minutes. Si elle essaye de faire quelque chose, cela lui sort de la tete, elle n'y pense plus quelques minutes apr^s. C*est le trouble de Taboulle que nous avons vu blen souvent.
Les operations Intellectuelles qui dependent de Tattention : rintelllgence de la lecture, la 'm^moire des 6v^nements r^cents ont disparu completement. Elle oublie tout au fur et a mesure, mais ce qui Ta frapp^e le plus, c'est une ejotraordinaire indiffirence. Elle ne s'emeut plus de rien, comme si rien ne Tint^ressalt Ellei n'a meme plus de haine pour son ex-mari. Elle ne souflre pas, mais elle n'est pas heureuse non plus, elle n'a aucun plalsir pour rien. « Autrefois, dit-elle, j'^tais trop impresslonnable, malntenant rien ne me contrarle, rien ne me fait plaisir, tout m'est indifi(^rent. » Cetle Indifference va jusqu'a troubler les sensations ; elle semble sentir correctement, cc mais, dit-elle, tout semble change, c'est comme si ce n'^talt pas moi qui sentais ».
Get ^tat d'indlff^rence se rattache bien a Taboulie prec^dente, 11 en est un r^sultat. On peut dire que toutes les fonctions c^r6brales sont abaissees comme s'U y avalt une diminution g^n^rale de la tension nerveuse. Ce qui est curleux, c'est que dans un pareil etat d'abalssement nerveux Tintelllgence semble rester tout a fait Intacte. En r^alit^, les fonctions les plus d^llcates de Tesprit sont la sfolontCy Vattention et le sentiment present, Ce sont ces fonctions qui disparaissent les premieres dans les ^puisements.
Un cas de ce genre plairalt beaucoup aux partisans des theories soutenues en Allemagne par Freud. 11 rattache presque toutes ces n^vroses, et en partlculier celles ou il y a de Tindifference, a un trouble des fonctions sexuelles. II dirait ici que c*est Texcltation de Tlnstlnct sexuel dans le marlage et son defaut de satisfaction qui ont amen^ le trouble actuel. En attendant une demonstration de cette th^orle, nous nous bornons a dire que les emotions
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de ce manage absurde et da proces qui Tont suivi ont ^puis^ le cerveau de cette femme et ont determine I'abaissement nerveux qui se manifeste actuellement par cet etat d'aboulie et d'indiffi6rence.
Observation i6. -- Aboulie par crises intermittentes. — Manie
de Cordre.
Nous Yous avons autrefois signale une forme d'aboulle int^ressante quMl ne faut pas oublier, ce sont les aboulies periodiques qui se rapprochent du d^IIre eirculaire sans cependant se confondre avec lui. Cette jeune femme de 32 ans^Cau..., dont le pere ^tait tr^s nerveux et la mere au molns bizarre, est une psychasth^nique depuls Tage de i6 ans, mais elle ne Test pas d'une maniere continue. Elle pr^sente des perlodes qui durent de deux a huit ou dix mois dans lesquelles elle est tres faible, digere tr^s mal et souflfre de maux de tete. Pendant ces periodes, elle est extr^mement paresseuse, elle aime a rester les yeux fixqs, immobile, sans parler. On obtient avec peine qu'elle se decide au plus petit travail, elle met des heures a s'hablller et si elle commence une action elle s'arr^te pour le plus leger pretexte.
Pendant que dure cet ^tat, il y a un debut de manie mentale. La malade est tout le temps pr^occupee de Tordre qui doit regner dans ses armoires et dans sa maison, sans cesse elle combine ce qu'elle devrait faire pour les ranger, mais elle se borne a faire le travail en imagination, elle est incapable de rien ranger en r^allte. La maladie gu6rit pen a pen et alors Can... redevient une femme active, mais sans agitation, sans une gaiet6 excessive qui fasse penser au deltre eirculaire. Les causes de rechute ne tardent guere a revenir ; ce sera une grossesse, un changement de domicile, une fatigue ou une emotion. II est probable qu'il s'agitseulement d*une grande faiblesse exposant aux rechutes pour le plus leger pretexte plut^t que d'une veritable maladie intermlttente.
Observation 17. — Aboulie p6riodique. — Puberte, cephaUlgie, indifference, crises d'aboulie.
Yoici un cas tout a fait remarquable qui se rattache a ces phe-
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nomenes d'aboulie p6riodique que nous vous avons dejasignal^s^ Le pere de Fly..., cette jeune femme de 22 ans, etalt un alcoolique, elle eut des convulsions dans son enfance, mais parut se porter assez bien jusqu'a Tapparition de la puberte. Quand les regies apparurent a i4 ans et des leur debut elles troublerent la sante. La jeune fille eut des sortes de petits delires, du moins on appela ainsi le trouble qu'elle prcsenta, mals la malade pretend que ce qu'elle eprouvait a cette (^poque Tuttoujours identiquement parcil a ce qui existe encore aujourd'hui. Or voici ce qui se passe tons les trois mois a pcu pres : elle se sent tres fatiguee, elle 6prouve des douleurs dans la t6te, surtout au vertex, des douleurs dans les bras et les jambes, comme des meurtrissures, puis des tiraillements a Testomac avec une sensation de faim continuelle. Peu a peu ces douleurs diminuent ou du moins elle s'en rend moins compte, car elle se sent tout a fait engourdie : « Je n'ai'plus de courage pour rien faire et je ne peuxplus faire attention, je me rends mal compte de ce que je vois ou de ce que j'entends, il y a comme un voile qui se r^pand sur toute ma personne, je deviens tout a fait indifTerente et, ce qui est dr6le, c'est que je n'aime plus ma petite fille tandis qu'a Tordinaire je m^occupe beaucoup Irop d'elle. Tout m'est egal et cependant je m'ennuie, je suis agac^e de cet ^tat. » Nous Tavons vue dans ces pt^riodes et nous n'avons constate qu'une l6gere et douteuse hypoesth^sie. C'est toujours Tattention, la synthese mentale, Tadaptation au r^el qui est diminuee. Cet etat vous est maintenant bien connu, mais ce qu'il y a de particulier ici c'cst qu'il ne se prolonge que quelques jours : une fois seulement depuis dix ans, il a dure trois mois. Peu a peu le voile se leve et la malade reprend son activity normale, un mois ou deux apres la crise recommence.
Nous tenons a vous faire remarquer que cette malade, soumise au traitement bromure comme une ^pileptique en y ajoutant, il est vrai, rhydroth^rapie et quelques precautions d'hygifene, a vu ces crises de depression s'ecarter consid^rablement; depuis un an elle n'en a eu qu'une seule.