CHAPITRE III PSYCHASTHEiNlE ET fiPlLEPSIE
Observation 37. — Sentiment de c6cit6 dans un 6tat crdpusculaire d'origine dpileptique. — Sentiment d'etrangele, aboalie, accks ipileptique.
Nous attirons votre attention sur ce cas qui est vraiment trfes curieux et qui probablenient peut sefvir a eclaircir le probleme des obsessions. Yoici une petite flilette de i5 ans, Hot..., que sa mere conduit par la main, que I'on amene a une chaise et qui s'asseoit avec un petit air tres sage. La figure a Pair calme, un peu trop calme pcut-^tre ; ies yeux, sans etre tout a fait fixes, restent immobiles, sans regarder Ies objets, sans curiosite. Depuis quarante-huit heures, elle a cesse ses occupations et ses jeux : elle reste immobile sur sa chaise et semble ne faire attention a ricn. Quand on lui adresse la parole, elle parait comprendre fort bien, fait a peu pres ce qu'on lui demande et revient a son calmc. Quand on lui demande Texplication de son attitude, voici ce qu'elle repond : « Je voudrais bien travailler, mais je ne vois pas clair. Si je voyais clair je ferais lout comme autrefois, j'ai bien peur de rester tout ie temps sans voir clair. »
D'ailleurs des que nous I'interrogeons elle se hate de nous demander : « Monsieur, est-ce que je gucrirai. Je ne resterai pas toujours aveugle, n'est-ce pas? Est-ce que je recommencerai a voir clair ? » A Tentendre, a voir ses ycux un peu vagues on se demande vraiment s'il s'agit d'uiie cecile et le premier mouvemcnt est immediatement de regarder ses yeux.
Les yeux scmblcnt parfaitement normaux: ils se remuent dans toutes les directions sans aucun trouble, le reflcxe pupiliaire est absolument r^gulier et on eprouvc la plus grande surprise quand on cherclie a mesurer la vision. Nous placons la malade a cinq
SENTIMENT DE CfiCITJ^ DANS UN ETAT CIlfiPUSCULXlRE 55
metres du tableau, nous la prions de lire les lettres, elle ob^it tres tranquillement et elle lit jusqu'au bas du tableau aussi bien avec Tceil gauche qu'avec Toeil droit. L'acuit^ visuelle est done de Tunitepour chaque ceil; ce qui n'empeche pas cctte (illette, en revenanta sa chaise, de repeter avec un petit ton dolent: a Est-ce que je pourrai encore voir clair? Est-ce que je ne resterai pas aveugle? » Nous comprenons que le m6decin de la campagne qui nous I'a envoyee se declare embarrasse.
Nous croyons que la diOiculte vient ici, conime cela arrive perp^tuellement dans les nevroses, du langage des malades. N'oublions pas qu'il s'agit d'une enfant qui ne sait pas etablir des nuances psychologiques. Qu'est-ce qu'elle appelle ne pas voir clair? En r^alit6 elle voit tr^s bien. Quand on essaye de le lui montrer, quand on insiste pour lui faire comprendre qu'une aveugle ne lirait pas le tableau comme elle vient de le faire, elle arrive a employer les expressions habituelles des autres malades : « Je dis que je ne vois pas clair, parce que ce n*est pas comme autrefois, que ce n'est plus la mcme chose, que tout est chang^, que tout est devenu drolc. Je vois drolement, pas comme autrefois, je sais bien que moi aussi je suis drolc, pas comme avant. » Maintenant nous nous y reconnaissons mieux, c'est le trouble de la perception que nous avons deja vu bien des fois, qui fait paraitre les objets nouveaux, etranges, qui fait croire que la personnalit^ est disparue. 11 nous a semble consister non dans la suppression des sensations, mais dans une diminution de la synthese mentale, dans la suppression du sentiment du reel, du sentiment de la croyance, qui accompagne la diminution de Tactivit^ volontaire. En effet, cette enfant en meme temps qu'elle a le sentiment de Tetrange, est enplein etat d'aboulie. Sa facon de se dire aveugle n'est qu'une expression particuli^re de ce trouble.
Nous avons vu, il y a quelque temps, une dame qui se disait sourde et qui a fait le desespoir de tous les auristes parce qu'ils ne pouvaient constater aucun trouble de Taudition. Elle avait le meme sentiment d'^trangete, d'obscurit^ a propos des sons. En un mot, nous sommes en presence de notre grand symptome psychasthenique fondamental, la perte du r^el, Tabaissement du niveau mental.
Mais dans quelles conditions cette crise bizarre survient-elle chez cette enAmt ? « Cela lui prend ainsi, nous dit la mere, de temps
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en temps, tous les deux ou trois niois. Cela dure deux ou trois jours, quelquefois plus et pendant qu'elle est ainsi a ne plus voir clair et a ne plus bouger, elle n'a plus du tout de crise. » Cette enfant a done des crises ? Comment se pr6sentent-elles ? Depuis Tage de huit ou neufans, elle faisait de temps en temps une petite grimace. Elle se frottait Testomac avec les deux poings comme si elle souDTrait; elle faisait brusquement deux ou trois fois lemouvement de deglutition, elle roulait un peu ses yeux etpuis c'^tait fini et elle retournait a ses jeux. Depuis, ces petites crises ont augments ; elle palitet perd conscience; quand elle revient a elle, elle ne sait pas ce qui s^est pass^. II y a des moments, surtout depuis I'apparition de la puberty, oil ces petites crises sont incessantes, et se r<^petent toute la journee, toutes les trois ou cinq minutes. Enfin a deux reprises seulement elle est tombde pendant ces petits vcrtiges, elle a un peu tremble et elle a mouill^ ses jupons. II n'y a pas a h^siter c'est une petite 6pileptique.
Ce qui nous interesse, c'est le remplacement des crises et des vertiges epileptiques par cct ^tat singulier qui dure deux ou trois jours. Nous tenions a vous fairc constater ce singulier trouble de la perception qui n'est ici qu'un Equivalent des acces epileptiques et qui demande le m^me traitement.
Observation a8. — Sentiment de doute et de r^ve dans an 6tat cr6pu8culaire d'origine 6pileptiqae. — Acces epileptiques, elal (lit second, doute et depersonnalisation.
II faut tout de suite rapprocher cette nouvellc malade de la precedente. C'est une jeune fille de 26 ans Is..., qui, depuis Tage de dix ans a des acces epileptiques aussi nets que possible. II y a le cri initial, les secousses, remission d'urinc, les morsures de la langue, etc. Ces acces ont Ete tantot frequents, tantot rares ; ils ont quelquefois (^te remplaces par des migraines intolerables (c'est une remarque que Trousseau avait deja faite autrefois), mais voici que celte annee elle a eu a deux reprises un accident tout ii fait diU'erent. Rile le qualifie elle-meme d'etat second parce qu'elle entrait graduellement dans un etat bizarre et des plus d^siigreables different de Tetat normal. « II me semblait, dit-elle, que jc n'existais plus du tout, que je voyais, mais que ce n'elait pas moi qui voyais, que j'entendais, mais que ce n'dtait
SENTIMENT DE DOUTE ET DE [\t\E DANS UN fiTAT CREPUSCULAIRE ;i7
pas moi qui entendais; je n'etais plus sAre de rien, il me semblait que tous les objets et raoi-meme nous n*6tions plus qu'un r^ve. Get ^tat m'aga^ait ^normement, je ne sais ce qu^il m'aurait fait faire, s'il avail dur^. » La premiere fois, Tetat anormal s*est termine au bout de trois jours par un acc^s epileptique. Quelque temps apres il a recommence : cette fois, apres s*6tre prolonge cinq jours, il a disparu incompl^tement a la suite d*une emotion. On avait secoue la malade, on Tavait fait rire et elle s'^tait sentie mieux, mais pas tout a fait bien pendant une journ^e, puis r^tat second avait repris avec le meme sentiment de d^personnalisation, d'etranget^ et de doute. II avait encore dure cinq jours, et s'est termini comme le premier par un acces Epileptique.
Derniferement, cette singuliere crise d*Etat second vient de recommencer. La malade a d^ordinaire ses acces epileptiques dans les journ^es qui precedent ou qui suivent ses regies : le mois precedent, elle avait eu cinq acc^s a cette Epoque. Deux jours avant le moment des regies, elle ressentit encore cette fois les malaises qui lui annoncent Tarrivee imminente des acces, aggravation des maux de tete, troubles de Testomac, langue tres saburrale, sentiment de courbature. M. J.Voisin, dans ses belles legons sur r^pilepsie a justement insiste sur ces prodromes de Tacces. Mais ici les acces ne sont pas venus, il n'y a eu que quelques vertiges ou quelques acc^s avortes. Is... est entree graduellement dans cet Etat qui lui fait horreur et qu'elle redoute plus que les acces eux-memes. Elle se sent comme dans un reve perpEtuel, elle doute de tout, elle se demande si sa mere est bien sa mere : cc Je voudrais bien que cette dame soit ma mere, mais je ne puis pas arriver a le croire. » Elle s'interroge sur la r^alite des objets et sur sa propre existence. C^est tout a fait une periode psychasth^nique qui remplace les acc^s epileptiques. Des pratiques hypnotiques sur lesquelles nous ne pouvons insister ont r^ussi cette fois a la faire sortir de eel Etat second sans acces comitiaux.
De lels Etals sont pen connus dans Tepilepsie ; un exemple d'un cas semblable a 6te prcsente par M. Ilaskovec, de Prague au congres de medecine de igoo. II remarquait avec justesse que eel etat ressemble tout a fait a celui qui est chronique chcz les obsedes. Non seulement nous parlageons cette opinion, mais nous avons essaye de ramener tous les innombrables phdnomenes des obsedes a cet etat fondamental. Sans vouloir exagerer le rappro-
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chement, ces quelques faits ne permettent-ils pas de dire que Tetat psychasth^nique se rapproche beaucoup de I'epilepsie, sMI n'en est pas simpleinent une forme tres attenu^e et ires sp6ciale au point de vue clinique. II sera int^ressant de suivre, dans ce cas, les efTets du traitement bromur^, car si le bromure supprime les acces que nous venons de d^crire, il sera loin de mohtrer que la maladie fondamentale est Tepiiepsie, et que dans certaines conditions donnees, cette n^vrose pent simuler ou preparer T^tat psychasthenique.
Obsbrvation ag. — Sentiment de d^personnalisation comme aura de racc68 ^pileptique. — Antecedents hMditaires, epilepsie, d^doublement de la personnalitd.
Voici une raalade que vous connaissez, Pax... ; nous I'avons deja etudi^e a propos des troubles psychiques dans I'^pilepsie ; mais il n'est pas inutile de vous la presenter de liouveau car le trouble qu'elle pr^sente est assez net et demonstratif. II vous prouve une fois de plus comment les epileptiques proprement dits peuvent presenter des modifications psychologiques identiques a celles des obsed^s psychastheniques et ce fart ne nous parait pas sans importance pour comprendre le m^canisnie des obsessions.
Le pere ct la mere sent tous deux des nerveux : nous remarquons que la mere presente de v^ritables crises d'angoisse. La malade, Pax..., agee maintenant de 27 ans, fut nerveuse d^s son enfance; elle avait des terreurs nocturnes etfut sujette a des attaques de faux croup. A Tage de huit ans elle eprouva une grande terreur : comme punition absurde, elle avait ete enferm^e dans un cachot 011 se trouvaient des rats. A la suite de cette sotte punition, elle devint tres peureuse et eut fr^quemmcnt des sortes de crises de peur avec sufTocations et pleurs. Ces crises, qui d'ailleurs nous sont tres mal decrites, ne nous semblent pas avoir etc des cette ^poque des acces epileptiques ; nous en ferions plutot de simples crises d*nngoisse analogues a celles que la mere continue encore a presenter aujourd'hui. Mais vers Tage de treize ans, ces crises devinrent plus graves : la malade perdit conscience, elle eut des convulsions dans lesquelles elle perdit les urines et se mordit la langue. Le caractcre des acces
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qui n'ont jamais disparu est maintenant incontestable ; vous voyez les cicatrices qu'elle a au front et qui temoignent de ses chutes ; vous voyez ^galement les cicatrices de la langue, cette fenime a encore actuellement de grands acc^s ^pileptiques, dont la frequence est variable, qui s'^cartent quelquefois de maniere a ne revenir qu'a T^poque des regies et qui se rep^tent alors trois ou quatre fois de suite.
Ce qui nous parait interessant c'est que, depuis le d6but, les acc^s ont conserve ce caract^re d'angoisse morale qu'ils avaient pris a Tage de huit ans. II y a toujours au d^but de ces grands acces epileptiques une aura qui est exclusivement psychique. La nature de cette aura a varie : au d^but, il y avait des frayeurs, des terreurs des rats, plus tard, vers 19 ans, des inquietudes plus vagues et d'ordre intellectuel que nous allons revoir chez d'autres malades : elle se tracassait, elle cherchait a deviner ce qui allait arriver. A 24 aos, apr^s la mort de sa m^re, elle avait dans cette meme p6riode des idees de mort, elle croyait mourir ou bien elle avait des impulsions au suicide. II n'est pas sans int^ret de voir Taura psychique d'un acces epileptique se modifier, avec les evcnements impressionnants, comme le delire d'une crise d'hyst6rie : peut-etre ne faut-il pas croire a Texistence d'un foss6 infranchissable entre les diverses n^vroses.
Actuellement les acces sont restes les memes, tout a fait classiques, mais les auras psychiques qui existent toujours, ont pris une forme sp6ciale. La malade commence par ressentir un pen d^angoisse, puis il lui semble que tout est change en elle, « elle n'est plus la mcme, elle ne se reconnait plus, elle a perdu sa propre personne », elle se plaint de tout cela en gemissant, dans un languge qui reste a peu pres correct. Puis elle se plaint de parler malgr^ elle, comme si ce n'etait pas elle qui parlait, d'etre etonnee du son de sa voix qui cependant pour les t^moins n'a gu^re change. Elle ne tarde pas a se plnindre d*une singullere illusion; il lui semble que sa personne^ qui n'est plus en elle, est a c6t<§, en dehors d'elle-meme, car elle se sent comme double. Ce double, elle Tincarne dans une personne presente, en general dans une personne un peu eloign^e, et elle gemit en disant qu'il va arriver un accident a cette personne qu*elle croit elle-meme. C'est en general a ce moment qu'elle perd conscience. Voici le dernier accos typique ; elle regardait par la fenetre quand le trouble a commence et elle se mit a se plaindre
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que sa personne etait sortie d'elle-meme. EUe croyait 6tre uq individu qu'elle d^signait et qui montait sur I'irap^riale d'un omnibus, il lui semblait que cVtait elle qui montait et elle avait peur de tomber en se penchant du haut de Tomnibus. C^est a ce moment qu^elle est tomb^e en r^alit^ en acces 6pilcptique.
II y a beaucoup de faits remarquables dans cettc aura : d'abord rillusion de dedoublement qui se pr^sente si fr(^quemment chez tous les psychastheniques qui ont T^cho de la pens^e, de la parole, etc., puis la confusion qui fait que la malade attribue ses propresdouleursa autrui, fait que nous avons d^ja d^crit chezdes epileptiqu«s et chez des typhiques, enGn surtout le sentiment de d^personnalisation dont vous savez Timportance. Ce qui caracterise ce cas, c'est que ce sentiment ne dure que quelques minutes puisque Tacces survient en general au bout d'un quart d'heure, tandis que chez les autres maladesil se prolongeaitplusieurs jours comme une aura qui n'aboutirait pas.
Dans rintervalle des acces, la malade se porte bien, ne pr^sente aucune trace d'anesth^sie, n'a aucun sentiment illusoire et a seulement une memoire vague de ce qui vient de se passer. Yous voyez que, chez Tepileptique, Tabaissemcnt du niveau mental est brusque, profond, de peu de dur^e, au lieu de se prolonger tres longtemps avec une intensity moindre ainsi que les choses semblcnt se passer chez le psychasth^nique.
II est bon de vous rappeler que le traitement bromur6 et quelques precautions d'hygiene ont supprim^ ou du moins espace considerablement les acces de cette malade : les illusions de la personnalit^ ont disparu en meme temps que les acces.
Observation 3o. — Ties de deglutition dans des vertiges dpileptiques. — Acc^s el vertiges epilepliques, tics.
Les remarques que nous avons faites sur les rapports de T^pi- Icpsie avec la psychasthenic nous conduisent a rechercher, sur les malades epileptiqucs qui se presentent, les symptomes qui rappellent ceux que nous trouvons chez les obsed^s. Voici d^abord quelques cas ou on note des phcnomenes semblables aux tics.
Cette jeune femme de 25ans, Gae..., vient se plaindre de crises de hoquet. Ce sont des hoquets qui la prennent par periode a
TIGS DE DEGLUTITION DaNS DES VEUTlGES I^IPILEPTIQUES 61
peu pr^s deux fois le jour et deux fois la nuit. En rentendant parler ainsi, nous avons cru d'abord a du hoquet hysterique dont vous avez deja vu ici bien des exemples, mais en insistant, nous sommes amends a croire a toute autre chose. Ces hoquets sont peu nombreux, deux ou trois, une dizaine au maximum ; itnm6diatement apr^s et meme pendant les derniers, la malade perd connaissance et s'^vanouit,. Get 6vanouissement dure tr^s peu, elle reste les yeux ferm^s, presque sans bouger pendant une ou deux minutes a peine, puis elle se reveille tres ahurie sans savoir ce qui s*est pass^. Ces petits evanouissemants pr^c^des de hoquets la prennent brusquement le jour ou la nuit. Yraiment ces pertes de conscience brusques, d^une minute a peine, avec ce r^veil ahuri nous paraissent se rapporter au mal comitial, et nous devons noter cette aura consistant en quelques convulsions diaphragmatiques et determinant ce hoquet.
Au d^but, nous pouvons peut-etre placer ici Tinfluence d^une maladie infectieuse, quoique les souvenirs de la malade soient peu pr6cis. Vers Tage de i4 ans, elle a eu une fievre typhoide, grave et elle pretend que, tout au d^but de la fievre typhoide, pendant le premier jour de maladie, elle a eu un acces epilep-' tique franc. Toujours est-il que la maladie fut grave et produisit meme, ce qui est assez rare aujourd'hui, des escarres sur les fesses et dans la region sacree, oii il y a encore une cicatrice. L'^pilepsie Tut interrompue, et ce n'est qu^un an et demi ou deux ans apr^s que sont venus les hoquets et les vertigcs dont nous vous parlons. Sous Tinfluence du traitcment bromur^, il n'y a plus d^ja qu^une crise par jour au lieu de quatre.
Observation 3i. — Tic de deglutition dans un vertige 6pileptique.
Derni^rement, nous vous signalions une malade qui a des hoquets au debut du vertige. Ici, il s*agit chez ce garcon, Jol..., ag^ de 19 ans, d'un petit mouvement spasmodique, qui a rapport an pharynx. Notez que ces malades ne peuvent pas, comme les hyst6riques purs vous expliquer exactement lessymptomes; ils en conservent beaucoupj moins le souvenir. II faut nous servir davsintage des r^cits de leur entourage et de ce que nous observons nous-memes.
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Ce gargon de ig ans pr6sente depuis une dizaine d^ann^es des vertiges assez frequents. II dit quelques paroles incompr^heDsibles, il fixe les gens avec des yeux vagues, il se penche en avant comme pour tomber, puis a ce moment, il a plusieurs fols de suite on nfouvement de deglutition. « II avale quelque chose, dit la mire, » il seredresse ensuite et reprend connaissance sans aucun souvenir. Le fait convulsif principal de son vertige, c*est une deglutition r^p^t^e. Nous rapprochons ce spasme du hoquet pr^c^demment 6tadi^.
Observation 3a. — TiCB et angoisses dans des vertiges dpileptiques. — Accis epileptiqaes, crUe d* excitation gdnitale, tics, crises d'angoisse.
Cette femme, Ciq..., ag^e de 3i ans, est 6pileptique depuis I'age de i4 ans. EUe a eu a peu prfes toutes les formes de Tacces, depuis les vertiges jusqu'aux crises de grand mal. Actuellement, elle a peu de grands acc^s, ainsi il n^y a eu qu^un seul cette ann6e. Mais elle a, a la place, un certain nombre de crises varices qui semblent bien toutes avoir le cachet 6pileptique, mais qui sont cependant assez singulieres. Quelques-unes ressemblent a des tics et m^me a des tics obs^dants. Souvent elle est saisie pendant qu'elle parle: elle a subitement un peu de vertige, elle cligne des yeux et tord un peu sa bouche. Elle ne pent plus continuer a parler, mais elle r6pete indefiniment, quelquefois pendant dix minutes, la derniere syllabe qu^elle vient de prononcer. Elle n'a pas tout a fait perdu la conscience ; elle sent qu'elle r^pMe cette syllabe. Cela Tagace au plus haut point, mais c'est en vain qu'elle cherche a arreter cette syllabe obsedante.
Une autre crise fr^quente chez elle, depuis un certain temps, est a la fois sensitive et motrice ; la malade sent malgr^ elle une excitation vaginale et des spasmes comme si elle avait des rapports avec quelqu'un. En meme temps elle se frotte le ventre de la main droite ; ces excitations et ces mouvements sont tout a fait involontaires et irr^sistibles. Cette crise la prend au milieu de la rue sans qu'elle puisse I'arr^ter. Quelquefois elle perd tout a fait conscience; d'autres fois elle assiste a ces mouvements avec etonnement, comme dans un reve.
Notons aussi chez cette femme de verltables crises d'angoisse:
ACC^.S liPlLEPTIQUES A LA SUITE 1)ES ANGOISSES G3
<c Je ne peux pas dire de quoi j*al peur, ilme semble que quelque chose va me tomber sur le dos, il me faut de la lumiere, des personnes aupres de moi », puis la parole s'arrete, il y a, dit-elle, un I^ger bafouillage, puis un certain serrement des dents et tout est (ini. Vous voyez done dans Tepilepsie la plus nette survenir des tics d^ja bien systematises, des sensations obsedantes et des angoisses.
Observation 33. — Acc&B dpileptiques k la suite des angoisses. — Inquietudes, manie de V inter rogation, vertiges, manie de Vinfini et epitepsie,
Voici une observation des plus int^ressantes qui se rapporte a certaincs discussions toutes r^ccntes. Le dernier num^ro de la Revue neurologique, i5 avril igoi, contient justement un article de M. Haskovec (de Prague) auquel ce cas repond tr^s directement\
II s*agit d*un homme de 5a ans, Gny..., m^canicien de chemin de fer, d'un aspect intelligent et doux. Cette physionomie, plutot sympathique, n*est pas indifTerente a la question. II vient se plaindre de crises nerveuses assez graves, qu'il eprouve surtout depuis une quinzaine de jours, tantot la nuit, tantot meme le jour.
La crise vient assez subitement ; il sent une douleur au coeur, exactement comme s'il allait mourir ; il a des tremblements. La t^te s^en va peu a peu et dans deux de ces crises il a completement perdu connaissance. Dans cette crise, il reste sans bouger par terre, car il est tomb^ une fois tout de son long. Toutau plus a-t-il, comme il le dit, un petit (c grelottement dans les mains » ; au bout de peu d*instants, car la crise ne dure que cinq a six minutes, il revient a peu prcs a lui, tr^s h^bete et engourdi, et il est pris d*un sommeil profond et irresistible : il ne pent r^sister et s*endort lourdement pendant sept ou huit heures. Ce n'est qu'apresce longs ommeil qu*il se reveille trcs fatigu^. Sans doute, il n*y a pas de morsure de la langue, ni d*emission d'urine ; mais, malgre Tabsence de ces deux symptomes, ne trouvez-vous pas que cette crise a un aspect bien nettement co/TiiVia/?
I. A propos de celte discussion sur les rapports enlre les crises do psycholepsie et les acces dpilepiiques, voir le premier volume de cet ouvrage, p. 5oa.
6i PSYCHASTllfiNlE ET fiPlLEPSlE
Ajoutons que dans I^intervalle il y a de petits accidents dont voici la physionomie. II lui semble qu'il va perdre connaissance, il a une sensation pcnible sur la t^te. La iHe est comme prise dans un ^tau, 6crasee de haut en bas ou poussee d'arriere en avant; il a des bourdonnements d'oreilles, puis il cesse d*entendre et il ne voit plus clair. Cela ne dure que quelques secondes, peu apres la lumiere vient de nouveau et la crise se termine par des palpitations de cceur. Apres ces petites crises, il a sommeil et, detail bizarre, il a faim et devorerait volontiers, tandis que d'ordinaire il a un tr^s petit appetit. Ces petits accidents ne vous font-ils pas penser tout a fait a des vertiges comitiaux ? comme la grande crise avec perte de conscience a un acces. II nous semble que Taspect clinique est assez net.
II est vrai que le malade a 62 ans, que des acc^s de cette forme n'ont commence chez lui que depuis quelques mois. Cela est en efTet assez singulier, mais nous avons assez souvent ^tudie ici meme r^pilepsie tardive pour ne pas etre surpris d'un cas semblable. Si nous ne consid^rions done que Taccident isol^ actuel, notre diagnostic serait done « une forme att^nuee et tardive du mal comitial ».
Mais interrogeons le malade sur son ^tat ant^rieur : son pkre parait assez normal, mais un frere du pere 6tait alcoolique et franchement ^pileptique. La m^re, grande nevropathe, sombre, inquiete, a fini ses jours a la Salpetri^re.
Le malade lui-m^me, intelligent, doux, d^licat, comme nous Tavons d^ja remarqu^, a toujours 6tc un faible. II a eu, a 12 ans, une fifevre typhoide grave qui n'a pas am^lior^ son caractere. Depuis, il reste comme sa mere et encore plus qu'elle, sombre et inquiet. 11 a des grands ennuis de famille, des inquietudes sur sa situation ; il s'en affecte enorm^ment, et d*ailleurs, comme il le dit lui-m^me, il y ajoute des ennuis sans raison. Ces preoccupations Tinquietent ^norm^ment, il a des craintes hypocondriaques, des craintes de persecution, des craintes scrupuleuses, etc. Depuis Tage de 3o ans a peu pres, il lui vient en tcte des idees singulieres, qu'il a de la peine a exprimer et qu*il comprend mal lui-meme : (c Pourquoi les hommes vivent-ils ? Comment les hommes sont-ils faits? Pourquoi les hommes doivent-ils mourir?» Ces idees Font deja beaucoup tourmente; elles le pr^occupent de plus en plus.
Sous rinfluence de ces obsessions, il a deja eprouve, depuis
ACCfiS fiPILEPTIQUES A LA SUITE DES ANIQISSES 65
longtemps, des ^tats ^motifs tout a fait sp^ciaux; il avait en y pensant des tremblements, des troubles de la respiration, des sensations de froid dans les jambes et des palpitations de cceur. En un mot, depuis longtemps il a des angoisses a propos d'id^es obs^dantes et d'interrogations scrupuleuses. Ce sont ces crises d'angoisse qui se sont aggravees et qui se sont transform^es en ces acc^s qui ont aujourd^hui I'aspect 6piIeptoide.
Le fait est-il Strange et inconnu? En aucune faQon, comme le rappelle M. Haskovec dans Particle de la Revue neurologique queje vous citais en commengnnt, Griesinger et Berger soutenaient autrefois qu'il y avait un rapport 6troit entre le paroxysme des id^es obs^dantes et Facets 6pileptique. Depuis, ce rapprochement a ^t^ oubli^ et on n*a voulu voir que les diffi^rences entre Tid^e* fixe consciente et le d^lire ^pileptique sans conscience. Cependant on pouvait constater bien des interm^diaires.
M. S6glas, dans ses lemons sur les maladies mentales, montre des obsessions avec trouble de la conscience analogues a des d^lires 6piIeptiques.Nous-m^mesnous avons d6ja public un cas fort curieux de ce genre ^ II s'agit d'un jeune homme de 22 ans, tourmente par des meditations sur Tinfini, sur I'infini de Tespace et sur rinfini du bonheur, c*est-a-dire d'un type de d6lire du doute etded^lire du scrupule. Eh bien, la meditation sur Tid^e d'infini, c'est-a-dire le d6veloppement de son id^e obsddante amene rapidement un acc^s typique d^epilepsie avec Amission des urines. M. Haskovec, dans Particle cit^ de la Revue neurologique, relate un cas du meme genre. Notre malade d'aujourd'hui vient s'ajouter a la serie : c'est un cas d'acces ^pileptique se substituant a Tangoisse vulgaire, qui caract6rise les obsessions dans la folic du doute et du scrupule.
Si nous nous placons au point de vue physiologique et psychologique, nous vous dirons que cette substitution de Tacces ^pileptique a Tacces d'angoisse ne nous surprend pas du tout, car il y a entre les deux ph^nomenes beaucoup d'analogies. L^angoisse n'est pas uniquement, comme Tout soutenu bien a tort plusieurs auteurs, la conscience des troubles respiratoires et cardiaques causes par r^motion; c'est un phenom^ne cerebral, c'est le sentiment d'un
I. P*" Raymond, Les Equivalents psychiques de I'epilepsie, Journal des Praiiciens, 6 avril 1901, p. aia. Gf. Egalemenl k propos de ce malade Vil... le premier volume de cet ouvrage, p. i36 et p. 5i3.
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abaissement brusque et considerable de l^activit^ c^r^brale ou, si l*on veut, de la tension nerveuse c^r^brale. Get abaissement de la tension nerveuse se manifeste par bien des faits psychologiques qui caract^risent Tangoisse des scrupuleux et il est de la m^me nature que Tabaissement de la conscience qui caracterise le vertige epileptique.
Mais, si nous laissons de cote les speculations physiologiques et si nous restons au point de vue clinique, ces malades nous rappellent justement I'opinion de Griesinger et nous montrent un certain rapport entre Tangoissc des scrupuleux et Tacces dpileptique.
Observation 34. — Besoin de direction et sentiments d'inoompldtude chez une dpileptique.
Remarquez le caractere de cette femme, Fy..., agee de 35 ans, epileptique depuis Tenfance : elle est inquiete et craint perpetuellement Tabandon et la solitude. « II me semble que je serais bien si quelqu'un s'occupait de nioi. Ge qui me rend malade c*est de vivre seule, je suis obligee d^ecrire ce que je pense sur un journal pour me faire Tillusion d*en parler avec quelqu'un ; il me faudrait un maitre a qui je puisse me d^vouer. » A cote de ce sentiment du besoin de direction, elle a d'autres sentiments bizarres. Dans les journees qui suivent les crises surtout, tout lui semble si dr61e qu'elle se demande si ce n^est pas la fin du monde. a II me semble .que tout est mort et siiencieux, que rien ne bouge plus, cela m'inquiete et malgre moi ma tete travaille, je me demande si le monde est fini. » Le bromure qui agit sur ses crises diminue egalement ses manies d*inter rogation et ses sentiments d'incompletude.
Observation 35. — Angoisse et ipilepsie.
Yoici encore un exemple des rapports tres etroits qui unissent les troubles mentaux psychastheniques avec Tepilepsie. Gette malade, Si..., agee de 36 ans, vient se plaindre de ce qu'elle appelle des idees noires : c'est un etat d'inquietude, d*angoisse, qui s^empare d'elle surtout le soir. Elle est desesperee, sent qu'elle a beaucoup souffert, qu'elle ne pent plus arriver a reta-
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blir son menage depuis que son amant est parti. Elle a la sensation que son coeur se serre et que chez elle, tout est mort. C'est un sentiment d'anesth^sle dans tous les visceres, il lui semble qu'ils n'existent plus. Ce sentiment Teifraye beaucoup et elle croit qu'elle va devenir folle, aussi ne peut-elle plus rester chez elle et se sauvet-elle, meme en chemise, chez des voisins.
Ce qu*elle d^crit la, c'est une crise d'angoisse avec doute de soi-meme, d^sespoir, sentiment de folie telle qu'on Tobserve chez les m^lancoliques et surtout chez les scrupuleux. Si on la laisse parler, elle est dispos^e a rattacher cet ^tat a son education. Tout viendrait, dit-elle, de ce qu*elle a 6t6 enfermee dans un couvent oil elle ^tait tres malheureuse.
Cependant si nous pr^cisons T^tude de cette malade nous trouvons qu'il s'agit de choses infiniment plus graves. Dans ce couvent, d^ja a Tage de 20 ans, elle avait des crises de nerfs la nuit, dans lesquelles elle se mordait la face interne des joues et pendant lesquelles elle urinait dans son lit. Depuis cette ^poque, ces crises n'ont jamais cess^ et se reproduisent de temps en temps la nuit et m^me le jour.
On peut se demander s*il n'y a pas quelque rapport entre ces acces d'angoisse dans lesquelles elle croit que tout est mort et qui Tamenent a fuir hors de son appartement et ces crises ant^rieures typiques. Or, bien souvent ces acces d'angoisse sont precedes ou suivis par un vertige. Dernierement, apr^s un de ces d^sespoirs, elle s'est sauv^e de chez elle, mais elle ne sait plus ce qui s'cst pass^ : c'est qu'elle est tomb^e brutalement sur Ic front (elle en a encore la cicatrice au sourcil) et qu'elle a dd ^tre transportee a Thopital Saint-Antoine oil elle s*est r^veillee. C'est done par un veritable acces epileptique que Tangoisse s'estterminee.
II y a probablement, chez cette femme tres nerveuse, un ^tat de tristesse et d'angoisse determine par ses chagrins domestiques. Mais cette id^e obs^dante prend par moments un caractere special : elle s'accompagne du sentiment que tout est mort, de cette angoisse, de cette Fugue et il nous semble vraisemblable que ce caractere special de la tristesse n'est que le substitut d'un acces Epileptique, soit que Facets survienne reellement apres, soit qu'il avorte.
C'est un exemple de plus a ajouter aux cas d^ja nombreux de substituts psychiques du mal comitial que nous avons Etudi^s ici.
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Observation 36. -- Manies mentales de la recherche dans Taura ipileptique. — Sentiment de m^contentement, doutes, manie de la recherche.
Nous r^unissons ces trois malades qui pr^sentent a peu pres exactementle memeph^nomene : cesont trois 6pileptiques. Gat..., cette jeune fille de 19 ans, a peu de grands acces, un tous les trois mois a peu pres, mais en revanche ellea de grands vertiges qui se reproduisent presque toutes les semaines. Get homme de 25 nns, Jet..., a eu des acc^s epileptiques a Tage de 7 ans ; ces acces se sont arret^s d'une maniere curieuse, a Tage de i4 ans, a la suite d'une blessure assez grave qu'il s'est faite a la main et qui lui avait caus6 une grande peur. II est reste jusqu'a Fage de ai ans, sans vertige et sans acc^s ; voici que tout a recommence a Tage de 21 ans. II ^tait au regiment, et il est probable qu'il s'est laiss6 entrainer a des exces de toutes sortes ; il se sentait d6ja fatigu^ quand il a assiste a des ecoles a feu, le bruit du tir a determine un acces. Depuis trois ans, ils se r^petent assez fr^quemment. Enfin ce troisi^me malade, Si6..., jeune homme de 17 ans, n'a des acces que depuis deux ans. Ils ont et^ frequents au d^but ; ils semblent^tre devenus plus rares puisqu'ils n'existent que tous les trois mois.
Chez ces trois malades, nous notons des auras psychiques, c'esta-dire un trouble intellectuel tres net, parfaiteraent reconnaissable pour I'entourage et pour le malade, trouble qui precede etqui annonce Tacces. Chez la premiere malade, Tacces ne vient pas toujours a la suite de Taura qui reste ainsi avort^e et constitue simplement ce que Ton appelle un vertige. Cette jeune fille, depuis Tage de 7 ans surtout, a constamment, meme en dehors des acces, un de ces sentiments de m^contentement et d'inqui^tude que nous avons appel^ un sentiment d'incompl^tude. Elle ne se sent pas comme les autres, elle a Tidee que tout le monde lui en veut, que personne ne Taime.
Notez cet abaissement mental avec sentiment d'incompl^tude, meme en dehors des acces, chez un <^pileptique. De temps en temps elle, se sentbeaucoup plusinquiete, beaucoup plustroubl^e et elle cprouve malgr4 elle « le besoin d'approfondir », c*est-adire qu'elle refl^chit sur une des idees precedentes. « Est-il vrai qu'elle soi t mechan te ?est-il vrai que telle personne lui en veuille ?. . • »